Concours Bastiat : essais des gagnants

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Le 20 janvier 2009 - Nous diffusons aujourd’hui l’essai de Caroline Regad qui est arrivé à la deuxième place du concours Bastiat organisé par unmondelibre.org.

Du sauvetage des naufragés de l’inconséquence économique
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Du triomphe d’une pensée flouée par ses détracteurs

Personnage souvent oublié, symbole pourtant ressuscité : tels pourrait être le diptyque caractéristique de Frédéric Bastiat. Les méandres des crises actuelles ont le mérite de révéler le nom du nouveau Prophète à une majorité dépassée par l’ampleur du désastre. Cette majorité, composée d’hommes et de femmes dont l’ignorance sans but vient de se briser, telle une écume insensée, sur la digue des incohérences d’un système rouillé, cherche, affolée, des solutions de résolution de crises. Toutefois, ces naufragés de la théorie économique n’étaient-ils pas ceux qui se complaisaient antérieurement à réaliser des systèmes dont la dose de libéralisme frôlait délibérément le zéro… Sous prétexte d’assurer une mainmise sur un ensemble de rouages vague mais complet, sous prétexte de s’infiltrer dans tous les domaines de la vie pour mieux les gérer, sous prétexte de servir cette notion creuse d’intérêt général, le bateau-Etat dérive dangereusement... Pire : à force de s’ingénier à imprimer dans les institutions une antithèse avérée de que préconisait Bastiat, le système du navire ne se grippe désormais plus ; il échoue tout simplement sur la plage de l’inconséquence économique.

Les pires présages de Bastiat trouvent ainsi un écho percutant. Echo impatiemment attendu par une troupe (encore peu nombreuse) de personnes sensées. Echo amèrement constaté par des dirigeants trop prompts à dénoncer les dérives d’un libéralisme abstrait qui n’est pourtant pas à l’œuvre. Echo tristement subi par une masse noyée dans une propagande institutionnalisée jetant abondamment le discrédit sur ce libéralisme à l’œuvre selon eux alors qu’il n’a jamais été aussi absent. Aveuglés hier, ceux-ci trouveraient des enseignements bien utiles dans la lecture de Bastiat ! Ceux qui prennent la peine d’y plonger ne reviennent jamais à leurs convictions erronées passées.

A coups d’images simples mais profondes, Bastiat constate les symptômes et en prévoit l’évolution si les cellules cancérigènes ne sont pas éradiquées. Le mal est bien connu ; il est aujourd’hui complètement réalisé. Le médecin Bastiat accourt sur la plage des naufragés du bateau-Etat. Bastiat a prévu le remède qu’il faut désormais remettre au gout du jour. Il localise la source du mal et préconise l’éviction d’un Etat trop pressant au point d’en devenir oppressant sur des structures qui tombent alors en ruine. Le cancer étatique mourra de lui-même. Corrélativement, un retour pur et simple à l’individu est encouragé. Quand bien même Bastiat ne prononce jamais ce terme, le remède réside en un mot : le libéralisme. C’est-à-dire la confiance en un homme responsable, en un homme digne capable de fonder ses choix sur la raison. Un système ainsi épuré de l’intervention de l’Etat retrouvera ainsi sa vigueur naturelle. La diffusion du libéralisme, telle une injection vitale, déferlera jusque dans le cœur du système, insufflant ainsi à nouveau la vie à ses cellules fébriles.

C’est en ces deux phases que tient l’apport de Bastiat aujourd’hui. Ap-porter : amener avec soi quelque chose de plus. En ce point éclate le génie de Bastiat : il ne traite pas uniquement les symptômes, il attaque le mal à la racine. Abstinence de l’Etat, action du médicament libéral : la voie salvatrice des naufragés de l’inconséquence économique est toute tracée.


Un mal apparent déjà constaté par Bastiat :
le cancer étatique
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l’auto-destruction avérée, l’éradication immédiate prônée

Le cancer est une maladie de la mort par la vie : la cellule dégénère et communique aux autres cellules son programme de dégénérescence si bien qu’à terme tout le corps est atteint par ce processus. Il en est de même avec l’Etat qui dicte son programme destructeur à l’ensemble du système dont il est la tête. Et les répercussions de ses mesures dévastatrices contaminent entièrement son navire. Bastiat l’avait compris, lui qui envisageait avec crainte la nationalisation des transports ! Aujourd’hui le navire-Etat est allé encore plus loin et les cellules cancérigènes grouillent en lui. Qu’il suffise pour s’en convaincre de songer à un ensemble de réactions étatiques défiant l’entendement : le sauvetage ridicule de banques nationales américaines à la déroute, l’attribution farfelue et bien française d’un RMI ou d’une allocation quelconque alimentant gravement la fameuse trappe à inactivité et par contrecoups, entre autres : le chômage.

Mais le pire ne demeure pas tant dans les impacts directs sur l’économie que dans les conséquences intellectuelles et morales ! En voici l’illustration : de telles méthodes de gestion ne font que favoriser, d’une part, l’infantilisation d’une population qui s’en remet au sein étatique, d’autre part, le conditionnement des esprits qui, par réflexe, se raccroche à l’Etat au moindre bobo ressenti par le corps social. Une catastrophe environnementale ? Un dégazage sauvage d’un navire en pleine mer ? Des inondations ? Une crise économique ? Des agriculteurs en manque de subventions ? Des entreprises nationales qui coulent sous le poids des dettes et surtout sous la pression insistante de vilaines multinationales concurrentes ? Des difficultés sanitaires liées à l’obésité ? Qu’à cela ne tienne ! L’Etat est là, l’Etat est toujours là pour vous aider ! L’Etat vous donne de l’argent pour combler à l’irresponsabilité ambiante, l’Etat vous dicte votre conduite, l’Etat vous fait marcher au pas, l’Etat vous fond dans ce moule du citoyen moyen pour pallier à la désolidarisation naturelle.

Le nerf de la guerre des cerveaux est là : dans les repères. Pas un journal télévisé ne passe sans que le citoyen en appelle à l’Etat. Pas un journal papier n’est rédigé sans que l’Etat ne se pose au secours d’une région ou d’une catégorie de personnes en difficulté. L’Etat s’est affiché comme le seul pilier incontournable. Combien de voix dissidentes ? Si peu ! Le mérite de Bastiat est d’éclairer les esprits et d’inciter à la réflexion : mais, au fait, qui est cet Etat qui s’annonce comme l’héroïsme incarné aux yeux des profanes? « L’Etat, c’est vous ! », clamait Bastiat. N’y a-t-il mot plus juste ? L’Etat est une fiction, ce « monstre froid » de Nietzsche. Voilà tout ! Et Bastiat, devant les naufragés de l’inconséquence économique, essaye de tirer les conséquences de ce constat : si l’Etat, c’est vous, alors c’est vous qui êtes en capable de changer ce système. Alors c’est vous qui devez adopter un autre état d’esprit : le libéralisme.



Un remède efficient pourtant préconisé par Bastiat :
Le retour à l’individu


L’auto-génération assurée, la solution salvatrice affichée

Esprits formatés, abstenez vous de le rester ! Bastiat militait en ce sens hier comme aujourd’hui. Hier lorsqu’il a pu caresser les rênes d’un pouvoir s’avérant n’être qu’un avatar de l’Etat. Aujourd’hui car ses idées sont plus que jamais révélatrices de l’unique issue. Ses avertissements, distinguant « ce qu’on voit » de « ce qu’on ne voit pas » sont d’une actualité patente ! Cette image de l’homme malade auquel le médecin prélève du sang pour lui en donner du nouveau est claire : l’Etat épure l’homme dans son sang et dans ses mœurs. Et que dire de l’histoire sur le morceau de pain ? L’Etat se sert dans cette foule asservie, l’Etat s’alimente de la passiveté ou plutôt de l’incrédulité de ses hommes au point que la question se pose : qui est la créature ? Qui est le créateur ? La technocratie surabondante en général, les dérives de la sécurité sociale qui grossissent comme une tumeur localisée en particulier, ne traduisent-elles pas la métaphore d’une erreur contre-nature qui grandit sans que rien ne l’arrête ? Les mesures protectionnistes débilisantes parce qu’avilissantes ne sont-elles pas la vérification toujours répétée de la parabole de Bastiat sur la pétition des marchands de chandelle ?

Or ce monstre étatique, quand bien même refuse t-il d’analyser les raisons de se dérive, préfère se projeter dans le gouffre qui s’ouvre devant lui. Car analyser les raisons de sa crise serait l’équivalent de la remise en cause de sa propre existence. Lors de la hausse du pétrole par exemple, l’Etat français s’est indigné de l’accroissement du prix du carburant et a juré à la population de l’aider en créant un fantasmagorique chèque de transport (heureusement, celui-ci n’a jamais vu le jour). Pourquoi diable ne jamais s’interroger sur les taxes hallucinantes prélevées à la pompe… devinez par qui ? Ce même Etat ! L’Etat, créature qui s’est décidément émancipé, se crée les conditions nécessaires à sa survie : un droit crée ex nihilo par lui et pour lui (les rudiments du droit administratif ou comment imposer aux autres des règles qu’on ne va pas soi-même respecter sur le fondement, évidemment, de… l’intérêt général !), une médiatisation à son service, des esprits fermement éduqués. C’est ainsi que le navire Etat baigne dans une ambiance propice à ses vieux jours. Si la « privatisation rampante » est sans cesse agitée comme un épouvantail par une f(r)ange de citoyens, n’a-t-on jamais, en retour, entendu parler de « nationalisation volante » ?

La première guerre à mener est celle des esprits et Bastiat, par ses propos imagés, l’avait très bien saisi ! A forte de dose de libéralisme, il faut abattre les cloisons de ces esprits formatés qui doivent désormais réfléchir par eux-mêmes sans s’appuyer sur des préconçus ahurissants. Qui a-t-il de plus digne que le libéralisme pour mettre en évidence toute la valeur de l’homme en tant qu’homme ? Le libéralisme est ce mode de pensée qui respecte l’humanité et la dignité de chacun d’entre nous. Le libéralisme est cette attitude de confiance en l’homme, en sa raison, en ses choix. Rien n’est plus favorable à la liberté que le libéralisme ! Croire en l’homme : voilà la maxime. Frédéric Bastiat en a été le Prophète le plus percutant.

Personnage finalement négligé, symbole décidément pérennisé, la pensée de Bastiat renaît de ses cendres pour sortir le système de l’abîme sans fond dans lequel il agonise. Les préceptes de Bastiat cristallisent le souffle salvateur qui redonnera vie à tous ces naufragés... Puissent ces derniers se rendre à la raison !