Commerce et croissance : Ne pleurons pas Doha

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Daniel Ikenson, le 25 juillet 2008 - Le cycle de Doha de négociations commerciales multilatérales semble bien être mort et enterré. Cependant, en dehors des bureaucraties à Genève, Bruxelles et Washington, peu de personnes portent le deuil. La raison est sans doute que l’économie mondiale progresse sans avoir un traité de l’Organisation Mondiale du Commerce. Les négociations de Doha piétinent depuis sept ans. Mes travaux montrent que pendant ce temps les flux commerciaux mondiaux annuels ont crû de 70 % pour atteindre 14 000 milliards de dollars US, l’investissement direct étranger a augmenté de 25% à 1500 milliards de dollars et l’économie globale a connu une expansion de 30%, pour atteindre 54 400 milliards de dollars. A titre de comparaison, les avantages d’un succès du cycle de Doha sont estimés à 287 milliards de dollars par an. Le monde a donc progressé sans les dernières négociations de l’OMC.

Cette tendance peut continuer, spécialement si les Etats mettent en place des réformes nationales permettant de « faciliter le commerce ». La facilitation du commerce signifie la rationalisation des procédures administratives et physiques impliquées dans le transfert des biens et des marchandises. Ce type de réformes a déjà contribué à l’augmentation du commerce, de l’investissement et de la production mondiaux.

En fait, l’expérience montre que la seule facilitation du commerce pourrait faire même plus pour accroître les flux commerciaux mondiaux que de nouvelles réductions dans les taux de droits de douanes. Par exemple une réduction d’une journée dans le temps moyen total requis pour d’une part déplacer un chargement vers et en provenance des Etats-Unis à travers les douanes et d’autre part remplir toutes les démarches administratives pourrait accroître le commerce américain d’à peu près 29 milliards par an.

Bien que les réductions de droits de douane qui ne nécessitent qu’une signature officielle sont effectivement un composant important d’un accroissement du commerce, ces baisses de droits de douane n’amélioreront pas les flux commerciaux si les procédures bureaucratiques aux douanes, des mauvaises infrastructures de communication, ainsi qu’une logistique de mauvaise qualité prévalent. Comme l’a montré une étude de l’ONU de 2004 dans les pays en développement toute transaction aux douanes implique en moyenne 20 à 30 interlocuteurs différents et requiert 40 documents différents à remplir.

Cependant des progrès ont été faits sur la facilitation du commerce. Ces trois dernières années 55 pays ont mis en place 68 réformes pour rationaliser les procédures. L’Inde a introduit un système de déclaration en ligne aux douanes qui permet d’obtenir l’autorisation avant que le bateau n’accoste ainsi que de réduire les délais pour des exportateurs et les importateurs à 7 jours. Le Rwanda a partiellement privatisé ses entrepôts de douane, ce qui a provoqué la construction de nouveaux entrepôts et une réduction de 40% des frais de stockage. La Macédoine a éliminé les procédures douanières qui faisaient doublon, réduisant les taux d’attente de 75%. Ces actions ont encouragé l’investissement et des flux commerciaux plus importants, et il y demeure encore un large potentiel pour une amélioration.

Le dernier rapport Doing Business de la Banque Mondiale offre l’anecdote d’un exportateur de poissons yéménite, Tarik, dont l’activité est limitée par la persistance de procédures bureaucratiques pour l’exportation. Tarik peut vendre du thon frais pour l’Allemagne à 5,20 dollars le kilo ou du thon surgelé vers le Pakistan pour 1,10 dollar le kilo. Il préfèrerait bien entendu vendre tout son poisson frais vers l’Allemagne. Pourtant, comme il faut en moyenne 33 jours pour obtenir l’autorisation officielle pour exporter du Yemen, il vend seulement 300 tonnes de thon frais à l’Allemagne et 1700 tonnes de thon surgelé au pakistan. Son coût d’opportunité est de 7 millions de dollars par an.

Robert Guest de la revue The Economist a décrit le processus de livraison de bière entre un port du Cameroun et l’intérieur du pays. Un trajet qui aurait dû prendre une grosse demie-journée a pris quatre jours parce que le camion de livraison a été arrêté 47 fois à des barrages, où des droits de passage ont été extorqués au conducteur par la police.

Le commerce augmente lorsque les barrières tombent. Les droits de douanes sont des barrières, comme le sont aussi la corruption, l’incompétence administrative, la paperasse inutile, les monopoles de transport et l’utilisation de technologies d’un autre âge. Les Etats commencent à faire montre d’une motivation à réduire ces barrières parce que les affaires, l’emploi, l’investissement et la croissance sont tous affectés par l’approche du pays en matière de facilitation du commerce.

Les accords multilatéraux des discussions de l’OMC pour réduire les barrières formelles au commerce seraient bénéfique pour tout le monde. Mais même si ces discussions doivent définitivement échouer, le commerce et la croissance peuvent toujours augmenter avec des réformes consistant à libéraliser de manière unilatérale.

Daniel Ikenson est directeur associé au Center for Trade Policy Studies au Cato Institute à Washington DC. Cet article a été publié originellement en anglais par l’International Policy Network.