Adam Smith : La science économique pour la liberté

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Eamonn Butler, le 6 août 2008 – Adam Smith, le pionnier de la science économique moderne et le penseur le plus influent que l’Ecosse ait jamais produit, a enfin été honoré dans sa patrie avec la première statue érigée à son effigie au Royaume-Uni. Son message de liberté a fonctionné partout où il a été expérimenté, mais il doit encore et toujours être diffusé davantage.

Son œuvre majeure Une enquête sur la nature et les causes de la richesse des nations (1776) est un des ouvrages les plus influents qui ait jamais été écrit. Il a transformé notre compréhension de la vie économique, sur la base d’une analyse nouvelle du fonctionnement de la société humaine.

La statue de trois mètres de haut du maître écossais a été inaugurée le 4 juillet (Smith était en faveur de l’indépendance américaine) sur le très historique Royal Mile d’Edinburgh par le Prix Nobel d’économie Vernon Smith (pas de lien de parenté entre ces deux Smith).

Avant Adam Smith, on pensait que la mesure de la richesse d’une nation était l’or et l’argent dans les coffres du Trésor Public. Les importations étaient ainsi considérées comme une mauvaise chose parce qu’elles impliquaient des sorties en or ou en argent. Et les exportations étaient considérées comme bonnes parce qu’elles induisaient des rentrées de ces métaux précieux. On considérait aussi que le commerce ne pouvait bénéficier qu’au vendeur, et pas à l’acheteur, et qu’une nation ne pouvait s’enrichir que si les autres s’appauvrissaient.

Ainsi les pays érigeaient des barrières commerciales importantes et des contrôles pour empêcher l’argent de sortir du pays – taxation des importations, subvention des exportations et protection des producteurs nationaux (et beaucoup le font toujours, comme les négociations difficiles du cycle de Doha le montrent).

Il y a deux siècles et demi, Adam Smith montra combien ce type de politique était contre-productif.

Il commençait sa réflexion non pas avec des théories mais avec le fait que les deux parties trouvaient avantage à un échange libre. L’acheteur comme le vendeur y gagnent chacun. Et cela parce que l’acheteur valorise moins l’argent qu’il délaisse lors de l’échange que les biens qu’il achète avec. C’est bien pour cette raison que nous achetons des biens.

Puisque l’échange bénéficie aux deux parties, expliquait Smith, il accroît notre prospérité tout aussi sûrement que le font l’agriculture ou l’industrie. Ce n’est pas l’or et l’argent qui mesurent la richesse d’un pays mais le total de sa production et de son commerce. Aujourd’hui nous appelons cela le Produit National Brut.

Cette vision du monde et de l’échange créa une faille importante dans le mur protectionniste qui sévissait depuis des siècles. Des dirigeants politiques lirent le livre et furent convaincus, réduisant ainsi les restrictions commerciales et les subventions. Et cela mena à un dix-neuvième siècle de libre échange et une prospérité mondiale accrue.

Smith préconisait aux hommes politiques de laisser leurs citoyens commercer librement : l’harmonie sociale et économique n’avait pas à être planifiée de manière centrale. Elle émergeait naturellement alors que les hommes s’efforçaient de trouver des moyens de vivre et travailler ensemble. La liberté et la recherche par chacun de son intérêt bien compris ne menaient pas au chaos mais à une société ordonnée et à la paix sociale – comme si elles étaient guidées par une main invisible.

Il suffisait simplement d’une société ouverte avec des marchés libres, avec des règles pour maintenir cette ouverture et cette liberté. Mais ces règles, de justice et de morale, seraient générales et impersonnelles, et pas en faveur de cliques minoritaires mais proches du pouvoir.

Ce n’est pourtant pas La richesse des nations qui avait fait la réputation originelle de Smith mais un livre sur l’éthique : La théorie des sentiments moraux. Cet ouvrage soutient l’idée que la morale humaine dérive de notre « sympathie » naturelle pour les autres (l’empathie dirait-on aujourd’hui). En regardant les choses du point de vue des autres, nous apprenons à mieux vivre en leur compagnie.

Certains se demandent comment la recherche de l’intérêt personnel qui est le moteur du système économique de Smith peut être réconciliée avec la « sympathie » qui est le moteur de son système éthique. Mais Smith avait compris que la nature humaine est complexe. Le boulanger ne prépare pas le pain qu’il va nous vendre seulement par bienveillance, exactement comme ce n’est pas l’intérêt personnel qui nous pousse à nous jeter à l’eau pour sauver un inconnu qui se noie. Des êtres humains cherchant leur intérêt personnel peuvent vivre ensemble, de manière pacifique et productive.

Ainsi La richesse des nations ne constitue pas la défense d’une jungle capitaliste comme on en fait souvent la caricature. La recherche de l’intérêt personnel peut être le moteur de l’économie, mais c’est la liberté qui est la véritable force du système. Smith croyait au libre marché parce que ce sont les pauvres qui y trouvent le plus avantage. Et seuls les riches et les puissants trouvent avantage dans les autres systèmes.

Smith domine désormais la rue principale de la ville qui l’a vu naître, où il a travaillé et où il est mort en 1790. Les touristes du monde entier posent pour des photos devant le monument, et les guides s’en servent de point naturel de ralliement. Beaucoup se demandent qui était Adam Smith et pourquoi il mérite tant d’honneurs.

A une époque où les Etats et leurs technocraties prétendent pouvoir résoudre tous les problèmes, les peuples trouveront son message rafraîchissant : en rejetant l’interventionnisme systématique et en choisissant la liberté naturelle, nous choisissons en définitive de vivre dans une société harmonieuse, pacifique et efficace.

Eamonn Butler est le directeur du think tank Adam Smith Institute à Londres. cet article a paru originellement sur le site de l'International Policy Network.