La politique énergétique d'ouverture au Maroc

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Khadija El Issaoui le 11 août 2008 - Les ressources énergétiques constituent un vecteur essentiel du développement économique et social. Les prévisions établies par l’Agence Internationale de l’Énergie en 2007 indiquent que les besoins mondiaux en énergie primaire augmenteront de 55 % entre 2005 et 2030, à un taux annuel moyen de 1,8 %. L’accroissement de la consommation mondiale d’énergie est imputable à la croissance économique rapide des nouveaux pays en développement. Dans ce contexte, il est utile de s’interroger sur les stratégies élaborées par un de ces pays, le Maroc, afin de transiter vers un système énergétique plus sûr et à des tarifs compétitifs.

La commercialisation de l’énergie pétrolière au Maroc relevait auparavant de la compétence d’un opérateur en situation de monopole : la Société Anonyme Marocaine de l'Industrie du Raffinage (Samir), qui desservait ainsi presque 90% du territoire national, le reste étant desservi par des entreprises locales de distribution. Cependant un évènement majeur a démontré aux pouvoirs publics la nécessité de diversifier les sources d’importation et d’approvisionnement en produis pétroliers. Les installations de la Samir ont en effet été ravagées par un incendie en 2002. A cette occasion, les pouvoirs publics marocains se sont rendu compte que l’existence d’un seul raffineur constitue un risque menaçant la sécurité d’approvisionnement du consommateur marocain.

Le secteur énergétique marocain s’est ainsi orienté vers une stratégie d’ouverture pour son développement. Cette stratégie d’ouverture avait déjà commencé par la politique de privatisation qui s’était traduite par la cession de 67% du capital de la Samir au prix de 368 millions de dollars au groupe Corral Petroleum (Arabie Saoudite) en 1997. Les détracteurs de la privatisation de la Samir estimaient que cette mesure avait causé à court terme la suppression d’emplois et avait amplifié le dumping social, mais certains responsables de la Samir déclarent, que la privatisation a permis de sauver l’outil de raffinage et a eu des effets positifs.

Vient ensuite le démantèlement des droits de douanes. Face au sinistre de 2002, le gouvernement a rapidement décidé de supprimer les droits de douane sur l’importation du gasoil, de l’essence super, de l’ordinaire, du fuel et du bitume. Cette décision, qui a encouragé les investissements des distributeurs dans la logistique imports et a précipité l’érosion des parts de marché de la Samir (passage de 82% en 2001 à 65% en 2007), visait à diversifier les sources énergétiques pour assurer la sécurité de l’approvisionnement du marché local.

L’incendie de 2002 a aussi relancé le débat sur la libéralisation totale du secteur énergétique. Le résultat est que l’ouverture du secteur à la concurrence, amorcée en 2002, sera complétée le 1er janvier 2009, ce qui signifie que tous les distributeurs auront la possibilité d’importer et de distribuer le carburant de leurs choix. Les travaux empiriques montrent que la libéralisation qui se manifeste par la réduction des barrières tarifaires et non tarifaires a un impact positif sur les investissements directs étrangers. En effet, la réduction de ces barrières se traduit par la baisse des coûts de production et permet en conséquence d’améliorer l’attractivité du pays. C’est ainsi que la politique d’ouverture du marché pétrolier semble être un facteur d’attractivité du Maroc pour d’autres compagnies pétrolières telles que l’espagnol Repsol et certains opérateurs du Golfe qui envisagent d’investir dans la distribution de carburant au Maroc. L'ouverture du marché énergétique constitue donc un changement sans précédent dans un secteur dominé depuis longtemps par le monopole de la Samir. L’investissement direct étranger dans le secteur énergétique aura des effets positifs pour le consommateur marocain à travers la réduction des prix de consommation, en bénéficiant d’un rapport qualité-prix et d’un approvisionnement plus sûr.

A côté de ces efforts d’ouverture du marché énergétique, il est aussi nécessaire d’introduire la question des relations commerciales et économiques entre l’Algérie et le Maroc dans l’analyse des facteurs permettant de résoudre la problématique énergétique au Maroc. En effet, malgré la proximité géographique, les produits énergétiques d’Algérie ne représentent qu’une part très faible dans les importations marocaines de ces produits. Voilà pourquoi, entre autres, le projet de l’Union du Maghreb Arabe ne peut plus attendre.

De même, des mesures incitatives doivent être prises afin d’encourager les entrepreneurs à investir dans la production d’énergies renouvelables au Maroc qui dispose d’un important potentiel éolien et solaire. Amina Benkhadra, ministre de l'Énergie et des Mines a justement dévoilé un plan d’action en direction des énergies renouvelables en juillet dernier, et le gouvernement marocain prévoit de créer un Fonds de Développement Énergétique doté de 1 milliard de dollar provenant des dons du Royaume d'Arabie Saoudite et des Emirats Arabes Unis et d'une contribution du Fonds Hassan II. Cependant, dans le contexte marocain, il est légitime de se poser la question de l’efficacité de ce énième « plan ». Affaire à suivre…

Khadija El Issaoui, Docteur-chercheur au Centre d'Economie et de Finances Internationales de l'Université de la Méditerranée