Critique de la critique du mythe de la surpopulation

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Le 22 septembre 2010 - Suite à la publication de la traduction d’un article de Ndaba Obadias intitulée « Afrique : abolir le mythe de la surpopulation », nous accueillons aujourd’hui une critique, envoyée par l’association Démographie Responsable, qui a pris soin de détailler son propos. En espérant que cette mise en concurrence de points de vue, permette de faire émerger un sain débat.

« Bien que le titre choc de cet article soit la énième variante du "en finir avec le mythe de la surpopulation" et semble clore le débat avant même qu'il n'ait été engagé, nous allons néanmoins tenter de donner quelques éléments montrant que la poursuite de sa croissance démographique actuelle conduirait l'Afrique à une impasse.

En effet, sous son vernis humaniste et sa défense sympathique d’un continent que certains considèrent comme défavorisé, cet article, malgré ses nombreuses argumentations fait la part belle au procès d’intention et aux approximations.

Procès d’intention d’abord, car s’inquiéter de la surpopulation n’implique absolument pas que l’on perçoive les gens (d’Afrique ou d’ailleurs ) comme « des esprits [in]capables de penser et d'innover pour un avenir meilleur » La Terre serait-elle uniquement peuplée de génies et de personnes bienfaisantes qu'elle ne pourrait supporter 12 milliards d’habitants ! Les réalités et les limites physiques du monde sont incontournables.

Approximations ensuite, car la comparaison entre les densités de l’Afrique et celles d’autres pays pour justifier la continuation de la croissance démographique n'est pas pertinente. Tout d’abord on peut penser que la population en Europe est déjà trop nombreuse pour un bon équilibre écologique : il n’y a plus de grande faune sauvage en Europe et le continent importe beaucoup d’aliments. Ce n’est peut-être pas là que l’Afrique doit prendre modèle. Rappelons que la Grande Bretagne avec ses 253 habitants au kilomètre carré ne couvre pas la moitié de ses besoins alimentaires par sa propre production.

D’autre part, une partie de l’Afrique est occupée par les déserts (le Sahara pour l’essentiel et le désert de Namibie pour une moindre part). Comptabiliser la surface de ces territoires pour établir une densité de population n’a guère de sens. L’Europe globalement possède un pourcentage de terres fertiles plus important que l'Afrique et peut mieux assurer la subsistance d’un grand nombre d’habitants. C’est là une réalité physique qui n’a rien à voir avec un préjugé anti-africain. Rappelons que dans toute la partie Nord de l’Afrique la population est concentrée le long des côtes et le long du Nil. Ni la longueur des rivages, ni celle du fleuve n’augmentera.

L’évocation de Hong Kong est encore plus déplacée, car comment comparer la densité d’une cité et celle d’un continent ? Hong Kong est une zone urbaine et non un pays "complet" assurant sa subsistance. Pour que Hong Kong vive avec ses plus de 6.000 habitants au kilomètre carré, il faut qu’ailleurs des terres (autrement plus vastes) soient exploitées pour l’agriculture et pour l’industrie (sans parler de l’énergie). Le revenu par habitant non plus n’a aucun sens dans ce cadre là. Il est certain que des cités peuvent avoir des revenus élevés, mais ceci n’est absolument pas généralisable à un pays entier, encore moins à un continent. Le Luxembourg a un revenu par habitant plus élevé que l’Europe dans son ensemble, New York que les Etats-Unis et Hong Kong que la Chine.

Remarquons de plus que de telles concentrations urbaines (plusieurs milliers d’habitants au km²) sont d'ailleurs assez invivables, et que nombre de citadins occidentaux n'ont qu'une envie, "s'enfuir" le week-end. Ce que ne peuvent évidemment pas faire les habitants des bidonvilles de Lagos...

A ces remarques sur les densités d’aujourd’hui s’ajoute une absence de réflexion sur la notion de croissance. L’Afrique connaît une croissance exponentielle de sa population (le rythme de doublement est d’environ 40 ans c’est à dire que d’ici 2050 l’Afrique va "gagner" plus d’habitants qu’elle n’en a "gagné" au cours de toute son histoire). Au passage, écrire « Si les tendances actuelles se poursuivent, l'Afrique peut se retrouver avec une croissance démographique négative » ne correspond donc à aucune réalité. Mathématiquement l’exponentielle est un phénomène dangereux : 220 millions d’africains en 1950, 1 milliard en 2010, 2 milliards en 2050. Ira-t-on jusqu’à 4 milliards (encore une fois Sahara compris) en 2100 ? On voit bien qu’il s’agit là d’une course folle qui ne peut se finir qu’en drame.

"Approximation" enfin lorsqu’on lit : « Il n'existe aucune relation entre la taille de la population et le développement », ce que personne ne dit d'ailleurs… Par contre ce qui est aujourd'hui très clair et de nombreuses études le montrent, c'est qu'un taux de croissance démographique excessif nuit à celui de l'économie, car cette dernière "ne peut pas suivre". Dans de nombreux pays d'Afrique subsaharienne (Burkina Faso, Mali, Niger...), le très important taux de natalité conduit au fait qu’environ la moitié de la population a moins de 15 ans, ce qui provoque un taux de dépendance (rapport inactifs / actifs) difficilement gérable, sauf à faire travailler les enfants, ce que n'hésitent pas à faire certains (et qui est d'ailleurs régulièrement dénoncé). De même cette croissance continue oblige les pouvoirs publics à porter leur effort en permanence sur les services de santé et d’éducation au détriment des investissements économiques.

Deux points précis ne sont pas sérieusement évoqués non plus.

- La nourriture d’abord. L’Afrique peine à nourrir son milliard d’habitants, comment pourra-t-elle nourrir ses deux milliards d’habitants à la moitié de ce siècle ? N’oublions pas que les rendements de l’agriculture moderne sont fortement dépendants de l’utilisation massive d’énergies fossiles (dans les engrais, pour la mécanisation et dans les transports des produits). Ces énergies vont faire défaut au Monde dans le siècle qui vient. Si l’on ajoute la dégradation des terres, il ne faut pas attendre une poursuite de l’augmentation globale des rendements, bien au contraire.

- La protection de l’environnement ensuite. L’Afrique, et c’est tout à son honneur, a gardé un peu de sa faune sauvage, ce qui n’est plus le cas de l’Europe et de façon générale de toutes les nations densément peuplées. Si l’Afrique veut faire progresser sa production agricole pour nourrir plus d’habitants il faudra inéluctablement qu’elle s’attaque à ses derniers espaces vierges. Avec 173 habitants au kilomètre carré comme en Europe, l’Afrique devra dire adieu à sa grande faune. Est-ce le rêve des Africains que ce monde-là ? Un gigantesque Hong Kong ? Sans plus une forêt, sans plus une savane mais avec juste quelques zoos en guise de bonne conscience ?

Les hautes densités démographiques ont déjà posé de nombreux problèmes. Comme le montre très bien Jared Diamond dans "Effondrement" la surpopulation est une des causes du génocide rwandais (800.000 morts). Plus récemment la surpopulation a également été une cause de la gravité des conséquences du tremblement de Terre à Haïti (plus de 200.000 morts). Un pays trop peuplé doit construire partout et ne peut éviter les zones dangereuses. Les récentes inondations en Asie du Sud et les 200.000 morts du tsunami de décembre 2004 montrent aussi la fragilité et les inconvénients des zones surpeuplées. Dans certains cas donc, l’apocalypse s’est bien réalisée. De plus, comme nous sommes dans un processus exponentiel, le pire est à venir. On peut également ajouter les phénomènes de violence qui accompagnent presque toujours la naissance des mégalopoles et leur fragilité en cas de crise ou de conflit.

Enfin, nulle part dans le monde on ne sait vivre écologiquement et en grand nombre. Ainsi par exemple, les énergies renouvelables (qui deviendront obligatoires avec la fin des réserves d’énergies fossiles) ne sont pas adaptées aux peuplements trop denses (aucune capitale ne vit sur le solaire ou l’éolien, quant aux réserves de biomasses elles sont limitées). Elles impliquent le recours, soit au nucléaire difficilement généralisable au monde entier pour des raisons de sécurité notamment, soit aux énergies fossiles bientôt épuisées.

L'Europe et la plupart des pays développés n’ont pas un mode de vie durable. Inéluctablement il faudra le revoir, et cette révision passera par une baisse de la densité démographique. Ce n’est pas faire insulte à l’Afrique que de la mettre en garde contre un modèle obsolète, ni sous-estimer les capacités de ses habitants. D’ailleurs, quand le monde vivait avec une moindre disponibilité en énergie, comme c’était le cas il y a encore un siècle, il ne pouvait accepter que trois ou quatre fois moins d’habitants.

Le modèle selon lequel les enfants nombreux sont sources de richesses et de garantie pour les parents est aujourd’hui dépassé. A vivre sur ce schéma, l’Afrique va à la catastrophe. Les idées de retenue démographique ne semblent pas le fait d’une "mentalité" qui viserait à laisser l’Afrique derrière le reste du monde mais au contraire sont une preuve de prudence et de raison. La légendaire sagesse africaine a mieux à conseiller à ses habitants que la fuite en avant !

Association Démographie Responsable
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