Libérons la croissance africaine

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Alec van Gelder, le 18 septembre 2008 - L’échec des politiques de l’aide au développement et du dernier cycle de Doha de l’OMC ne sont pas nécessairement un désastre pour les économies africaines. En effet, les instruments pour promouvoir la croissance et la prospérité sont à portée de main, comme le prouve le fait que trois des dix premiers pays réformateurs au monde se trouvent en Afrique selon le rapport de la Banque Mondiale « Doing Business 2009 » publié il y a quelques jours. L’Afrique a pu maintenir une croissance record de 6% par an grâce à l’augmentation très nette du nombre de réformes entreprises. Ce taux de croissance (qui peut être, il est vrai, partiellement expliqué par l’envolée des prix de certaines marchandises) révèle que les économies africaines se diversifient.

Il se trouve que les pays africains qui ont introduit le plus de réformes tel que le Botswana, le Burkina Faso et le Senegal, se sont concentrés spécifiquement sur un domaine de première importance : simplifier les procédures pour commercer avec le reste du monde. En effet, la paperasserie, les goulots d’étranglement logistique et la corruption aux douanes sont des barrières commerciales au même titre que les droits de douane. Pour Daniel Ikenson du Cato Institute, « les réformes payent déjà, pour les riches et pour les pauvres, mais il reste toujours des opportunités d’améliorer considérablement les choses en matière de facilitation du commerce ».

A titre d’exemple, le rapport Doing Business 2009 montre qu’il faut en moyenne 68 jours avant que des marchandises à l’exportation ne soient autorisées à quitter l’Angola : 25 jours pour préparer les documents, 8 jours pour passer les douanes, et 24 autres jours pour passer le port. Le processus entier coûte aux exportateurs la bagatelle de 2.250 dollars US – soit juste un peu moins que ce que gagne en moyenne par an un angolais. Bien sûr, la plupart de ces complications s’appliquent aussi aux importations. L’Angola connaît aujourd’hui un essor grâce aux prix élevés du pétrole et des diamants, générant une croissance économique de 15% par an. Mais supprimer ces barrières commerciales donnerait aux angolais une meilleure chance de prospérer si les prix du pétrole et des diamants venaient à retomber.

La Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement (CNUCED) estime qu’une simple réduction de 1% du coût du transport maritime et aérien dans les pays en développement – un objectif parfaitement faisable en Angola – accroîtrait le revenu mondial de 7 milliards de dollars. En Afrique, une augmentation de 10% des exportations vers les pays riches serait possible simplement en réduisant les délais à l’exportation de quatre jours. La moyenne régionale, qui est actuellement 34,7 jours, étouffe considérablement les économies de ces pays. Réduire ces barrières permettrait de même de dynamiser le commerce régional qui stagne à un piètre niveau. En effet, moins de 15% du commerce des pays africains s’effectue avec des voisins.

Le fait que les 3 premiers pays réformateurs en Afrique aient posé comme priorité la facilitation du commerce constitue donc une bonne nouvelle. Leurs réformes illustrent de manière cruciale comment une économie peut emprunter la bonne voie de manière unilatérale, sans attendre que les bureaucrates passent des accords complexes à l’OMC ou ailleurs. A ce propos, les estimations optimistes prédisaient que les réductions des droits de douanes et les réductions des subventions prévues par l’accord de l’OMC du cycle du développement de Doha auraient permis de faire croître l’économie mondiale de 287 milliards de dollars supplémentaires. La moitié aurait bénéficié aux pays pauvres. Cet accord aurait été une très bonne chose, mais il a été malheureusement politiquement infaisable. En fait, les réformes unilatérales en Afrique pourraient être encore plus avantageuses que l’accord du cycle de Doha. Une étude récente de la Banque Mondiale sur 75 pays montre en effet que si les pays qui sont en dessous de la moyenne en matière d’obstacles au commerce (et beaucoup d’entre eux sont en Afrique sub-saharienne) pouvaient améliorer leur score en se positionnant au moins à mi-chemin entre leur situation actuelle et la moyenne, le commerce mondial croîtrait de 377 milliards de dollars, soit près de 9% par an.

Les africains sont déjà en train de montrer qu’ils peuvent accomplir ce que l’aide ne peut accomplir pour eux : après 2300 milliards de dollars d’aide sur un demi-siècle, l’aide a laissé de nombreuses populations dans une situation pire. En même temps, les flux de capitaux privés vers l’Afrique sub-saharienne ont augmenté rapidement durant la dernière décennie, pour atteindre plus de 50 milliards de dollars en 2007, accomplissant bien plus que ce que l’industrie de l’aide ne peut le faire. Les téléphones mobiles fournissent sans doute la meilleure illustration de ce dynamisme économique : un meilleur environnement des affaires a permis une concurrence du secteur privé et la création d’un vaste réseau de mobiles. La moitié de la population est désormais couverte et un nouvel investissement de 50 milliards de dollars sur les cinq prochaines années permettra de développer encore plus les réseaux, améliorant la qualité du signal dans de nombreuses zones et couvrant la moitié restante de la population. Des études ont calculé qu’une expansion de 10% de la téléphonie mobile génère un accroissement de 1.2% dans le PIB. La bonne nouvelle c’est que la croissance la plus forte échoit aux entreprises les plus pauvres, comme les marchands, les petits exploitants agricoles et les transporteurs.

Les quelques success stories démontrent les effets rapides de la réforme. La croissance dont jouit l’Afrique est une illustration de ce qui peut être accompli en dépit des barrières qui sont imposées aux producteurs, aux marchands et aux travailleurs d’Afrique. Supprimer ces barrières est le seul moyen de permettre aux populations de se tirer de la pauvreté.

Alec van Gelder est directeur de réseau à l'International Policy Network à Londres.