Ayn Rand : Hymne à la liberté

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Emmanuel Martin, le 14 février 2008-
Dix ans avant le célèbre 1984 de George Orwell paraissait Anthem (Hymne), ouvrage écrit par Ayn Rand, une jeune émigrée d’union soviétique ayant fui les lendemains qui ne chantent jamais pour rester aux Etats-Unis. Tout au long de son œuvre celle-ci puisera son inspiration dans son expérience de première main du socialisme soviétique. Elle reste en effet célèbre pour avoir développé des idées radicalement anti-collectivistes en tentant d’articuler sa philosophie qui part de l’idée que la société ne doit pas poser l’altruisme forcé et politisé comme son fondement. Une société qui impose le sacrifice aux autres, l’altruisme, comme valeur suprême ne peut que générer d’un côté une classe de schizophrènes rongés par la culpabilité permanente de pas être assez altruistes et, d’un autre côté, une classe d’hypocrites, manipulateurs, qui jouent sur les sentiments des premiers pour mieux les exploiter. Le héros de Rand s’incarne dans l’entrepreneur, le créateur, celui qui fait réellement « bouger le monde », apportant les fruits de son développement personnel aux autres à travers l’échange volontaire, et en suivant son intérêt bien compris.

Dans son ouvrage célèbre Atlas Shrugged de 1957, qui a été le livre ayant le plus d’influence aux Etats-Unis après la Bible, elle décrit la collectivisation progressive de la société et la disparition des entrepreneurs. Ces derniers sont les « Atlas » qui portent véritablement le monde mais ont soudain haussé les épaules (shrugged ) en s’enfuyant, parce qu’ils sont devenus des boucs émissaires de la société égalitariste. On ne peut d’ailleurs s’empêcher de voir un parallèle saisissant avec la situation de certains pays aujourd’hui, dont la France, avec la fuite des talents vers les contrées anglo-saxonnes. Rand décrit avec une grande précision psychologique la prise de pouvoir par les vendeurs de bonne conscience, qu’ils soient sincères ou pas. Elle dépeint magistralement le glissement vers la suppression des libertés individuelles, fondement de l’expression de la créativité humaine, au nom de l’altruisme. Elle donne un tableau percutant du déclin sociétal qui en découle, et de la perversité de la prise du pouvoir politique. Sous couvert d’altruisme, des groupes d’intérêt ayant une éthique qui n’est absolument pas altruiste se forment, pour développer la bureaucratie, piller les richesses de ceux qui produisent effectivement, créer des lois injustes, dénaturer le sens des mots et des valeurs et précipiter ainsi le déclin de la civilisation.

Rand ne fait finalement que critiquer le collectivisme tel qu’il a réellement existé, et tel qu’il a été réellement soutenu par des gens qui se disent intellectuels de la liberté (le « Communisme comme horizon indépassable » de Sartre…). Dans Anthem (Hymne), elle narre la vie d’un homme du futur, prisonnier d’une société totalitaire où le « je » a disparu, car interdit, pour laisser place au « nous », et ce au nom de la liberté. « Agir et penser seul est la plus grave de toutes les infractions » dans ce monde. Parce qu’il cherche à retrouver sa nature profonde, celle d’un homme libre et créateur, le héros dont le nom est Egalité 7-2521, est enfermé pour avoir osé refuser dire où il se trouvait pendant quelques heures durant lesquelles il écrivait… ou plutôt « ils écrivaient », puisque le héros écrit à la première personne du pluriel, « nous ». Dans sa lutte contre le Leviathan l’homme parviendra-t-il à devenir, et dire, « je »… ? Vous le saurez en lisant la traduction française offerte par Jacqueline Balestier et Philippe Chamy, disponible en France aux Editions Rive Droite (10€).