Cuba : Quelles leçons à retenir pour « l’après Castro » ?

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Andrés Mejía-Vergnaud, le 14 mars 2008 -
L’héritage de Fidel Castro est discuté, pleuré et même célébré dans tous les éditoriaux, blogs, et manifestations à travers le monde. Mais la seule question qui importe aujourd’hui est de savoir si sa démission constituera un réel changement dans la vie des Cubains ordinaires après des décennies d’oppression politique et économique.

Les vraies libertés pourraient non seulement sortir les cubains de l’oppression politique mais aussi les aider à construire une économie prospère et éliminer la pauvreté. Les libertés politiques ne suffiront pas. Les libertés économiques et la propriété privée sont les clés de tout développement économique. Le débat doit donc s’engager dès maintenant.

Il a été dit aux Cubains qu’ils devaient renoncer à leurs libertés pour se libérer de l’oppression capitaliste. Là est le paradoxe totalitaire : si vous voulez la libération, vous devez abandonner la liberté. Quelle que soit l’oppression dont souffraient les Cubains auparavant, elle a été rapidement remplacée par la brutalité d’un régime à parti-unique, ou plutôt un régime à dictateur unique, régnant selon son bon plaisir, ses préjugés et son ambition.Il a aussi été dit aux Cubains que renoncer à leurs libertés était indispensable pour atteindre à une autre forme de libération – la libération de la pauvreté. Malheureusement les résultats ont été du même type. Peu de temps après la révolution l’économie de Cuba s’est effondrée. Plus tard, c’est la main tendue de l’Union Soviétique qui a permis une relative stabilité et quelques approvisionnements vitaux. Mais, quelle qu’ait été la propagande, les Cubains devaient en permanence se battre pour survivre : cette réalité a de fait été révélée après l’effondrement de l’Union soviétique, le principal allié du régime castriste. La faim, la malnutrition et la misère sont devenues le lot quotidien du cubain moyen.

Les pays en développement qui refusent l’ouverture économique n’ont jusqu’ici accompli qu’une seule chose : perpétuer la pauvreté, quel que soit leur modèle politique. Pourtant un modèle de transition a marché : c’est celui de certains pays de l’Est de l’Europe tels que la Slovaquie ou les Etats baltes, voire même certains Etats africains comme le Botswana ou l’Île Maurice. Ils se sont ouverts au commerce international, permettant l’entreprise privée, levant des impôts peu élevés et adoptant une fiscalité à taux fixe.

Il n’y a pas de statistiques fiables concernant l’économie cubaine, mais tous les indicateurs la place parmi les pays les plus pauvres de la planète. Néanmoins, les Cubains sont relativement bien positionner pour opérer leur saut vers la prospérité : en dépit de l’endoctrinement politique, le niveau de l’éducation à Cuba est bien plus haut que dans de nombreux pays pauvres. Si seulement les Cubains jouissaient des institutions appropriées, si seulement ils pouvaient vivre sous le règne de l’état de droit, et bénéficier de marchés ouverts, ce capital humain pourrait générer la prospérité. En fait, s’il y faut une preuve de l’incapacité d’un système centralisé à créer de la richesse, c’est que Cuba, avec sa population instruite, reste plus pauvre que de nombreux pays où l’illettrisme est la règle.

Il est incontestable que la seule ouverture des marché ne suffira pas : l’état de droit est un élément crucial, permettant la protection des droits de propriété, des tribunaux indépendants, et la stabilité qui sont indispensables pour la réussite des affaires, pour le commerce et pour le développement.

Le premier pas désormais, après l’ère de Fidel Castro, devrait être un geste de la part du pays qui deviendra l’un des acteurs principaux de la transition cubaine : les Etats-Unis. Ces derniers devraient lever rapidement leur embargo. Il est faux de dire que l’embargo américain est la cause des maux économiques de Cuba – comme le maintiennent les admirateurs de Castro, mais mettre fin à cet embargo créerait immédiatement des opportunités économiques et constituerait aussi preuve de bonne volonté occidentale.

La liberté économique est une composante essentielle des droits de l’Homme dont les Cubains ont été privés depuis longtemps. L’histoire des Etats-Unis, la première puissance mondiale, démontre comment de solides fondations en termes de prospérité et de stabilité sont nécessaires pour construire la liberté politique. Les guerres en Irak et en Afghanistan ont montré quant à elles dans quelle mesure les droits politiques ne valent pas grand-chose sans la prospérité et la stabilité qui viennent de la liberté économique.

Andrés Mejía-Vergnaud dirige le think-tank colombien Instituto Libertad y Progreso, à Bogota.