Chine : Les limites de la politique monétaire

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James Dorn, le 12 mai 2008 -
La politique monétaire a ses limites : Le gonflement du stock de monnaie ne peut pas générer de la croissance économique réelle. En revanche, cela peut attiser l'inflation. Il suffit de regarder le Zimbabwe, où les politiques de Robert Mugabe ont détruit la monnaie nationale, assortie désormais d’une date d'expiration, et ont créé le chaos économique. Bien que la Chine n’emprunte heureusement pas le même chemin que le Zimbabwe, l'inflation rampante et le contrôle des prix constituent une menace pour l'harmonie sociale et la stabilité.

Dans un monde où le capital est mobile, utiliser la politique monétaire pour contrôler les taux de change rend plus difficile la maîtrise de l'inflation. Un développement économique réel exige une monnaie sable et une liberté économique, qui élargissent l’éventail des choix offerts aux individus. L’essor phénoménal de la Chine depuis 1978 a été le résultat de la libéralisation économique et non pas du laxisme monétaire.

Le retour de l’inflation en Chine

La Chine n’est pas une économie de marché à part entière, et la politique monétaire est compromise par la réticence de Pékin à laisser les forces du marché déterminer les taux d’intérêt et de change. La croissance excessive de la masse monétaire en 1985, 1988, et 1993-95 avait débouché sur une inflation rapide. Depuis ce temps, la Banque populaire de Chine (BPC) a ralenti la croissance de la base monétaire (pièces et billets en circulation plus les réserves des banques), et l'inflation est devenue moins importante qu’à l’époque. Néanmoins, l'inflation se situe maintenant à son niveau le plus élevé depuis 12 ans. L'indice des prix à la consommation (IPC) a augmenté de 8.7% en février, par rapport à l’année précédente, principalement à cause des prix des denrées alimentaires plus élevés. Mais à moins que la BPC appuie sur l'accélérateur et autorise une croissance beaucoup plus rapide de la monnaie et du crédit, ce qui est peu probable, l'IPC de la Chine devrait baisser à environ 3% à la fin d'année.

La véritable menace à la stabilité des prix à long terme en Chine ne réside pas dans le risque lié aux prix élevés des denrées alimentaires ou à d'autres augmentations de prix relatifs, mais dans la croissance excessive de l’offre de monnaie et de crédit, et ce, en raison d'un taux de change dévalué et des taux d'intérêt réels artificiellement bas pratiqués par les banques publiques. Parallèlement, les contrôles des prix mis en place pour supprimer l'inflation distordent les prix et favorisent la corruption à mesure que les pénuries se propagent et que les marchés noirs apparaissent comment c’est le cas au Zimbabwe.

Les effets pervers de la politique chinoise

Le recours à la « stérilisation » et aux mesures administratives pour mettre en œuvre une politique monétaire est loin d'être la solution optimale. La politique monétaire ne peut pas être dédiée uniquement à l’objectif de prévenir l'inflation des prix domestiques. La réticence de la Chine à laisser flotter le taux de change du yuan le montre bien. Et en réalité prévenir l’inflation devient encore plus difficile à mesure que les contrôles de capitaux sont relâchés ou détournés, et que le secteur commercial de la Chine croît et que l'innovation financière émerge.

La Chine a besoin d'une politique monétaire plus transparente visant à assurer à long terme la stabilité des prix. La politique monétaire de « stop-and-go » qui avait été appliquée dans les années 1980 et les années 90 est moins grave aujourd'hui parce que la BCP a été capable de ralentir la croissance de monnaie et du crédit. Mais elle a pu le faire seulement en inondant avec ses titres les bilans de banques publiques, en évinçant des placements alternatifs et en imposant des quotas de crédit.

La répression financière et les contrôles des prix enlèvent à la Chine l'opportunité d'accroître la liberté économique et la prospérité. Interférer avec les prix du marché -que ce soit sous forme de sous-évaluation du taux de change, de plafonnement des taux d'intérêt, ou de contrôle des prix relatifs des biens, des services et des ressources- affaiblit les droits de propriété, politise les décisions économiques, et conduit à la corruption. Ceux qui au sein du gouvernement ont en charge d’administrer les contrôles gagnent du pouvoir, tandis que les citoyens perdent de la richesse et de la liberté.

Le risque d’un retour en arrière
Le danger auquel la Chine est confrontée, en raison de l’accélération de l'inflation, réside dans le risque que la marche vers l’économie de marché soit complètement inversée par les conséquences involontaires du contrôle par l'État des transactions financières et des échanges privés. L'histoire a montré, et la situation actuelle au Zimbabwe le confirme, que chaque fois que l’offre de monnaie était en excès avec pour conséquence l’inflation, ceux au pouvoir blâment toujours les entrepreneurs privés ("les capitalistes"). Ils les rendent injustement responsables de la hausse des prix et les attaquent en imposant des contrôles des prix et des profits. Si la stabilité monétaire n'est pas rétablie, l'hyper-inflation détruira aussi bien la liberté économique que la liberté individuelle.

Le recours aux contrôles des capitaux et des changes, aux quotas de crédit et à des prix plafonds à la place d’une politique monétaire transparente ayant pour objectif la stabilité des prix devient plus coûteux à mesure que l'économie de la Chine croît et s’ intègre à l'économie mondiale. Le défi pour les dirigeants chinois est de renoncer à l’héritage de la planification centrale et d'adhérer à une politique monétaire transparente qui permet la flexibilité des prix tout en garantissant la valeur de la monnaie et la liberté économique.

James Dorn est chercheur au Cato Institute, spécialiste de la Chine