Moralisation du capitalisme... et de la politique ?

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Michel De Poncins – Le 23 avril 2009. Dans cet univers médiatisé à l’extrême, de nouvelles idées apparaissent au firmament comme de belles fusées, prêtes à retomber pour faire place à d’autres. La toute dernière est le souci de moraliser le capitalisme affiché par les gouvernements de toutes sortes, ce qui n’est guère évident. En fait la moralisation du capitalisme, en l'occurence les rémunérations des dirigeants, est un problème d'incitations qui doit être réglé entre actionnaires et dirigeants. C’est à l'assemblée des actionnaires de trouver le remède à la perversité du système actuel des rémunérations des dirigeants qui s'écarte des valeurs originelles du capitalisme, à savoir le mérite et la responsabilité.

Ensuite, demandons nous si les gouvernants savent réellement ce qu’est le capitalisme. La question est intéressante : s’ils savaient, ils comprendraient le rôle fondamental de la responsabilité pour le bon fonctionnement du capitalisme et ils n'auraient pas eux-mêmes introduit des mécanismes empêchant justement la responsabilisation des acteurs de la finance, et ce, bien avant la crise (qui y trouve ses racines) et au surplus, depuis la débâcle (comme soi-disant remède à la crise).

Pour moraliser, ils prennent en cible les patrons avec une allégresse difficile à cacher. Les termes techniques leur sont d’un grand secours : bonus, parachutes dorés, stock-options, primes de départ, retraites-chapeaux, etc. Ils désignent ainsi des contrats extrêmement compliqués et parfois incertains dans leurs effets. Exemple : des stock-options n’ont de la valeur que, si le jour de l'exercice du droit à souscrire les actions, celles-ci ont elles-mêmes de la valeur ; beaucoup de stock-options contractées il y a quelques années ne valent rien aujourd'hui.

Mais que les hommes politiques désirent moraliser le capitalisme suppose qu’ils soient eux-mêmes irréprochables. Et il y a beaucoup à dire à ce sujet, et le plus surprenant est le silence des médias sur les avantages des politiques et de leur entourage.

Retraites chapeaux ? Qui évoque publiquement les retraites fastueuses des ministres ? En France, le système est tellement bien ficelé que certains peuvent toucher des retraites de fonctions jamais remplies : retraite d’ambassadeur ou de magistrat de la Cour des comptes par exemple ! Rémunérations ? Ce que gagnent les politiques en argent formel ou informel est impossible à calculer vraiment : personne ne nous dira jamais, et pour cause, combien représente l’usage sa vie durant d’une voiture avec chauffeur. Cumuls ? Cette pratique courante en France remplit d’étonnement les étrangers ; les Américains, habitués au travail bien fait et aux missions claires, ne comprennent pas que l’on puisse être ministre et, simultanément, maire de grande ville ou président de conseil régional, toutes fonctions qui se télescopent. Un cumulard, richissime de ses cumuls, est-il qualifié pour moraliser les autres ?

Parachutes dorés ? Ici l’observateur attentif aperçoit dans la sphère publique d’innombrables et brillants « parachutistes ». En France, les anciens premiers ministres disposent d’un statut de prince vénitien leur vie durant : salaires, voitures avec chauffeur, voyages, secrétariat. Cincinnatus ayant quitté le pouvoir à Rome était retourné à sa charrue après avoir bien rempli sa fonction. Ces jours-ci un remaniement gouvernemental se prépare ; une grande partie de l’énergie de tous les politiques s’emploie a trouver des points de chute pour les futurs anciens ministres, qui en plus bénéficieront d’avantages retraites conséquents : un adroit « parachutiste » doit savoir où atterrir en douceur !

En France, encore, le gouvernement vient de créer, ex nihilo, un poste d'ambassadeur pour favoriser un de ses amis-opposants, déjà ancien premier ministre ; personne n'a besoin de ce nouveau poste qui va engendrer le désordre dans toutes les affaires étrangères avec bien entendu les dépenses extravagantes que le nouvel ambassadeur va occasionner ; il est prévu pour commencer une croisière pour donner des conférences à proximité de la banquise !

Mais les « parachutistes » de l'UE sont encore bien plus gâtés. Les Commissaires qui vont quitter leurs fonctions cette année recevront chacun plus d'1 million d'euros en pensions et en indemnités de « transition » et de « réinstallation » ! Le nombre de Commissaires qui partiront n’est pas connu à ce jour ; ils pourraient être vingt et recevoir dans ce cas un total de 24,5 millions d'euros.

Tout cela s'ajoute aux salaires et avantages auxquels ces Commissaires ont droit au cours de leur durée de service, à savoir un salaire de base d'au moins 235.000 euros par an. Il s’ajoute une foule d'autres avantages, dont des indemnités de résidence. Au total, les 27 commissaires européens ont coûté aux contribuables au moins 75 millions d'euros ces cinq dernières années.

Les citoyens de toute l'Europe, victimes de la crise, pourront se demander à juste raison pourquoi ils doivent payer une si énorme facture pour une poignée de fonctionnaires éloignés pour lesquels ils n'ont jamais voté.

La conclusion est que la rémunération des dirigeants est un problème interne à l'entreprise dont la solution passe par des contrats plus responsabilisants. Certes, les politiques peuvent s’en occuper mais la question se pose de savoir s’ils sont vraiment bien placés pour le faire compte tenu de leurs propres pratiques !

Michel de Poncins est économiste.