Des subventions pour les riches dans les pays pauvres

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Roger Bate, le 7 mars 2008 -
L’Organisation Mondiale de la Santé estime que 30 % de la population mondiale n’a pas accès à des médicaments vitaux du fait d’une faible infrastructure sanitaire . Les activistes assurent que le problème vient des prix des médicaments et ont essayé de les faire baisser en intimidant les groupes pharmaceutiques et en encourageant la concurrence de génériques moins onéreux. Leur dernier projet est de subventionner la production locale de médicaments dans les pays en voie de développement. Cette démarche ne manquera pas d’avoir plusieurs effets pervers.

Les défenseurs de la production locale des médicament considèrent que c’est un moyen qui permettrait de faire baisser les coûts de transport, d’assurer l’emploi local, d’accroître les compétences locales, et de réduire la dépendance de fournisseurs étrangers. Ainsi, pensent-ils, les prix baisseraient et l’accès aux médicaments serait grandement facilité, comme par magie. Les partisans de cette mesure regroupent des associations d’activistes, certaines agences des Nations Unies, et des gouvernements de pays en voie de développement. L’agence allemande pour le développement a récemment soutenu une initiative de production locale en Tanzanie, alors que l’Organisation des Nations Unies pour le Développement Industriel (UNIDO) est au beau milieu d’une étude de trente mois sur les façons d’encourager les fabricants de produits pharmaceutiques dans les pays les moins avancés.

Mais un rapport de la Banque Mondiale en dit plus : « la fierté de l’industrie nationale et les pressions politiques pour la faire fonctionner » sont « des atouts significatifs pour atteindre (…) les objectifs de traitement ». Par ailleurs, de tels buts politiques valent bien « des coûts unitaires potentiellement légèrement plus élevés ». En d’autres termes, le rapport de 2005 de la Banque déclare qu’il vaut la peine de promouvoir la production locale pour des raisons politiques, même si elle est plus chère.

De tels critères politiciens ouvrent la porte à toutes sortes de mauvaises politiques. La production locale financée par l’aide extérieure fausse le marché, protégeant les producteurs locaux (bien souvent des amis des dirigeants politiques) des importations moins chères, grâce aux barrières douanières et aux subventions. Ces politiques accroissent les prix pour les gens qu’elles sont supposées aider, mettant en réalité plus l’argent dans les poches des riches et puissants. Comme Jaruvan Maintaka, Présidente de la Cour des Comptes de Thaïlande l’a fait remarquer en 2002 : « l’achat de médicaments à travers les Organisations Pharmaceutiques d’Etat » a donné aux dirigeants « l’opportunité de tirer des bénéfices personnels » … qui se comptent en millions de dollars.

En Afrique les médicaments antipaludiques de mauvaise qualité et produits localement nuisent à des patients à chaque instant : l’OMS déclare que 200.000 morts pourraient être évitées chaque année avec des médicaments de meilleure qualité. En outre, ces médicaments de faible standard peuvent générer des souches de maladies résistantes aux médicaments, nécessitant ainsi par la suite des traitements encore plus onéreux. Au lieu de subventionner la fabrication locale, les pays pauvres et les donateurs devraient plutôt se concentrer sur le véritable problème sanitaire. Il ne s’agit pas de celui du prix des médicaments, mais plutôt de leur livraison et de leur prescription.

Cependant, toutes les productions locales ne sont pas inefficaces. Des partenariats entre des entreprises internationales et des entreprises locales en Afrique et en Asie peuvent aider à diversifier les sources d’approvisionnement, et se protéger ainsi des risques de non approvisionnement. Ces entreprises peuvent alors beaucoup plus facilement former des travailleurs compétents, améliorant ainsi les perspectives de développement à long terme du pays. Elles peuvent aussi encourager le commerce international. Cependant, pour qu’ils soient durables, ces projets de coopération de production locale doivent être confiés à des acteurs privés, pas à des agences d’aide crées artificiellement.

Ces dernières années des entreprises privées ont peu à peu déplacé leurs investissements vers les pays en développement : Quality chemicals en Ouganda et Cipla en Inde ont inauguré une nouvelle usine qui a coûté 38 millions de dollars à Kampala l’an dernier viennent juste de signer un contrat de 10 millions de dollars avec l’Etat et des donateurs privés pour produire des anti-rétrovirus contre le HIV, et commencent ce mois-ci. L’indien Calida Pharmaceuticals a rejoint l’Ethiopien Almeta Impex pour produire des antibiotiques, des traitements contre le paludisme et la tuberculose, des multivitamines et des anti-rétrovirus pour exporter en Ouganda, à Djibouti, au Kenya et au Soudan.

Emmanuel Katongole, directeur de l’usine ougandaise a déclaré qu’une trithérapie mensuelle coûte 15 dollars au consommateur final, mais avec cette usine nous allons la vendre à 9 dollars ». Mais un porte-parole de Action Aid International a averti que « le défi est de faire en sorte que la production soit suivie par un système de distribution qui assure une large diffusion du médicament dans le pays ».

Il est inévitable que certaines entreprises locales connaîtraient le succès alors que d’autres échoueraient, mais en fin de compte, le système le plus efficace de production et de distribution de médicaments s’imposera. Ceci est valable tant que les politiciens à la tête des l’Etats s’abstiendront de soutenir des projets en faillite et des médicaments de mauvaise qualité.

Si les donateurs et les Etats veulent s’impliquer dans la production, ils devraient plutôt aider à améliorer les réglementations entourant l’investissement, la garantie et le respect des contrats qui permettent d’instaurer un marché concurrentiel, sûr et viable.

Roger Bate est consultant à l’American Enterprise Institute.