Kirsty Coventry : une « bonne blanche » ?

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Rejoice Ngwenya le 19 août 2008 - Au moment où vous lisez ce billet d’humeur, le « Nid d’oiseau » pékinois aura sans doute été déserté, les canons des olympiades se seront tus et Kirsty Coventry, la nageuse zimbabwéenne blanche, sera revenue au bercail. Et peut-être même que Robert Mugabe aura décerné à la nouvelle sensation de la natation les honneurs pour avoir, selon les mots de Mugabe même, « gardé haut le drapeau zimbabwéen face à l’adversité occidentale enragée ».

En des temps de gloire sportive, l’hypocrisie du gouvernement zimbabwéen est à son comble. Personne à la State House ne se préoccupe des affiliations politiques de l’athlète handicapé Elliot Mujaji tant qu’il continue à ramener des récompenses. Et pour les mêmes raisons, la couleur de Kirsty ne compte plus lorsqu’elle monte sur le podium, tant que elle ou ses parents ne sont pas d’ « impénitents fermiers blancs commerçants et non patriotes ». Elle doit ainsi être une « bonne blanche », comme l’ancien Ministre de la santé Timothy Stamps l’était – soumise, passive, et respectueuse de la haute autorité !

Selon Robert Mugabe, la malchance qui s’est abattue depuis quelques années sur le Zimbabwe a été causée par une Grande-Bretagne « blanche » et revancharde, furieuse du « programme réussi de réforme foncière », qui n’était en réalité qu’un acte de folie qui a foulé au pied les droits de propriété et les droits de l’homme. Les médailles de Kirsty valent mieux que les exportations de maïs ou de tabac, et son patriotisme est plus sacré que celui de Joe Blogs, un propriétaire fermier de troisième génération à Selous.

En 2000 Mugabe appelait les blancs les « ennemis de la révolution » qui avaient conspiré avec les marionnettes du MDC pour faire revenir le Zimbabwe à la servitude coloniale. « Le Zimbabwe ne sera plus jamais une colonie [blanche] ! » pouvait-il s’écrier. Les « mauvais blancs » sont ceux qui sont considérés comme empiétant sur la voie politique sacrée du leader. Les autres, comme Kirsty, qui touchent le bord de la piscine, méritent plus d’égards que ceux qui remplissent nos silos à grain.

Aux yeux de Mugabe les véritables mauvais blancs, les renégats, sont les Roy Bennett et les Eddie Crosses qui ont choisi une voie difficile : celle de contester Mugabe dans la seule course qu’il pratique, c'est-à-dire la politique. Et ici les gagnants ne reçoivent pas de médailles. Ils sont molestés, arrêtés et emprisonnés pour leur succès. Leur podium n’est pas plus haut qu’une cuvette de toilettes dans une cellule dans un commissariat de Mbare. Ils n’ont pas droit à des applaudissements, mais à des grincements de dents. Le seul « drapeau » qu’ils aient est un mouchoir pour essuyer le sang qui coule de leur front. Ces « mauvais » blancs ne reçoivent pas de passeport diplomatique mais un casier judiciaire. Ils ne reçoivent pas 50.000 $US en récompense mais perdent des propriétés qui, grâce à leurs efforts, valent 500.000 $US. Pour eux, c’est une malédiction d’être blanc.

Pour le moment, Kirsty Coventry, la blanche zimbabwéenne médaillée d’or, demeurera la bonne petite blanche de Mugabe, à condition bien sûr, qu’elle se contente de nager et de ne pas faire de la politique.

Rejoice Ngwenya est un activiste de la Coalition for Market and Liberal Solutions à Harare, Zimbabwe