Le soleil ne brille pas pour G.W. Bush au Moyen Orient

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Leon Hadar, le 15 février 2008-
Certains présidents américains confrontés à des problèmes économiques et politiques dans leur pays semblent avoir accepté le dicton politique : « s’il pleut dans le Midwest, cherche le soleil au Moyen Orient »*. Ainsi, en juin 1974 alors qu’il était en train de se noyer politiquement et personnellement dans des scandales qui allaient le mener à une humiliante démission, le président Richard Nixon entreprit un voyage triomphal de sept jours dans quatre pays arabes et en Israël où, comme a pu l’écrire Time, « les hourras et les hosannas pleuvaient comme une douce pluie ».

Le Président Bill Clinton, qui était aussi assailli par les scandales les dernières années de son deuxième mandat, souhaitait laisser une trace positive en tant qu’homme d’Etat en invitant les dirigeants israéliens et les palestiniens à Camp David en Juillet 2000 pour négocier un accord de paix historique. Mais ni Nixon ni Clinton ne purent réchauffer la météo politique à Washington.

Le Président George W. Bush semble ne pas avoir tenu compte des leçons apprises par ses prédécesseurs, réalisant ainsi la prophétie de Santayana selon laquelle ceux qui ne peuvent se souvenir du passé sont condamnés à le répéter. Bush continue d’être malmené dans les sondages d’opinion et il y a peu de chances que les images télévisées de son voyage d’une semaine au Moyen Orient le mois dernier sauveront son legs politique.

Maintenant que la « marche vers la liberté » américaine a été stoppée par des élections libres qui ont porté le mouvement islamiste radical au pouvoir en Irak et en Palestine, la tournée de Bush au Moyen Orient est dominée par le nouveau grand projet géopolitique pour la région. La menace d’un pouvoir grandissant de l’ Iran chiite radical pourrait soi-disant rendre possible un « consensus stratégique » entre Israël et les régimes sunnites supposés modérés en Arabie Saoudite, en Egypte et en Jordanie, et créer ainsi des incitations pour qu’ Israël et la Palestine fassent la paix.

De manière pas si différente de celle de la première administration Bush, dont le fantasme était d’établir en Irak libéré un modèle démocratique pour le reste du Moyen Orient, la stratégie actuelle est fondée sur des illusions. Les régimes arabes sunnites reconnaissent qu’en évinçant Saddam Hussein, ce qui a entrainé le chaos en Irak, les Etats-Unis ont contribué à déplacer vers l’Iran l’équilibre du pouvoir dans le golfe persique. Pour eux, Washington n’a pas les moyens de renverser la tendance. Ceci explique les mouvements récents des Etats du Golfe et de l’Egypte vers une détente avec l’Iran, dont témoigne la visite surprenante en Egypte du Conseiller à la sécurité nationale iranien, Ali Larijani, de même que la présence du Président Mahmoud Ahmadinejad au 28ème sommet annuel du Conseil de Coopération du Golfe mené par l’Arabie Saoudite.

En même temps, on admet avec réalisme au Moyen Orient qu’il n’est pas possible dans l’immédiat de rapprocher Israéliens et Palestiniens autour de problèmes cruciaux (Jérusalem, les colonies juives, les réfugiés arabes) et que le « processus de paix » relancé par l’administration Bush n’est ainsi rien d’autre qu’une série de poses photographiques prises à Annapolis, Jérusalem et Ramallah.

D’une certaine manière, alors que les excursions de Nixon et Clinton au Moyen Orient n’avaient sans doute pas amélioré leur assise politique aux Etats-unis, leur diplomatie avait été saluée au Moyen Orient. Nixon a aidé les négociations de cessez-le-feu entre Israël et l’Egypte après la guerre du Kippour de 1973 et ramené le Caire de Moscou vers le giron américain. Et Clinton est resté une figure populaire à la fois en Israël et dans le monde arabe où il est considéré comme un médiateur de la paix au Moyen Orient.

Mais les politiques ratées de Bush dans la région – en Irak, au Liban, en Israël, en Palestine - ont fait de lui un des hommes les plus méprisés au Moyen Orient et ont durablement écorné l’image américaine dans le monde arabo-musulman. Et en réalité, les résultats de la politique de Bush au Moyen Orient sont en partie responsables de son impopularité auprès des Américains.

Il y a peu de chances que le soleil ne brille encore pour Bush avant très longtemps, que cela soit dans le Midwest ou au Moyen Orient.

Leon Hadar est conseiller au département d’études de politique extérieure du Cato Institute à Washington DC.

* "If it rains it the Midwest, seek the sunshine in the Middle East"