Une vision "différente" de l'Etat

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Ralf Bader, le 6 mai 2008 -
Une des citations les plus connues de Frédéric Bastiat est que « L'Etat est cette grande fiction sociale à travers laquelle chacun essaie de vivre au dépens de tous les autres. » Son argument dans cette proposition est simple et en réalité, très puissant. Il commence avec la prémisse incontestable que nous ont besoin de biens matériels. Il nous faut ainsi la propriété pour pouvoir vivre, pour atteindre nos désirs et pour améliorer notre situation matérielle.

Il y a alors deux façons d’acquérir la propriété. Soit nous pouvons faire usage de nos facultés pour la produire et ajouter de la valeur par le travail. Soit nous pouvons nous enrichir d'une manière spoliatrice, c’est à dire que nous pouvons prendre par la force et la ruse ce que des autres ont produit.

« Quand donc s'arrête la spoliation? Quand elle devient plus onéreuse, plus dangereuse que le travail. » C'est la loi qui doit instaurer les conditions dans lesquelles il y a une prépondérance vers la production, et ce sont les institutions formelles et informelles qui doivent rendre la spoliation inacceptable et coûteuse. La protection de la liberté et de la propriété nous permet ainsi de maximiser la production et de minimiser la spoliation. Il faut le respect de la liberté et la propriété individuelles, imposé par les institutions juridiques.

Mais en réalité, la loi est souvent utilisée comme instrument de spoliation. Au lieu de mettre fin à la spoliation, la loi positive, c'est-à-dire la législation, met en place ce que Bastiat appelle « la spoliation légale » : l'utilisation des lois par les législateurs à des fins spoliatrices. La raison pour laquelle la loi positive est imparfaite et ne ressemble pas à la « loi naturelle », est que la loi est promulguée par des hommes qui ont les mêmes imperfections que tous les autres. Eux aussi agissent en suivant leur intérêt personnel, eux aussi préfèrent la spoliation quand elle est moins couteuse que la production.

Le problème original était que la production et le travail sont couteux et qu'il y a donc souvent une tendance des gens vers la spoliation parce qu'il est plus simple de prendre ce que quelqu'un d'autre a produit que de le produire soi même. Et la même tendance peut être remarquée chez les législateurs et les groupes de pression qui essaient de les influencer.

Quand tous le monde essaie d'utiliser la loi pour faire avancer ses intérêts au détriment des autres, on arrive à la spoliation universelle. Dans cette situation tous les groupes essaient d'utiliser la loi à leur avantage, tous les gens tentent de vivre aux dépens des autres. On arrive au « pillage réciproque » et malheureusement, derrière son manteau de morale, ce que l’on appelle « l’Etat providence » en a bien souvent les caractéristiques.

Ralf Bader est doctorant en philosophie à l'Université de Saint Andrews au Royaume-Uni