Ethiopie : l’argent de la banque mondiale ne fait pas le bonheur

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Ephrem Madebo, le 18 juin 2008 -
Il y a trois ans le Ministre des Finances et du Développent de l’Ethiopie, Sufian Ahmed, prédisait un peu vite le miracle économique de l’Ethiopie et une transition fulgurante vers un niveau de revenu moyen en une vingtaine d’année. Au vu de sa position, Sufian Ahmed croyait disposer de toutes les informations nécessaires pour estimer la croissance économique future en Ethiopie. Malheureusement, trois ans après sa prédiction optimiste, l’Ethiopie se dirige vers une nouvelle phase de sécheresse et de famine.

Il faut rappeler que le progrès réel d’une nation ne se mesure pas grâce à un indicateur unique de croissance tel que la variation du Produit Intérieur Brut. Il est aussi mesuré par le degré d’intégration de ses citoyens aux processus politiques et économiques. Afin de promouvoir le développement, les Nations Unies et la Banque Mondiale ont mis en place depuis plusieurs décennies des politiques consistant à injecter des capitaux dans les pays pauvres. Mais, en dépit du renflouement permanent de la part de ces institutions depuis 63 ans en Ethiopie, ce pays n’a pas réussi à se débarrasser de son image : celle d’un symbole de pauvreté et de mauvaise gouvernance dans le monde. Quelles sont les raisons de cet échec ?

Il est certain qu’une telle injection de larges doses d’aide financière et de prêts, les transferts de capital et la formation domestique de capital ont induit une croissance ininterrompue du PIB entre 2001 et 2007. Cependant comment expliquer le fait que cette croissance, largement soulignée dans les rapports de la Banque Mondiale, n’a pas profité aux Ethiopiens les plus pauvres ? Pourquoi l’Indicateur de Pauvreté Humaine des Nations-Unies classe-t-il toujours l’Ethiopie en toute fin de liste ?

En réalité, malgré une croissance économique toute récente, l’objectif de réduction de pauvreté fixé par la Banque Mondiale s’est soldé par un fiasco en Ethiopie. En fait, cette croissance n’a profité qu’à l’élite en place. La qualité de la gouvernance s’est d’ailleurs détériorée en proportion directe du nombre d’années durant lesquelles la Banque Mondiale est restée en Ethiopie. Une aide efficace supposerait au moins que la Banque Mondiale établisse des procédures strictes de contrôle et de respect des objectifs par les Etats à qui elle fournit son soutien, de sorte que les dirigeants changent leur comportement. Sinon, ces mêmes capitaux destinés à changer la vie des pauvres Ethiopiens finiront indirectement par les priver définitivement de leurs droits. Or, les changements récents dans la conceptualisation du développement et l’accent mis sur les droits humains ont permis de redéfinir la relation entre développement et droits humains. Ces derniers ne sont plus vus comme un simple sous-produit du développement mais plutôt comme un facteur crucial pour atteindre le développement économique et sociétal.

Aujourd’hui le manque de fonds n’est pas la raison principale expliquant pourquoi l’Ethiopie n’a pas été capable de se tirer de la pauvreté. En effet, les Nations-Unies, l’Union Européenne, la Banque Mondiale et un bon nombre d’Etats occidentaux ont versé des montants colossaux pour la réduction de la pauvreté en Ethiopie. Et un très grand nombre d’Ethiopiens vivent toujours et encore en dessous du seuil de pauvreté. En réalité, la pierre angulaire pour la réduction de la pauvreté n’est pas l’argent. C’est en premier lieu la bonne gouvernance. Et ceci implique des acteurs aussi divers que l’Etat, l’administration, les partis politiques, les militaires mais aussi les syndicats, les coopératives, les ONG, les dirigeants religieux, les institutions financières, les instituts de recherche ou encore les propriétaires.

La bonne gouvernance se traduit par un processus de prise de décision qui respecte l’état de droit. Un processus transparent, réactif, équitable, et participatif autant que faire se peut, dans lequel les décideurs rendent des comptes. La bonne gouvernance suppose que les opinions des minorités soient prises en compte et que les voix des plus vulnérables dans la société soient écoutées dans les prises de décision. La bonne gouvernance doit prendre en compte les besoins d’aujourd’hui mais aussi, dans une certaine mesure, ceux de demain. Mais surtout, la bonne gouvernance implique que l’on réduise la corruption. Sans bonne gouvernance, tout l’argent du monde ne tira pas l’Ethiopie – et bien d’autres pays – de la misère.


Ephrem Madebo dirige le Enset blog. Cet article est une adaptation de l’article disponible en anglais sur AfricanExecutive.com.