Séminaire IES Europe - UnMondeLibre

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Le 27 juillet 2008 - image alt text...

Le séminaire IES Europe – UnMondeLibre.org à l'université Al Alkhawayn à Ifran au Maroc s'est terminé. Nous offrons ici un rapide comte-rendu.


Compte-rendu de la cinquième journée

Lors de sa dernière conférence le Professeur Gérard Bramoullé a fourni une critique en deux temps de la macroéconomie. S’attaquant d’abord aux concepts de la macroéconomie, il remet en cause leur caractère holiste : agrégats, moyennes, circuit et flux globaux. Par exemple le déficit commercial peut cacher des opportunités de profits pour des individus, alors que du point de vue macroéconomique c’est une « mauvaise chose ». C’est ensuite l’illusion empirique de la macroéconomie qui est critiquées. En effet mesures, corrélations, régularités en macroéconomie oublient l’élément central de la dynamique économique : l’individu agissant.

Nouh El Harmouzi a proposé une lecture des sociétés qui présentent des rigidités au changement institutionnel qui pourrait permettre le développement. Illustrant son propos d’exemples pris au Maroc (les femmes refusant la proposition loi leur permettant de s’affranchir de la tutelle de leur mari), au Tchad (résistance à l’introduction de techniques agricoles plus efficaces) et en France (résistance à la réforme des retraites), Nouh El Harmouzi a listé les facteurs : existence de traditions et mentalités anti-progrès qui constituent autant de « dépendances de sentier » empêchant le changement. Il explique comment des lobbies peuvent se constituer pour former des idées et, par le biais de relais dans une société civile relativement pauvre, imposer une certaine vision du monde rigide au changement.

L’après-midi a été consacrée à la préparation de travail de groupes régionaux sur un thème en relation avec le libéralisme. Le groupe roumain a présenté une analyse des besoins de réforme dans l’éducation ; le groupe Maroc-Algérie a insisté sur le rôle du libre-échange dans la pacification des relations entre leurs deux pays, le groupe Côte d’Ivoire – Bénin s’est consacré au problème crucial des élections en Afrique ; le groupe Italie-Ukraine-Estonie-Russie-République Tchèque s’est attaché à l’analyse de la liberté de la presse et des médias dans leurs pays respectifs, et le lien avec la démocratie.


Compte-rendu de la quatrième journée

Lors de sa deuxième conférence du professeur Bramoullé a présenté les débats autour du concept de justice sociale. Il critique en premier lieu les théories utilitaristes qui se fondent sur les comparaisons interpersonnelles d’utilité. Ces dernières sont en réalité impossibles du fait de la subjectivité de la valeur. Par ailleurs, comme l’a montré Hayek, la justice tient plus de la procédure des règles que des résultats. Le Professeur Bramoullé présente ensuite le contractualisme de Rawls qui est resté célèbre. Le contrat social de Rawls est fondé sur une hypothèse d’unanimité qui pose problème. Enfin, Gérard Bramoullé analyse le courant propriétariste. Dans une logique lockéenne fondée sur les trois principes de juste acquisition, de juste transfert et de rectification, cette théorie propose une vision procédurale de la justice qui se rapprochent le plus des idéaux de liberté.

Emmanuel Martin a présenté une analyse de la croissance de l’Etat dans les démocraties modernes. L’exemple de la crise de l’Etat dans une démocratie comme la France est important pour les pays qui veulent accéder à la démocratie. La croissance de l’Etat au-delà du raisonnable a des conséquences économiques mais aussi morales en termes de déresponsabilisation de la société civile. Deux types d’explication sont fournis pour expliquer la croissance de l’Etat : le problème des incitations dans les processus politiques et bureaucratiques (théorie du public choice) et le problème de l’information dans l’intervention de l’Etat (économie politique autrichienne).

En ayant simulé un jeu de marché avec protectionnisme et libre-échange, les participants ont réalisé les gains de l’ouverture et du libre-échange. Après cet exercice pédagogique et ludique, Nouh El Harmouzi et Emmanuel Martin ont présenté le projet UnMondeLibre.org et leur vision du changement institutionnel pacifique. Critiquant les théories du développement ils ont rappelé le rôle du cadre institutionnel pour le développement : état de droit, liberté économique permettent de libérer les opportunités de développement. Un débat riche a eu lieu suite à cette présentation durant lequel les participants ont partagé leurs visions, leurs doutes, leurs espoirs pour le changement.


Compte-rendu de la troisième journée

La troisième conférence du professeur Curzon-Price a porté sur la concurrence institutionnelle. Les institutions d’une société, c’est-à-dire les règles du jeu social, conditionnent la prospérité économique. Il existe une concurrence entre les territoires quant aux institutions qu’ils choisissent. Peu à peu les institutions les moins efficaces disparaissent du fait de cette concurrence. Le Royaume-Uni d’après la deuxième guerre mondiale avait choisi des institutions socialistes qui l’ont mené à la ruine. Margaret Thatcher a instauré un changement institutionnel en privatisant et surtout en baissant les taux d’impôts. Ce mouvement a initié une imitation de la part de l’Irlande par exemple. Les entrepreneurs et les capitaux étant mobiles, ils se dirigent vers les territoires où les impôts sont faibles et les infrastructures correctes. En Europe il existe une concurrence fiscale qui pousse les Etats à contenir leurs hausses d’impôts.

image alt text...Victoria Curzon-Price

Le professeur Pierre Garello a traité du concept de marché lors de sa seconde conférence. Il a rappelé que le marché, loin d’être un état statique entre offre et demande, est un processus dynamique et complexe. La division du travail et de la connaissance d’une société complexe ne peut être coordonnée de manière centralisée. Le système de prix relatifs du marché reflètent les raretés relatives et permet de guider les actions des acteurs et notamment des entrepreneurs. Cette vision ouverte et dynamique des processus de marché augure d’une perspective tout aussi dynamique de la concurrence. Loin d’être un « état du marché » où ne sont présents que d’innombrables producteurs de petite taille, elle est un processus dynamique dans lequel les données changent en permanence et dont les acteurs principal sont les entrepreneurs qui se font concurrence en cherchant de nouvelles opportunités de satisfaire les consommateurs, de baisser leurs coûts etc.


Compte-rendu de la deuxième journée

Dans sa deuxième conférence le Professeur Pini a retracé les origines du positivisme. Alors que la pratique juridique a été pendant des siècles inspirée par le droit naturel, le 19ème siècle a vu l’émergence du positivisme. Alors que le premier posait que le droit est « au dessus des hommes » et que ces derniers doivent le découvrir, le deuxième pose que le droit est créé par les hommes. Le positivisme justifie donc l’Etat de droit, c'est-à-dire « le droit c’est l’Etat ». Ce positivisme voulait simplifier les processus juridiques inspirés par le droit naturel. Pourtant il débouche lui-même sur une inflation juridique qui finit par nier le Droit lui-même en instaurant une complexité et une variabilité importantes.

Le Professeur Victoria Curzon-Price a consacré sa première conférence à la mondialisation. Le commerce international génère la prospérité. Et il a explosé ces deux dernières générations. En effet, sa part est passée a 11% à 31 % du PIB mondial entre 1966 et 2006. Alors que le commerce international a pu suivre au tout début la logique de spécialisation inter-branche (chaque pays se spécialisant dans une branche), il a rapidement évolué vers un commerce intra-branche (deux pays produisent et échangent les mêmes types de produits). Le commerce international reflète la complexité grandissante et la fragmentation des processus de production. A titre d’exemple, les différents éléments d’une paire de lunettes sont en réalité fabriqués aux quatre coins de la planète. Depuis une génération les pays en développement se sont intégrés à ce concert d’échanges, et leur situation s’est très clairement améliorée, en direction de la prospérité. Certains d’entre eux comme la Chine sont même devenus des contributeurs nets aux investissements directs étrangers. Victoria Curzon-Price

Sa deuxième conférence a porté sur le développement. Le PIB n’étant pas une bonne mesure du développement, le Professeur Curzon-Price se tourne vers les indicateurs synthétiques tels de l’Indicateur de développement humain. Rappelant le lien entre liberté économique et développement, elle remet en cause les théories qui voient le processus de développement comme essentiellement inégalitaire. Elle rappelle que les inégalités perdurent ou se creusent surtout dans les pays qui se ferment et ne se développent pas. Le processus de développement basé sur l’ouverture permet au contraire la constitution progressive d’une classe moyenne.

Compte rendu de la première journée

Le Professeur Pierre Garello a présenté une introduction à la pensée libérale. En remontant aux racines historiques de l’idée de liberté, les différentes réponses à la question de la vie pacifique en société ont été passées en revue. L’histoire des civilisations se tisse autour de la tension entre recherche de liberté par éclatement du pouvoir politique et centralisation, domination –liberticide - du pouvoir politique. En occident, la fragmentation du pouvoir politique lors du Moyen âge a permis une concurrence institutionnelle qui a en définitive préservé la liberté, socle du développement économique.

Le Professeur Joseph Pini a proposé une introduction à la nature du droit et de l’état de droit. Partant d’une définition mettant l’accent sur la stabilité mais aussi l’adaptabilité du droit, le Professeur Pini insiste sur le fait que le droit permet de faciliter les rapports, les relations entre les hommes. En cela, une situation d’état de droit est la garantie que les relations entre les hommes puissent s’effectuer dans un climat de relative sérénité et dans la paix. Elle n’implique cependant pas que le pouvoir politique impose « ses » lois. Malheureusement un glissement a eu lieu en droit (en théorie et en pratique) : l’ « état de droit » s’est transformé en « Etat de droit », la majuscule étant importante puisqu’elle implique que désormais "le droit c’est l’Etat". Ce glissement va alors entraîner une approche totalement différente du droit, une approche du haut vers le bas. Ce qui n’est pas sans avoir des implications pour la liberté.

Le Professeur Gérard Bramoullé a offert une critique de l’écologie politique. Rappelant d’emblée que les débats scientifiques autour de certains problèmes environnementaux sont loin d’avoir produit un consensus (sur le réchauffement global notamment), le Professeur Bramoullé explique comment les problèmes environnementaux peuvent être résolus. Les économistes possèdent en effet les outils pour gérer la rareté : les marchés. Mais sans droits de propriété, pas de marché. Contrairement aux écologistes qui voient dans le droit de propriété la source de toutes les pollutions, c’est au contraire l’absence de droits de propriété qui génère les pollutions. C’est le problème bien connus de la tragédie des biens communs : un bien qui appartient à tout le monde, n’appartient en réalité à personne, et personne n’a intérêt à en prendre soin. La solution est donc la mise en place de systèmes d’attribution de droits de propriété (sur les animaux, et même sur les ressources telles que l’air).