L’ombre de la Chine dans la crise au Zimbabwe

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Rejoice Ngwenya, le 24 avril 2008-
Le Président Hu Jintao avait promis 5 milliards de dollars US en prêts et crédits sur trois ans sur trois ans à cinquante chefs d’Etat africains au sommet Chine-Afrique à Pékin. Mais personne ne se doutait que ce geste bienveillant comprenait un cargo contenant 3 millions de munitions, 1500 grenades à propulsion et 2500 mortiers destinés au Zimbabwe. Interviewé par le correspondant de BBC Daniel Griffiths, Hu Jintao a déclaré « la Chine sera pour toujours un ami , un bon partenaire et un bon frère de l’Afrique ». Pour le Zimbabwe, cette amitié date des années 70 quand la Chine soutenait la guérilla contre le régime raciste d’Ian Smith. Mais le Président Mugabe peut aujourd’hui éprouver une gratitude particulière après cette aide qui assurera son destin politique dwindling.

La semaine dernière, la presse Sud-Africaine était en effervescence : les poursuites judiciaires initiées par la société civile de ce pays empêchait le cargo An Yue Jiang de décharger à Durban sa dangereuse cargaison d’armes et de balles pour le Zimbabwe. Le droit international interdit la livraison d’armes à des pays connaissant des conflits civils, tel que le Zimbabwe actuellement. Beaucoup de gens au Zimbabwe sont choqués par les doubles standards et l’hypocrisie du gouvernement chinois, qui a la triste réputation de faire passer les profits avant les droits de l’homme. Les médias gouvernementaux zimbabwéens ont toujours applaudi la Chine lorsqu’elle opposait son veto aux nations Unies à chaque résolution condamnant des despotes africains.

Au même moment Robert Mugabe qui a perdu les élections le 29 mars 2008 mais qui refuse de publier les résultats officiels a précipité le pays dans l’angoisse et la violence. L’Association au Zimbabwe des Docteurs pour les Droits de l’Homme (Zimbabwe Association of Doctors for Human Rights, ZADHR) aurait relevé 157 cas de violence organisée et de tortures relatés par certaines de ses membres. Dans l’opposition, le Secrétaire Général du Mouvement pour un Changement Démocratique (MDC, Movement for Democratic Change), Tendai Biti, rapporte que 3000 familles ont été déplacées durant des violences liées à l’élection, et plus de 400 activistes du MDC en détention depuis le plébiscite du 29 avril. Et pourtant le gouvernement chinois ignore délibérément tout cela. Alors qu’un magasin sur trois appartient à des Chinois à Harare, le risque d’explosion xénophobe dans ce bastion du MDC est réel.

Selon les rapports de l’OCDE (entre 1992 et 2004) les exportations de Chine vers l’Afrique ont crû de 5000 %. Et ceci ne comprend pas les accords bilatéraux pour la construction de bâtiments publics, l’investissement dans les mines ou l’énergie. Ces quinze dernières années l’investissement étranger chinois en Afrique s’est élevé à 850 millions de dollars, et depuis 1995 la part de la Chine dans les exportations totales de l’Afrique est passée de 1 % à 10 %. La vice-Présidente du Zimbabwe, Joice Mujuru a des intérêts dans un société nommée Dande Holdings, un partenariat avec les Chinois pour produire de l’hydroélectricité dans région natale. La compagnie nationale Air Zimbabwe vole deux fois par semaines vers la Chine sous couvert de la fameuse « Politique de Regard vers l’Orient ». Mais cette politique profite essentiellement à des relations du parti en place le ZANUpf qui utilise des billets subventionnés et achètent des dollars bon marché de la banque centrale du Zimbabwe pour importer des objets inutiles de Chine. A Harare, les Chinois dirigent plusieurs usines d’acier et de tuiles qui importent ou produisent aujourd’hui des produits de mauvaise qualité qui ont été très largement condamnés par les sociétés de construction réputées. Même le stade qu’ils ont construit dans les années 80 reste vide parce que la FIFA l’a déclaré trop dangereux, sa structure étant défectueuse.

Mais la Chine n’est pas seule dans ce jeu dangereux à fermer les yeux. En effet, s’il n’y avait pas eu le Centre Sud-Africain des Contentieux et les membres d’une paroisse, la cargaison du An Yue Jiang aurait été déchargée dans le port de Durban parce que le gouvernement de Thabo Mbeki avait donné son accord. M. Mbeki est en ce moment dans une mauvaise posture diplomatique pour avoir proclamé que le Zimbabwe n’est pas en crise. Il est difficile de croire que M. Mbeki ignore l’existence de la loi sur le contrôle des armes conventionnelles qui requiert que le transfert d’armes ne contribue pas « à la répression interne ou à la suppression des droits de l’homme et aux libertés fondamentales » et que l’on ne fournisse pas « des armes à des Etats qui, systématiquement, violent ou suppriment les droits de l’homme te les libertés fondamentales ». Comme son homologue Hu Jintao, le président sud-africain Thabo Mbeki, en soutenant la violence d’Etat au Zimbabwe, défend ses propres intérêts.

Beaucoup de spécialistes des sciences sociales et d’économistes pensent que les despotes tels que robert Mugabe tombent dans le piège de l’impérialisme chinois. Si la notion de souveraineté est si importante pour les Etats africains, pourquoi l’impérialisme chinois ou sud-africain serait-il plus acceptable que l’impérialisme américain ou britannique ? Les droits de l’homme ne sont clairement pas à l’ordre du jour des grandes puissances. Les Américains campent actuellement en Irak. La Chine extrait du pétrole dans la région du Darfour. Quand Robert Mugabe a massacré 25000 Ndebeles en minorité dans les années 80, le Royaume-Uni n’a pas réagi. Le monde s’indigne face à la guerre psychologique que livre Pékin au Tibet ou à Taiwan tandis qu’au Zimbabwe, les travailleurs employés par des sociétés chinoises se plaignent d’abus.

Alors que le An Yue Jiang reprend la mer avec sa cargaison non livrée, les Zimbabwéens éclairés et les Africains qui compatissent peuvent pousser un soupir de soulagement : Robert Mugabe devra se contenter des moyens du bord, c'est-à-dire le bourrage d’urnes et de simples gourdins pour corriger ses opposants…

Rejoice Ngwenya est activiste en faveur de la liberté économique au Zimbabwe au sein du think tank Coaliation for Market and Liberal Solutions. cet article a paru en anglais dans la revue AfricanExecutive.