"Guerre contre la terreur" : Obama changera-t-il de cap ?

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Malou Innocent, le 3 décembre 2008 - Le Président élu Barack Obama a affirmé son engagement à mettre un terme à la guerre en Irak et à re-concentrer l’attention des Etats-Unis sur l’Afghanistan. Pour mener à bien les deux tâches, Obama doit faire plus que fixer des délais ambitieux ou proposer des projets brumeux aux détails obscurs. Il doit respecter sa promesse de campagne, et ainsi changer fondamentalement l’orientation de l’establishment en charge de la politique extérieure américaine : mettre fin à la mission en Irak nécessitera de s’engager directement auprès de l’Iran. De son opinion, la stabilité que nous cherchons en Irak est impossible à moins que les USA proposent un effort concerté pour induire les acteurs entourant l’Irak à prendre part de manière responsable au processus de transition. Pour Obama, cela ne peut se produire que si les Etats-Unis engagent le dialogue avec l’Iran de manière ouverte, mature, et sans préconditions.

Depuis 1979, quand un groupe d’étudiants iraniens s’emparaient de l’ambassade américaine à Téhéran, les Etats-Unis ont tenté d’isoler l’Iran au plan international. De temps à autres les intérêts iraniens et américains convergeaient comme quand l’Iran soutenait silencieusement les efforts américains pour déloger le régime taliban en Afghanistan. Mais aujourd’hui, l’Iran dispose d’un programme nucléaire naissant, la population la plus importante de la région, un arsenal en expansion de missiles balistiques, et étend sa sphère d’influence par le biais du Hezbollah chiite au Liban. Très clairement, la stratégie américaine de trente ans consistant à isoler le régime religieux de Téhéran n’a pas fonctionné. Si les voies diplomatiques restent fermées, la stabilité en Irak restera impossible.

Avec une administration Obama, s’extraire de l’Irak signifie s’investir plus en Afghanistan, dont le Président élu dit qu’il doit être « la plus grande priorité de sécurité nationale » de l’Amérique. Son projet est de retirer les forces de combat américaines d’Irak sous 16 mois et d’en laisser peut-être 60 000 comme soutien. Obama a de la chance. En effet il y a quelques jours, le Parlement irakien a approuvé l’Accord sur le Statut des Forces américaines avec les USA, accord qui stipule les conditions sous lesquelles des troupes américaines seront autorisées à rester en Irak. Les troupes américaines se retireront d’Irak à la fin 2011. Un retrait d’ici2011, endossé par le Parlement irakien, est compatible chronologiquement avec l’appel à un retrait d’ici 16 mois par Obama. Non seulement ce projet fournirait à Obama une marge de manœuvre par rapport à sa promesse de campagne, mais les troupes retirées d’Irak permettraient un redéploiement en Afghanistan.

Sur le front afghan de la guerre américaine contre la terreur, la Maison Blanche et le Commandement US (le CENTCOM) passent actuellement en revue de nouvelles approches pour stabiliser le pays ravagé par la guerre. Un des projets est d’éloigner les tribus pachtounes des éléments talibans, c'est-à-dire une politique subtile qui requiert en fait le dialogue avec la base des insurgés pro-talibans. La nouvelle administration Obama a indiqué qu’elle envisageait d’adopter cette approche. Si c’est le cas, alors Obama pourrait respecter une autre promesse de campagne : prêter l’oreille à ce que les généraux sur le terrain ont à dire. Il y a seulement quelques semaines, le Général en chef du CENTCOM David Petreaus a déclaré qu’une nouvelle stratégie américaine en Afghanistan pouvait comprendre une réconciliation avec les insurgés talibans. Reste un problème potentiel pour les USA et l’ONU en Afghanistan : les militants venant de l’ouest du Pakistan. Si Obama continue les frappes de missiles et les raids de commandos sur le sol pakistanais (initiés par Bush), cela pourra générer un effet de vague au sein de la société tribale, encourageant les insurgés à se déchaîner contre le gouvernement du Pakistan et sapant l’autorité des dirigeants pakistanais. Par chance, Obama a été généralement bien accueilli au Pakistan lors de son élection. Si Obama se montre capable d’améliorer la réputation des Etats-Unis à l’étranger, peut-être ses politiques seront-elles mieux acceptées que celles de son prédécesseur.

Cependant, un engagement sur les deux fronts pourrait se révéler décourageant. Du côté de l’Iran, avec les conséquences sur l’Irak, les dirigeants religieux de Téhéran pourraient refuser de négocier ou demander beaucoup trop de concessions. En Afghanistan, le dialogue avec les combattants de terrain pourrait n’avoir aucun impact sur la décision les chefs des insurgés de renoncer à la violence ou d’arrêter de recruter. Mais pour s’attaquer au problème d’une sécurité qui va en empirant dans les deux pays, Obama doit réussir là où Bush a très clairement échoué. En Irak, les tentatives peu enthousiastes voire son refus de parler à ses adversaires dans la région a fait courir des risques supplémentaires aux troupes américaines, en les chargeant d’atteindre des objectifs irréalistes. En Afghanistan, l’administration Bush a ignoré l’histoire ethnique et sociale du pays, et n’a envisagé que très récemment de s’adresser aux chefs tribaux afghans dont l’aide est cruciale pour le combat de l’ONU contre les talibans.

Préparer le terrain pour le dialogue nécessite une compréhension de ses adversaires et une adaptation de sa politique. Epargner une défaite à l’Amérique sur les deux fronts impliquera de la part d’Obama d’écarter toute idéologie aveugle et d’être ouvert au dialogue. Cela demandera une vision et de l’audace, ainsi que du savoir-faire et une dose de pragmatisme.

Malou Innocent est analyste de politique extérieure au Cato Institute