Douze étapes vers la pauvreté

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Kofi Bentil, Ghana, le 31 mai 2008 -
La Journée mondiale de l'Environnement propose aux pauvres une formule très tentante : que les pays en voie de développement réduisent leur croissance économique pour éviter de devenir des vampires écologiques comme les économies industrialisées. Nous les Africains devrions nous contenter de vivre tranquillement dans nos huttes de boue séchée alimentées par l'énergie solaire ou éolienne.

Le Programme Environnemental des Nations Unies pour la Journée Mondiale de l'Environnement se résume à un modèle proche de celui des Alcooliques Anonymes, proposant « Douze étapes pour vous débarrasser de la dépendance du CO2 ».

L'étape numéro 1 nous demande de « passer un engagement » pour atteindre la « neutralité carbone ». Peut-être que dans le monde développé certains se réjouissent d'un déclin de l'activité économique et du bien-être. Peut-être sont-ils heureux de se serrer la ceinture. Mais demander cela aux pauvres – partout dans le monde – tient plutôt de la mauvaise blague. Et ce, même s'il était déjà possible d'atteindre l'objectif de la « neutralité carbone ».

Au plus le développement économique sera étouffé dans des régions comme l'Afrique sub-saharienne, au plus les gens continueront de mourir de maladies que l'on peut prévenir et de la faim. Nous devons sortir de la pauvreté aussi vite que possible, ce qui signifie des émissions de CO2 dans le court terme.

Le point numéro 2 nous mène du peu plausible au fantastique : « Il est possible que le carbone sera par la suite considéré comme un polluant atmosphérique et, à ce titre, réglementé ». Sans doute devrons nous payer des amendes pour rejeter nous-mêmes du gaz carbonique en respirant.

Paradoxalement, les étapes en question admettent que le progrès et la prospérité peuvent aider à faire usage de moins d'énergie. Les ampoules électriques de nouvelle génération consomment moins que les anciennes, et « les ordinateurs portables consomment moins d'énergie que des ordinateurs de bureau ». Ces produits efficaces du point de vue de la consommation d'énergie sont chers. Cela signifie qu'au plus les gens sont pauvres au plus leurs activités, leurs voitures, ou leurs usines sont polluantes.

Seul le développement économique permet de sortir de la pauvreté. Et seuls une économie stable avec des droits de propriété sûrs, l'état de droit et la liberté économique permettent le développement économique. Alors pourquoi ne pas se concentrer d'abord sur comment sortir le monde de la pauvreté ? La pauvreté n'est ni pittoresque ni protectrice de l'environnement, quoi que puissent en penser les éco-touristes.

Dans l'étape numéro 6, « Passer à l'énergie faiblement consommatrice de carbone » le fantasme scientifique se mêle aux mathématiques de contes d'enfants : « le charbon produit deux fois plus d'émissions que le gaz, six fois plus que le solaire, quarante fois plus que l'éolien, et deux cent fois plus que l'hydroélectrique ». Ceci est sans doute vrai dans un laboratoire, mais dans le monde réel l'énergie éolienne ou solaire sont extrêmement onéreuses et sont si imprévisibles qu'elles doivent être de toute façon soutenues par des sources conventionnelles d'énergie (et ce, même au Ghana, où nous avons beaucoup de soleil).

Il n'y a d'ailleurs aucune mention faite au nucléaire, pourtant l'énergie la plus propre et la plus efficace.

L'étape numéro six comprend aussi ce qui constitue l'insulte finale faite aux pauvres : remplacer les carburants à base de pétrole par des biocarburants. C'est une politique très largement subventionnée aux Etats-Unis et en Europe et qui a généré en partie les hausses de prix alimentaires à travers le monde, frappant de plein fouet les pauvres du monde entier. Dans le monde développé la nourriture est une question de choix de mode de vie, mais pour les pauvres, c'est une question de survie. Et les biocarburants sont généralement plus chers à produire que le pétrole. Les prix inférieurs à la pompe ne le sont que grâce aux subventions. Le bioéthanol ne produit que 10% de plus d'énergie que ce qu'il en a fallu pour le produire !

Toute cette pression de la part des activistes occidentaux et des intérêts des lobbies se combinent pour déboucher sur de l'extorsion pure et simple. Il a en effet été révélé fin Mai que le très médiatisé Fond pour la Transformation Environnementale du Royaume-Uni pour aider les pays pauvres à s'adapter au changement climatique serait en fait constitué de prêts, devant être remboursé avec intérêt, et non pas de subventions. « Faites ce que l'on vous dit, et payez pour cela » résume bien l'idée.

De manière ultime ce sont les économies menées par des dirigeants responsables et contrôlés, et où règne la liberté économique et libre expression qui produisent les technologies les plus propres. Il suffit de regarder en arrière vers l'Union soviétique avec Tchernobyl, ses lacs empoisonnés et sa pollution généralisée. Regardons aussi du côté des pays pauvres où le bois et le crottin sont brûlés pour le chauffage ou la cuisson. Les maladies respiratoires dues à ce type de pratiques sont la première cause de mortalité infantile au monde.

Les gens riches sont beaucoup mieux placés pour traiter les problèmes écologiques.

Mais l'agence d'aide britannique DFID recommande des astuces pour le « Développement par le crottin » dans son « Guide Rapide pour un Monde Meilleur ». Le Programme de développement des nations unies fait lui aussi les louanges du crottin et du bois, qui sont des « énergies renouvelables ».

Les gens qui sont partie prenante au succès d'une entreprise quelconque sont moins susceptibles de la détruire. Ainsi, les gens qui sont propriétaires sont moins susceptibles de détruire par la pollution la vie dont ils jouissent. Mais pour les pauvres dépossédés, la vie est un combat : en dehors de leur survie de tous les jours, peu leur importe, et certainement pas « l'environnement » malheureusement.

Plutôt que réfléchir aux conditions de l'adaptation aux changements sur notre route, le lobby écologiste offre des slogans qui accusent les riches et nuisent aux pauvres.

Les Douze étapes du Programme Environnemental des Nations Unies ont été écrites par des gens riches, pour des gens riches. Depuis trop longtemps le lobby écologiste se sert du sort des pauvres face au changement climatique comme justification de son opposition au développement économique.

Kofi Bentil est enseignant à l'Université Ashesi au Ghana et est consultant en stratégie d'entreprise. Il est aussi Associé au projet www.AfricanLiberty.org. Cet article a été originellement publié par l'International Policy Network en anglais.