Barack Obama pourra-t-il négocier une paix en Terre Sainte ?

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Leon Hadar, le 05 janvier 2009 - En Israël et en Palestine (comme au Cachemire, au Sri Lanka, au Darfour, etc.) la paix génèrerait des avantages considérables et la guerre induit des coûts humains et financiers faramineux. Pourtant aucune solution n’a émergé et la situation est restée « gelée » pendant longtemps. La raison tient au fait que pour la plupart des parties prenantes à ce type de conflit, les coûts à relever le défi du statu quo dépassent les bénéfices à agir pour mettre un terme à la dispute (soit par une victoire militaire, soit par une négociation de paix).

Ce type d’analyse coût-bénéfice explique pourquoi le Président George W. Bush et son entourage ont décidé après le 11 septembre de ne pas investir du temps et des ressources à résoudre le conflit israélo-palestinien. Ils s’étaient persuadés de l’hypothèse (ou de l’illusion) que la promotion de « l’agenda de la liberté » au Moyen Orient créerait les conditions pour une résolution du conflit entre Israéliens et Palestiniens : il se disait que « la route de Jérusalem passe par Bagdad ».

Les conseillers de Bush pensaient que ce qui est bon pour l’Amérique est bon pour Israël (et vice versa). Pour eux, une Pax Americana dans la région ferait pencher la balance des pouvoirs en faveur de Tel Aviv, forçant les Palestiniens à accepter un arrangement qui aurait favorisé les intérêts israéliens. A partir de là, cela n’avait pas de sens de dépenser le capital diplomatique de Washington en faisant d’un côté pression sur Israël, un « allié stratégique dans la guerre contre la terreur », et d’un autre côté en relâchant la pression sur les dirigeants palestiniens et accepter des concessions. Washington a donc préféré à la place « ranger » le problème palestinien tout en essayant de remodeler le Moyen Orient par la force.

Cependant, en enjambant le problème israélo-palestinien pour s’attaquer à la menace de « l’islamo-fascisme », l’administration Bush a poursuivi des politiques qui ont essentiellement exacerbé les tensions entre Israël et les pays arabes. Elle a tenté de dissuader Israël de poursuivre des négociations avec la Syrie (un membre de « l’axe du mal ») par le biais de la Turquie. Elle a donné le feu vert à Israël pour attaquer le Hezbollah au Liban, ce qui a débouché sur une impasse stratégique et a sans doute fait alors penché la balance des pouvoirs en défaveur de l’alliance américano-israélienne.

L’ « agenda de la liberté » de Bush s’est heurté à la dure réalité de la victoire du Hamas en Palestine et du renforcement de l’Iran et de ses alliés dans la région.

Même une administration américaine décidée à résoudre le conflit aurait trouvé presqu’impossible tout mouvement vers un accord à un moment où le leadership politique était faible des deux côtés. Bien qu’il y ait eu des indications selon lesquelles les deux parties auraient pu probablement s’accorder sur les colonies juives en Cisjordanie et sur le problème de la frontière israélo-palestinienne, il n’y avait pas de signe de rapprochement entre les deux communautés sur le cœur des problèmes existentiels qui les ont séparées, tels que le sort de Jérusalem ou le « droit au retour » des réfugiés de 1947.

En même temps, il semble que de nombreux observateurs conscients des réalités du terrain et qui se moquaient des grands desseins de Bush et des néoconservateurs pour transformer l’Irak et remodeler le Moyen Orient, ont désormais rejoint les rangs des optimistes qui mettent leurs espoirs en Barack Obama pour amener la paix en Terre Sainte. Selon eux, le Président Obama fera les démarches nécessaires pour réparer les liens avec le Moyen Orient en retirant les troupes américaines d’Irak et en ouvrant un dialogue diplomatique avec l’Iran. Ayant ainsi renforcé le statut des Etats-Unis au Moyen Orient, Obama pourrait être en position d’embrasser une stratégie bien plus volontariste dirigée vers la réconciliation entre israéliens et palestiniens.

Bien sûr, ce que le président sera capable d’accomplir en matière de politique extérieure dépendra très largement de la capacité de l’administration à contenir la récession américaine et mondiale. Le retour d’Une Grande Dépression rendrait moins probable un geste diplomatique ou militaire américain. Mais si la récession s’avère plus gérable que prévu, l’administration Obama pourrait s’engager sur un agenda plus ambitieux au Moyen Orient – accélérant le retrait d’Irak dans un cadre régional qui pourrait inclure l’Iran.

Ce genre d’élan diplomatique dans un environnement régional stable amènerait à une reprise des négociations israélo-palestiniennes. Mais Obama et ses conseillers auraient toujours à se démener pour tenter un accord qui requiert des concessions que ni les dirigeants israéliens ni les dirigeants palestiniens ne veulent passer de si tôt. Résoudre ces problèmes existentiels divergents serait bien sûr encore plus difficile aujourd’hui qu’en 2000 (lorsque Camp David II a échoué).

En tous les cas, l’administration Obama devrait reconnaître que, même avec le meilleur des scénarios, il y a des limites à sa capacité à ramener la paix au Moyen Orient. En créant l’impression que les Etats-Unis disposent de l’autorité morale et du pouvoir d’imposer la paix dans la région, Washington a produit des attentes irréalistes qui ne pourront être réalisées. Pire, les échecs répétés finissent par attiser des réactions violentes anti-américaines, mettant d’autant plus la pression sur Washington.

Les Etats-Unis devraient être prêts à travailler avec d’autres acteurs internationaux vers une solution, mais seulement si et quand Israël et la Palestine seront prêts à faire la paix. Si les deux parties voulaient réellement une paix, même fragile, elles feraient marcher ce processus – avec ou sans l’implication américaine. Elles seules sont responsables de l’échec.

Leon Hadar est analyste en stratégie au Cato Institute à Washington DC.