Brèves sur la crise

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Le grand virage ? – Le 3 février 2009. Depuis son passage au Congrès le plan de relance américain comprendra semble-t-il des clauses imposant « d’acheter américain ». De telles mesures peuvent paraître anodines et pour certains, presque de « bon sens » puisque l’argent des contribuables américains sera utilisé pour faire tourner des usines américaines. Pourtant, à y regarder de près, ce pourrait être une erreur.

D’abord, si des projets font effectivement tourner directement la « machine américaine » (en achetant de l'acier américain pour les travaux publics par exemple) mais en coûtant beaucoup plus au contribuable américain (on estime à 25% le coût supplémentaire pour l'acier US), la différence de coût va nécessairement sacrifier d’autres projets qui auraient pu voir le jour (et rendre service aux américains). Mais de manière plus importante, cette attitude de plus en plus protectionniste initie un cercle vicieux : celui des représailles, chaque pays invoquant son doit à se protéger « dans l’urgence ». En Espagne il y a quelques jours des hommes politiques clamaient qu’en temps de crise il fallait « acheter espagnol ». Pascal Lamy, directeur général de l’OMC, a dit toute son inquiétude à ce sujet.

Le repli nationaliste est assez commun en temps de crise. Pourtant, il pourrait être le meilleur moyen d’aggraver cette crise-ci. Le monde s’est enfoncé dans la dépression des années 30 (en partie déclenchée d’ailleurs par les débats autour d’une loi protectionniste aux Etats-Unis – la loi Smoot-Hawley) par la montée des protectionnismes en représailles aux mesures protectionnistes américaines. En effet, la montée du protectionnisme signifie une fragmentation des marchés internationaux, qui sont cruciaux pour l’économie, et en particulier pour certaines grandes entreprises. Il n’est donc pas étonnant que Boeing ou General Electric se soient inquiétés de telles mesures aujourd'hui.

Quand on voit que des nationalisations de banques sont aussi envisagées, plus seulement au Royaume-Uni mais aussi aux USA ou en Allemagne, il semble peu à peu se dessiner un type de société beaucoup moins ouvert, plus centré sur la nation. Il se pourrait bien que nos sociétés prennent ces jours-ci un virage historique – et sans doute dangereux.

Le prix de la déresponsabilisation – Le 30 janvier 2009. Barack Obama s’est ému hier à la nouvelle des primes accordées par des firmes de Wall Street. Il faut dire qu’elles ont versé plus de 18 milliards de primes à leurs salariés l’année dernière. Même s’il est en net recul par rapport à 2007 (près de 33 milliards), ce chiffre n’en reste pas moins choquant quand on sait que ces firmes ont demandé la charité aux contribuables américains. Le président américain a qualifié un tel comportement de « honteux ».
En fait comme beaucoup d’économistes l’avaient prédit, le « sauvetage » de grandes firmes financières ne fait que perpétuer leur irresponsabilité, dont on voit bien le résultat aujourd’hui. En effet, comment vérifier où part l’argent déversé dans ces divers plans ? Quelle est l’incitation à gérer responsablement une entreprise lorsque l’argent public tombe du ciel à chaque risque de faillite ? Sans doute perçoit-on ici enfin le risque d’échec de ces plans de sauvetage, qui ne concurrent qu’à prolonger une crise qui est essentiellement celle de l’irresponsabilité : irresponsabilité des banques, de la finance, bien sûr, mais aussi et surtout des autorités monétaires et de l’administration américaine (le département du logement et l’urbanisme chapeautait Fannie Mae et Freddie Mac). D’ailleurs la Fed remet le couvert : après l’échec patent de sa politique d’argent gratuit en décembre, voilà qu’elle cherche à racheter la dette de l’Etat (en gros : l’Etat US rachète sa dette).
Une récession est un passage obligé par lequel une économie malade s’assainit. Elle a un coût social qui peut être mitigé, mais vouloir éviter la récession par des mesures renforçant l’irresponsabilité ne fera qu’amplifier les problèmes. C’est à coup sûr une future vague de brutales nationalisations, comme en Angleterre, qui viendra clore cet épisode. Ajoutons à cela la montée des protectionnismes, nos sociétés semblent prendre un virage inquiétant. Nous sommes sans doute à un tournant de l’histoire.

Des plans de relance … mais qui pour les financer ? – Le 13 janvier 2009. Alors qu’en Allemagne le Ministre des Finances Peer Steinbrück se disait encore en décembre hostile à un plan de relance, la coalition CDU-SPD aux affaires vient de s’accorder pour un plan de sauvetage de l’économie allemande de 50 milliards d’euros sur deux ans. D’une part la récession a touché de plein fouet le premier exportateur mondial avec une augmentation du chômage et un déclin des commandes, et d’autre part des élections législatives se profilent à l’horizon en septembre. Ces deux facteurs pourraient expliquer le revirement de situation. Ce plan prévoit notamment 18 milliards d’euros de réductions fiscales pour les particuliers et les entreprises, et jusqu’à 18 milliards d’euros pour l’investissement (éducation, infrastructures). Pourtant, alors que les récents excédents allemands permettent une certaine marge de manœuvre budgétaire (contrairement aux Etats-Unis par exemple) et que l’Allemagne est une puissance de premier rang, il faut se rappeler qu’il y a une semaine elle n’était pas arrivée à vendre toutes ses obligations d’Etat à dix ans sur les marchés. Un tiers d'entre elles ont dû être retirées. En réalité les Etats, qui multiplient les sauvetages et dont la majorité sont déjà très endettés, vont peut-être commencer à être confrontés à des difficultés pour pouvoir emprunter…

Sauvetages aux USA : au tour des pornographes ? – Le 8 janvier 2009. Le célèbre Larry Flynt (publiant la revue pour adultes Hustler) et son acolyte Joe Francis (Girls Gone Wild) ont déclaré vouloir demander un sauvetage de 5 milliards de dollars pour le secteur qu’ils représentent. Comme d’autres, ce dernier aurait été touché de plein fouet par la crise. Car selon M. Flynt, aux USA « les gens sont trop déprimés pour être sexuellement actifs. Cela est très malsain pour une nation. Les Américains peuvent rester sans voiture etc, mais pas sans activité sexuelle... Avec toute cette misère et les gens perdant de l’argent, le sexe ne les préoccupe plus. Il est temps que le Congrès revigore l’appétit sexuel de l’Amérique. Et la seule manière de le faire c’est de soutenir le secteur des loisirs pour adultes, et de le faire vite ». Cela prête à sourire mais c'est un argument pas moins sérieux qu’un autre. Après la banque, après l’automobile, en effet pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Comme dans d’autres pays d’ailleurs, le Congrès américain a pris une route dangereuse consistant à accepter de sauver des secteurs en difficulté. Les industriels n’ont plus qu’à prendre un ticket, et chacun invoquera le droit à être sauvé. Cette politique a ouvert une boîte de Pandore et généré un effet pervers : les recherches de rentes (payées avec l’argent des contribuables).

Argent gratuit - Le 17 décembre 2008. La Fed a baissé hier son taux directeur. Celui-ci était déjà de 1%, niveau très bas. La Fed l'a ramené à une fourchette entre 0,25 % et... 0%. C'est un niveau historique. Le patron de la Fed Ben Bernanke avait avoué début décembre l'effet limité des baisses de taux. Effectivement, à côté de cela, la Fed a renfloué le marché du crédit à des niveaux astronomiques, racheté des actifs financiers de mauvaise qualité aux banques, et joue désormais aussi le rôle de prêteur direct dans l'économie. Cette nouvelle mesure sur les taux va donc s'accompagner de mesures "non-conventionnelles" : essentiellement le rachat de quantités importantes de dettes des agences de refinancement hypothécaire Fanny Mae et Freddie Mac et de titres adossés à des crédits immobiliers. La raison invoquée par la Fed est évidemment la détérioration de l'activité économique américaine (une croissance négative du PIB de 4,5% au quatrième trimestre) avec une augmention du chômage (6,7%).
Bien évidemment la déflation pointe son nez de manière de plus en plus précise et elle effraie les décideurs. Elle correspond à une phase pénible, économiquement et socialement, de correction des erreurs d'entrepreneurs qui avaient été induites en grande partie par le dopage précédent de l'économie dans les années 2001-2004. Or, la Fed ne propose ici qu'un nouveau dopage pour sortir des effets de la crise du dopage. Malheureusement, lorsqu'il doit y avoir sevrage, la réalité l'emporte : de nouvelles bulles vont être créées avec cette politique si elle persiste dans le temps, ce qui est très probable.

Aide au secteur automobile américain : Le plan B ? - Le 12 décembre 2008. Le Sénat américain a rejeté hier soir le plan adopté mercredi en première lecture par la Chambre des représentants prévoyant une aide allant jusqu'à 14 milliards de dollars aux trois grands constructeurs de Detroit, General Motors, Ford et Chrysler. Si ce refus a été regretté par l’administration américaine et les trois « grands », il n’en demeure pas moins qu’il s’agit d’une bonne nouvelle pour tous les autres constructeurs qui avaient bâti une stratégie plus "durable" en intégrant les contraintes de l'environnement. Malheureusement, le président George W. Bush vient de déclarer qu'il serait "irresponsable" d'affaiblir davantage l'économie en laissant les constructeurs américains faire faillite. Utiliser le plan Paulson de 700 milliards de dollars est l'une des rares options restant à l'administration Bush pour venir en aide au secteur automobile. L’adoption d’un tel plan sera injuste, d’une part, pour les contribuables, et d’autre part, pour les autres constructeurs automobiles qui ont su anticiper le retournement du marché et la nécessité de construire des véhicules moins voraces en carburant. Si les dépôts de bilans pourraient accélérer la métamorphose du secteur automobile américain, les politiques doivent s’abstenir de s’y opposer.

OMC : Lamy veut relancer les négociations - Le 5 décembre 2008. Le directeur général de l’OMC Pascal Lamy a contacté les pays les plus importants des 153 membres de l’OMC. Objectif : relancer les négociations de l’OMC après leur échec en juillet dernier. M. Lamy a du pain sur la planche tant il est vrai que les sujets de discorde sont nombreux : agriculture, industrie (notamment la question de la « flexibilité additionnelle », ou encore celle des « initiatives sectorielles », dispute entre pays en développement sur des avantages douaniers accordés par les pays riches – dans le textile notamment)… M. Lamy doit anticiper une administration américaine démocrate plutôt protectionniste, ainsi qu’une Union Européenne encore menée par une France qui veut protéger ses agriculteurs…

Contra-cyclique ? – Le 4 décembre 2008. En Europe la BCE a abaissé aujourd’hui son principal taux directeur de 0,75 point, le ramenant à 2,5 %. Après deux baisses en octobre et novembre, Jean-Claude Trichet a estimé que la récession qui se profile en Europe justifie cette nouvelle baisse, historique par son ampleur. La désinflation que connait l’Europe conforte M. Trichet dans sa décision. Pourtant, déjà les marchés semblent craindre que la mesure ne suffise pas. De nouvelles baisses sont ainsi à prévoir. Il y a alors fort à parier que la politique monétaire « contra-cyclique » entre dans une période durable de baisses répétées. Or, il ne faut pas oublier que, comme cela a été le cas aux USA après 2001 jusqu’à mi-2004 pour lutter contre la récession, une telle politique de baisse des taux génère des… bulles. La politique contra-cyclique finira sans doute encore une fois par générer un retournement qu'elle est censé combattre. Plutôt que de corriger toutes erreurs issues de la précédente bulle et d’assainir l’économie une bonne fois pour toutes on la dope en effet à nouveau.

Faut-il craindre la déflation ? - Le 20 novembre 2008. Les éditoriaux s’enchaînent, les spécialistes aussi : le « spectre » de la déflation se profile dans de nombreux pays. Le fait de parler de « spectre » de la déflation dénote déjà un jugement de valeur porté à l’égard du phénomène en question : personne ne semble remettre en cause l’idée que la déflation ne peut être que mauvaise. Et pourtant…

La déflation n’est que la contrepartie nécessaire de l’inflation qui a été créée (dans un ou plusieurs secteurs) par le biais de la politique monétaire expansionniste. En stimulant artificiellement le crédit sans qu’il y ait l’épargne correspondante, les banques centrales ont fait gonfler des bulles. Une bulle se caractérise par des plans de production trop nombreux ou trop optimistes, stimulés justement par l’argent artificiellement moins cher. La bulle consiste donc en un ensemble d’erreurs commises par les entrepreneurs (mais aussi les ménages) dans leurs anticipations qui ont été faussées par les signaux de la politique monétaire expansionniste.

La déflation est le passage obligé d’une crise, le moment où les prix baissent parce les erreurs sont corrigées, parce que les plans des entrepreneurs et des ménages se restructurent et s’adaptent au réel. Les prix doivent à nouveau exprimer la réalité des marchés, et bien souvent ils baissent. La déflation pour une économie bullaire, c’est comme le régime pour un obèse : il faut y passer. Après cette restructuration - encore une fois nécessaire, l’économie se sera assainie et pourra repartir sur des bases plus solides.

Malheureusement hommes politiques, journalistes, et même économistes, font pression pour que la politique monétaire fausse encore les signaux économiques pour lutter contre la déflation. Ils n’ont visiblement rien appris de cette crise puisqu’ils veulent appliquer les « recettes » mêmes qui en sont la cause. En voulant « vaincre la déflation », ils ne font que repousser et aggraver la restructuration et l’assainissement inéluctables de l’économie.

L’art de la bulle - le 21 octobre 2008. Ben Bernanke n’a visiblement pas su tirer les conséquences de la crise. Alors même que les politiques d’argent bon marché entre 2002 et 2005 (au prétexte de sortir de la crise post 11 septembre) sont une des sources principales du cataclysme actuel, voilà que le directeur de la Fed remet le couvert hier : « Si le Congrès met en place un plan budgétaire, il devrait examiner la possibilité d'y inclure des mesures pour améliorer l'accès au crédit pour les consommateurs, les candidats à la propriété, les entreprises, et d'autres emprunteurs ». Après avoir baissé les taux directeurs de son institution le directeur de la Fed considère comme positive l’option de « plan de relance » du Congrès. La Fed et le Congrès américain s’entêtent à engager des politiques contra-cycliques qui ne font que… créer des nouveaux cycles et de nouvelles bulles qui seront attribuées sans nul doute « aux dérapages des marchés ». On ne guérit pas de l’addiction à la drogue en se droguant toujours plus.

Plan B - le 4 octobre 2008. Après le rejet du plan Paulson par le Congrès américain en début de semaine, une nouvelle version est « passée » hier, avec 263 voix pour et 171 contre. Ce plan, de 700 milliards de dollars, est censé sauver le système financier américain et éviter ainsi une crise systémique. Mais ce plan n’est peut-être pas une si bonne nouvelle.

D’abord, il n’est pas du tout certain que ce plan parvienne à son objectif au vu de la complexité des instruments à mettre en place. On voit en effet déjà mal comment fixer le prix d’actifs que le marché n’est pas capable d’évaluer. D’ailleurs Henry Paulson n’a toujours pas de réponse quant à quels sont ces instruments.

Ensuite le plan va avoir des effets pervers manifestes :
- Il va récompenser des dirigeants et des sociétés qui ont effectué des choix erronés, au frais du contribuable.
- Alors que la crise est une illustration parfaite des incitations catastrophiques générées lorsqu’on annonce que les profits seront privatisés et les pertes mutualisées, le plan consacre définitivement cette option. C’est bien évidemment un signal encore plus fort pour la déresponsabilisation et la prise de risque excessive dans l’avenir. On répète les erreurs du passé (le Japon dans les années 90 par exemple).
- Ces mécanismes accroîtront inévitablement les processus de décisions politiques et donc la corruption (comme dans le cas de Fannie Mae et Freddie Mac)
- Le plan va empêcher une réallocation saine du capital dans l’économie et conduire à de nouvelles distorsions qui génèreront immanquablement des bulles.

Contrairement à ce qui est ressassé dans les médias, la crise est en grande partie due à l’interventionnisme. Il n’y a donc pas aujourd’hui un « retour de l’Etat » mais un « renforcement de l’Etat ». Une intervention a créé un déséquilibre et on appelle une nouvelle intervention pour résorber ce déséquilibre… ce qui en créera en réalité un nouveau, comme par le passé. La bulle immobilière a été générée avec la « correction » de la bulle internet par la politique monétaire. Mais ici les choses sont plus graves car il y a une subvention massive avec l’argent du contribuable.

La présidente du Congrès Mme Pelosi a déclaré « vouloir faire la lumière sur ce qui s’est passé (…) pour ne pas que cela se reproduise », expliquant qu’il fallait chercher ce qui « n’avait pas fonctionné » dans les marchés financiers.
Elle n’aura pas à chercher bien loin :
- alors qu’en début d’année lors de débats houleux sur l’opportunité d’un contrôle plus strict des pratiques de Fannie Mae et Freddie Mac (les deux géants du refinancement hypothécaire d’origine publique) des membres démocrates s’y sont opposés, demandant au contraire …un affaiblissement de la capitalisation de ces organismes. Il faut dire que ces deux organismes finançaient allègrement certaines campagnes démocrates…
- De même le Community Reinvestment Act, censé doper l’accès au crédit, avait été défendu par les démocrates.
- En 2004 c’est la Security and Exchange Commission, organisme de réglementation des marchés, qui a permis aux banques d’investissement des effets de levier de 30 fois le capital (contre 12 fois auparavant).
- Entre 2002 et 2005 c’est la Federal Reserve – pas « le marché » donc - qui maintient des taux en dessous de 2% (soit de l’argent quasiment gratuit nourrissant ainsi la bulle financière), pour ensuite remonter les taux à 5,5 %, étouffant ainsi ceux qui avaient emprunté à taux variables.
- C’est donc la Federal Reserve qui a mené une politique monétaire instable générant des cycles économiques.
- C’est aussi le dirigeant de la Federal Reserve, Alan Greespan qui expliquait régulièrement qu’il ne pouvait anticiper les bulles financière mais que la Federal Reserve interviendrait pour assurer la casse, fournissant ainsi une incitation aux acteurs du marché à prendre des risques excessifs puisque les pertes seraient mutualisées.

Il est consternant de voir à quel point les politiques nient leurs erreurs (et celles des agences à qui ils ont conféré un monopole) pour les rejeter « sur les marchés ».

Bientôt un « Fannie Mae et Freddie Mac » à la française …– le 2 octobre 2008. Il a quelques jours nous critiquions le Président Sarkozy sur son incapacité à comprendre les origines de la crise actuelle. Comme beaucoup d’observateurs, il oubliait les mécanismes interventionnistes qui avaient déresponsabilisé les acteurs (soutien public aux organismes de garantie hypothécaire, politique monétaire laxiste), offrant ainsi une explication très peu objective de la crise, et par conséquent un diagnostic très contestable. Il a confirmé hier soir son incompréhension de cette crise. En effet, aux Etats-Unis, les garanties publiques sur Fannie Mae et Freddie Mac ont incité ces organismes à couvrir des emprunteurs qui n’avaient en réalité pas les garanties nécessaires pour contracter un emprunt sur un marché libre. Par « volonté sociale » on a engrangé des « crédits pourris » à l’origine de la crise.

Voilà que L’Elysée annonce hier soir après une réunion de travail sur la situation du logement : « le Président de la République a (…) décidé d’étendre la garantie que l’Etat apporte aux crédits immobiliers des ménages via les « prêts d’accession sociale » en relevant le plafond de ressources y ouvrant droit : 60% des ménages contactant un crédit immobilier deviendront éligibles à cette garantie contre seulement 20% aujourd’hui ». C’est très clairement instituer un Fannie Mae et un Freddie Mac à la française, c'est à dire poser une bombe à retardement, fabriquer les conditions pour une bulle qui fera très mal lorsqu'elle éclatera.

L’incompréhension semble totale lorsqu’on lit cette dernière phrase : « Pour les banques, cette mesure permettra d’augmenter le volume des actifs de qualité éligibles à un refinancement à coûts bas ». Car c’est bien le contraire qui va se passer : les actifs qui seront augmentés ne seront pas de qualité justement ! Nicolas Sarkozy nous prépare une crise des subprimes à la française… Il blâmera bien sûr les spéculateurs lorsque cela arrivera…

« La crise financière n'est pas la crise du capitalisme » - le 26 septembre 2008. Lorsqu’il a prononcé cette phrase hier soir à Toulon en France, le Président Sarkozy semblait sur la bonne voie. On se disait qu’il allait mentionner le fait que la crise des subprimes trouve son origine dans le comportement irresponsable de banquiers et financiers – il l’a dit – parce que les autorités ont mis en œuvre des politiques de déresponsabilisation – il ne l’a pas dit.

On se disait en effet qu’il allait expliquer que Fanny Mae et Freddie Mac, les deux organismes qui garantissaient les prêts hypothécaires, n’étaient pas des vraies entreprises capitalistes, mais des entités hybrides entre privé et public, qui avaient pour mission de favoriser l’accès au crédit de gens qui n’y auraient pas eu accès sur un marché libre parce que ne remplissant pas les conditions d’éligibilité. On se disait donc qu’il allait rappeler que c’est le capitalisme de connivence avec le politique, c'est-à-dire l’intervention du politique dans le capitalisme au prétexte de faire du « social » (mais aussi financer les campagnes électorales !) qui avait perverti le fonctionnement des marchés. Car effectivement tout cela, ça n’est pas du capitalisme. De même, on se disait qu’il allait exposer les méfaits d'une politique monétaire laxiste où l’argent est presque gratuit, c'est-à-dire en dessous de ce qu’il serait sur un « marché monétaire libre », pour « doper l'économie » où les banquiers centraux annoncent qu’ils assureront la casse en cas de bulle spéculative, c'est-à-dire qu’ils incitent les acteurs de la finance à agir dans le sens de privatiser leurs gains mais de nationaliser leurs pertes… Mais non, tout cela le Président ne l’a pas dit. Pourtant, il n’a eu de cesse de répéter « quand on veut dire la vérité aux Français, il faut la leur dire jusqu'au bout ».

Du coup sa démonstration tourne court. « Il faut bien que l'Etat intervienne, qu'il impose des règles, qu'il investisse, qu'il prenne des participations, pourvu qu'il sache se retirer quand son intervention n'est plus nécessaire. Imaginons où en serait le monde si le gouvernement américain était resté sans rien faire face à la crise financière sous prétexte de respecter je ne sais quelle orthodoxie en matière de concurrence, de budget ou de monnaie ? ». Mais c’est exactement parce que l’Etat et les autorités monétaires américains interviennent depuis des années en ne respectant pas les principes des marchés, parce qu’ils n’ont pas suivi une orthodoxie mais préféré le pragmatisme – cher à Nicolas Sarkozy, qu’ils ont créé le chaos. « La crise actuelle est une crise structurelle » nous a dit le Président. C’est bien vrai. C’est une crise de la déresponsabilisation par le politique, c’est une crise du « pragmatisme » interventionniste.

USA : Bernanke persiste dans le pragmatisme- le 22 août 2008 - Le président de la banque centrale américaine a estimé aujourd’hui lors d’une conférence de son institution que la situation économique actuelle constituait « un des environnements économiques et politique les plus préoccupants de mémoire d’homme », du fait de la persistance de la crise financière. En effet, « ses effets sur l’économie entière deviennent de plus en plus apparents si l’on en juge par le ralentissement de l’activité économique et la hausse du chômage ». Et Bernanke a ajouté « des politiques de prêt trop conservatrices pourraient s’avérer contre-productives si elles contribuent à un environnement économique plus faible ». Des commentateurs ont interprété cela comme une indication que le taux d’intérêt directeur de l’institution serait maintenu à 2%, un taux que beaucoup estiment trop bas et qui génère inflation (5,6% de juillet 2007 à juillet 2008, taux le plus élevé depuis 17 ans) mais aussi à une mauvaise allocation des investissements (c’est à dire la création d’une nouvelle bulle).

Par ailleurs, discutant du cas de la Bear Stearns, il a de nouveau présenté sa doctrine selon laquelle des institutions financières « trop grosses pour faire faillite » devaient être secourues par les autorités (c'est-à-dire in fine par l’argent du contribuable). Ceci semble alors représenter un signal pour le cas de Freddie Mac et Fannie Mae, deux institutions en grandes difficultés spécialisées dans le crédit hypothécaire et dont la possible nationalisation a été récemment évoquée par le Trésor américain. On comprend la position « politique » de Bernanke, impliquant un certain pragmatisme. Pourtant il se pourrait bien que cela soit le pragmatisme qui ait provoqué cette crise financière : à trop vouloir décharger les acteurs de leurs responsabilités, les autorités leur fournissent de très mauvaises incitations. Et le cercle vicieux est (re)lancé.