Les raccourcis politiques du Président Bush

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Ted Carpenter, le 20 mai 2008 -
Dans son discours devant la Knesset israélienne le Président Bush a déclaré que ceux qui préconisent de négocier avec des « terroristes et des radicaux » sont l’équivalent des dirigeants poltrons qui cherchèrent à « apaiser » Adolf Hitler dans les années 30. Les critiques ont immédiatement accusé Bush de s’être attaqué sans le dire à Barack Obama, qui avait indiqué par le passé qu’il était prêt à ouvrir le dialogue avec des pays tels que l’Iran ou la Syrie. La gauche américaine a affirmé que Bush taxe (ou qualifie) de « faiblards cherchant l'apaisement » tout ceux qui prônent de négocier avec des régimes répressifs.

Les critiques de la gauche et des autres sont justifiées. Les commentaires de Bush constituaient un coup bas. Les dirigeants de la Maison blanche et des Républicains jurent qu’ils n’étaient pas dirigés contre Obama, ce qui peut paraître douteux. Mais l’invocation de ce type d’argument désuet et calomnieux sur « l’apaisement » n’est pas l’aspect le plus troublant du raisonnement de Bush. Il y a en effet ici trois autres problèmes encore plus sérieux.

Premièrement le président met sur un pied d’égalité le fait de « parler avec ses adversaires » et l’ « apaisement ». Pourtant l’apaisement implique beaucoup plus que le simple dialogue. L’apaisement implique en effet de faire des concessions importantes, et par conséquent totalement imprudentes. Il n’y a aucune preuve qu’Obama ou d’autres avocats du dialogue avec des régimes répressifs soient nécessairement prêts à faire de telles concessions.

Il est très inquiétant de constater que le président pense qu’il est incorrect de même parler à ses adversaires. Cela écarterait d’emblée la diplomatie en tant que composante significative de la politique extérieure. Il n’y a aucun mérite à négocier uniquement avec des pays amis et démocratiques comme l’Australie ou le Danemark. Malheureusement, nous n’avons pas le luxe de ne devoir négocier qu’avec des amis ! Le véritable défi pour la diplomatie, c’est de négocier et d’obtenir des résultats avec des régimes odieux – très souvent des régimes que nous souhaiterions ne pas voir exister.

Deuxièmement, le Président Bush semble violer sa propre règle consistant à ne pas négocier avec les terroristes et les radicaux. En effet, le président et ses partisans citent l’accord avec la Libye (qui a mis un terme au programme nucléaire de ce pays) comme un des plus grands succès de cette administration en matière de politique extérieure. Pourtant la Libye était un mécène majeur du terrorisme – ce qui avait incité les Etats-unis à bombarder Tripoli et d’autres cibles durant les années Reagan. Selon les propres critères du président, les Etats-unis n’auraient jamais dû négocier avec le régime libyen. Mais si les Etats-unis ne l’avaient pas fait, le monde serait confronté aujourd’hui à une autre crise de prolifération nucléaire, en plus de celles impliquant l’Iran et la Corée du Nord.

Et la Libye n’est pas le seul adversaire radical ou terroriste avec qui les Etats-Unis se soient assis autour d’une table durant les années Bush dans le bureau ovale. Washington participe aussi aux négociations à six avec la Corée du Nord. Et pourtant Pyongyang est très clairement coupable d’actes terroristes, et le régime nord-coréen reste sur la liste noire du Département d’Etat des pays qui financent le terrorisme.

De deux choses l’une : soit il est indécent de négocier avec des radicaux et des terroristes et l’administration devrait alors présenter des excuses pour son attitude face à la Libye et à la Corée du Nord. Soit, inversement, si discuter avec ces Etats ne pose pas de problème, alors il doit être tout à fait acceptable de faire la même chose pour des pays tels que l’Iran et la Syrie.

Enfin, la connexion effectuée par George W. Bush entre « terroristes » et « radicaux », comme s’ils étaient des jumeaux politiques, relève d’un mode de pensée peu ordonné, qui conduit à faire des amalgames et créer la confusion. C’est un fourre-tout qui confond deux challenges ardus mais totalement différents pour la politique extérieure des Etats-Unis. Il serait sans doute futile d’ouvrir le dialogue avec des acteurs non-étatiques terroristes tels qu’Al Qaïda. Mais négocier avec des pays importants, même si nous trouvons leurs régimes repoussants, est une affaire différente. Que cela nous plaise ou non, l’Iran est un acteur majeur de la région du Golfe persique, et de tout le Moyen-Orient. Il n’y aura aucun progrès sur toute une série de problèmes inquiétants sans l’implication et la coopération de l’Iran. La Syrie est sans doute une puissance moins importante, mais elle ne peut être ignorée.

Confondre des problèmes si divers posés par le terrorisme non étatique d’un côté et les Etats adversaires de l’autre, est la preuve d’une myopie semblable à celle dont souffraient les responsables américains durant la guerre froide, quand ils ne comprenaient pas les divisions et les divergences dans les rangs du communisme international. Cet aveuglement politique de Washington a ralenti l’exploitation américaine de la division entre Chinois et Soviétiques, et elle a mené à l’hypothèse absurde que le régime Nord-vietnamien était une simple marionnette entre les mains de Moscou. Cette myopie nous a coûté cher.

Ranger le fondamentalisme chiite iranien, le socialisme baathiste syrien et l’extrémisme violent sunnite d’Al Qaïda dans une même boîte appelée « menace islamiste » constitue une myopie et une erreur similaires. Le Président Bush doit affuter sa réflexion et doit dépasser ce type d’allégations simplistes, émotionnelles mais sûrement nuisibles.

Le Dr. Ted Carpenter est le vice-président de la section études de défense et de politique extérieure du Cato Institute à Washington DC.