Départements d'Outre Mer français : Pourquoi le développement n'est-il pas autonome ?

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Emmanuel Martin, le 9 février 2008-
Les Départements d’Outre Mer français sont à la traîne : un chômage trois fois plus élevé qu’en métropole (entre 20 et 24 % mi-2007), un PIB par habitant inférieur d’un tiers (15.747€ contre 26.923 € en 2006), 12 % des RMIstes français en 2004 pour une population ne représentant que 3 % de la population française. Pour le Premier ministre français François Fillon, en visite aux Antilles françaises début janvier, « c’est le modèle de dépendance à l’égard de la métropole qui a causé les difficultés que nous rencontrons aujourd’hui ». D’où selon lui le besoin urgent d’« un développement plus autonome » des DOM. D’où vient ce manque d’autonomie des DOM ? Il est la conséquence involontaire, l’effet pervers d’une dynamique interventionniste étatique dont le but est la convergence des économies des DOM avec la métropole.

Le développement passe par le progrès économique, qui a son tour résulte d’un mécanisme de marché efficace. Et un marché c’est essentiellement des quantités offertes et demandées et des prix qui permettent de les coordonner. Or, l’interventionnisme de l’Etat peut perturber les mécanismes de coordination entre producteurs et consommateurs sur le marché : l’intervention par le biais de la réglementation peut porter sur les prix ou sur les quantités échangées ; l’intervention par le biais de la redistribution rend une partie des acteurs dépendant d’un système de subventions payées indirectement par d’autres. Dans tous les cas, parce qu’elle fausse les décisions des acteurs économiques, l’intervention entraînera un déséquilibre, un effet pervers, qu’il faudra « corriger »… par une autre intervention qui créera elle aussi un effet pervers qu’il faudra aussi « corriger : la dynamique interventionniste est une boule neige d’interventions.

Dans les DOM, on trouve au moins une illustration majeure de cette dynamique perverse : il a été décidé d’y aligner le salaire minimum sur celui de la métropole (une intervention par la réglementation). Mais le produit intérieur brut par habitant ultramarin n’arrive même pas à 60 % de celui de la métropole (et encore est-il largement alimenté par la composante « production des administrations publiques »). Un PIB par tête aussi faible reflète un faible niveau local de productivité. Or, la fixation des salaires à un niveau élevé sans rapport avec la productivité ne peut qu’entraîner un chômage massif. En effet, les entreprises ne peuvent pas rentabiliser les embauches à ce niveau de salaire : soit elles n’embauchent plus, soit elles licencient, soit elles ne se créent plus tout simplement. En réaction à l’effet pervers (chômage) généré par l’intervention réglementaire sur les salaires, l’Etat français a dû mettre en place une autre intervention par le biais de la redistribution : l’exonération de charges sociales de la plupart des entreprises, c'est-à-dire une forme de subvention. La dépendance est créée.

L’argument du pouvoir d’achat est brandi pour justifier un salaire minimum fixé si haut. Mais ce n’est pas en décrétant des salaires trop élevés qu’on défend le pouvoir d’achat de manière durable : la politique du pouvoir d’achat « par le haut » ne vaut que si ce dernier est le résultat d’une élévation réelle des services rendus aux consommateurs. Sans cela il n’est qu’illusion inflationniste ou subvention maquillée payée par d’autres. Le pouvoir d’achat peut être favorisé d’abord par la baisse des prix obtenue par la levée des taxes et restrictions à l’importation ainsi que celle des rentes de quasi-monopole accordées de manière politique, qui bloquent chacune la possibilité d’acheter moins cher. La répercussion de la baisse des salaires sur les prix permet aussi une augmentation de pouvoir d’achat du consommateur. Ce pouvoir d’achat est favorisé également par la possibilité de création de vrais emplois par les entreprises, rémunérés en fonction de la valeur qu’ils apportent réellement, ce qui requiert, outre un marché du travail flexible aux demandes des consommateurs, des règles du jeu simples pour toutes les entreprises et une fiscalité minimale raisonnable, de manière à ce chacun puisse prospérer.

Pour sortir du développement non autonome il faut donc casser la spirale interventionniste et simplifier les règles du jeu économique. Pour beaucoup de gens, cela signifiera sans doute des ajustements, mais cela est nécessaire pour se remettre en phase avec la réalité et poser enfin les bases d’un développement « autonome », c'est-à-dire durable. La prochaine loi-programme devra aller véritablement dans ce sens.

Emmanuel Martin est analyste sur UnMondeLibre.org.