Récession : une cause peut en cacher une autre

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Alan Reynolds, le 14 avril 2009 - Les dirigeants de nombreuses nations se sont accordés à dire que la cause de la récession actuelle est à mettre sur le dos des Etats-Unis. A Strasbourg le Président Obama a lui aussi dénoncé « la spéculation imprudente de banquiers qui a désormais alimenté la récession mondiale ». Il y a pourtant un problème dans cette accusation des Etats-Unis comme étant la cause unique de la situation actuelle : la récession était plus sévère en 2008 dans certains pays européens ou asiatiques qu’aux Etats-Unis.

Au quatrième semestre 2008 le PIB réel des Etats-Unis était juste 0,8% moindre qu’un an auparavant. La contraction était deux fois plus importante en Allemagne ou en Grande-Bretagne, et bien plus sévère au Japon ou en Suède. En février la production industrielle américaine était de 11,8% plus faible qu’un an auparavant, alors que le même indicateur était de -22,4% à Singapour, -22,9% en Suède et … -38,4% au Japon.

Par quel mécanisme les problèmes américains ont-ils été supposément diffusés aux autres pays ? Ce n’était pas par le biais du commerce international. La valeur en dollars des importations américaines n’a pas baissé avant août 2008, et les importations de biens de consommation avant septembre – plusieurs mois après que le Japon et l’Europe n’entrent en récession.

En réalité, la plupart des économies qui sont tombées les premières et le plus vite ne dépendaient pas essentiellement de leurs exportations vers les Etats-Unis. Même le Japon ne représentait que 6,6% des importations de marchandises aux Etats-Unis l’année dernière, un chiffre à comparer avec 15,9 % pour le Canada ou la Chine – dont les économies s’en sont mieux sorties.

Même si les économies européennes et asiatiques les plus faibles pouvaient mettre tous leurs problèmes sur le dos de l’économie américaine, comment blâmer les banques ? Il n’y a pas eu de risque de faillite de banque au Japon, en Suède, au Canada ou tout autre pays de la liste concernée, sauf au Royaume-Uni. Et les banques américaines et britanniques n’ont pas commencé à avoir des problèmes en masse avant septembre ou octobre, soit neuf mois après que la récession ne s’engage au Japon ou en Europe.

Pourtant les seuls coupables ne seraient que les banques américaines ou britanniques. Le ministre des finances allemand a critiqué par exemple l’attitude « anglo-saxonne » de l’Amérique et du Royaume-Uni, consistant à encourager des pratiques de prêt et d’investissement risquées du fait d’une « fixation exagérée sur les rendements ».

Mais le PIB et la production industrielle allemande étaient, sur un an, en berne à – 19,2%, alors que le déclin était de 11,4 % en Grande-Bretagne et d’un chiffre similaire aux USA. Faudrait-il supposer que les entreprises allemandes (et japonaises d’ailleurs) dépendraient plus des banques américaines et britanniques que les entreprises américaines et britanniques elles-mêmes ?

Un autre problème avec la thèse de la culpabilité unique des Etats-Unis est que temporellement quelque chose ne colle pas. Si la récession américaine s’était simplement répandue aux autres pays, l’économie américaine n’aurait-elle pas due être la première à se contracter ?

Pourtant la production industrielle américaine n’a commencé à décliner de son pic après janvier 2008 – longtemps après que la production a commencé de ralentir au Canada (juillet 2007), en Italie (août 2007), en France (octobre 2007) et la zone euro (novembre 2007). En dépit d’une exception en février 2008, la production industrielle au Japon a connu son pic en octobre 2007.

En janvier 2008, la date qu’on considère marquer le début de la récession américaine et européenne, les indicateurs majeurs de l’OCDE étaient plus bas de 0 .8 points que l’année précédente pour les USA – mais 2,3 points plus bas pour la Suède, 2,8 pour le Japon, 2,6 pour la Corée et 4,1 pour l’Irlande.

Ces indicateurs ont anticipé correctement les récessions bien plus profondes dans ces quatre derniers pays. Et l’indicateur le plus célèbre, le prix mensuel des actions, a son pic en octobre 2007 aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, soit quatre mois après le pic au Japon et dans la zone euro.

Qu’avaient en commun les économies en récession ? Elles n’avaient pas toutes un boom immobilier, comme le Canada, le Japon, la Suède et d’autres pays en bas de la liste en termes de croissance économique.

Ce qui a réellement initié cette récession devrait être évident puisque cela s’est passé pour chaque récession américaine depuis la guerre à l’exception d’une seule en 1960.

En 1983 James Hamilton de l’Université de Califonie à San Diego montrait que « à l’exception d’une seule, toutes les récessions américaines depuis la deuxième guerre mondiale ont été précédées par une hausse spectaculaire du prix du pétrole brut, typiquement avec un délai de 3 trimestres ». De 1946 à 2007 il y a eu dix hausses brutales du prix de l’or noir – chacune étant suivie par une récession.

Dans le Financial Times daté du 3 janvier 2008, j’écrivais « l’économie américaine est susceptible de glisser dans une récession seulement du fait de coûts de l’énergie plus élevés, et ce, quelle que soit la politique de la Federal Reserve ».

L’économiste Jadadeesh Gokhale observe que le déclin prolongé de la construction immobilière extra urbaine qui a commencé en 2006 était une réponse logique aux prix en hausse du pétrole et de l’essence à l’époque. De même pour les ventes de véhicules gourmands en carburant. De ce point de vue, les crises financières américaine te britannique à l’automne 2008 étaient plus les conséquences de la récession que leur cause : les récessions transforment en effet des bons prêts en mauvais prêts.

La récession a commencé fin 2007 ou début 2008 dans de nombreux pays, les Etats-Unis étant d’abord parmi les moins affectés. Les pays avec les récessions les plus importantes n’avaient pas de lien essentiel avec les problèmes immobiliers et bancaires américains.

En fait, plus simplement, il n’était pas possible pour des économies importatrices de pétrole de continuer à fonctionner avec des prix du pétrole à 100 dollars le baril, et encore moins à 145 dollars. Comme presque toutes les récessions de la période d’après guerre, celle d’aujourd’hui a été initiée par des prix insoutenables de l’or noir.

Alan Reynolds est analyste au Cato Institute.