Ne pas élever de cochons : une activité lucrative en Europe !

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Le 3 février 2008 - La politique agricole commune est un scandale démocratique en Europe. Parce que les paysans ont un poids important en termes de votes, notamment en France du fait du découpage électoral, aucun homme politique n'a le courage de mettre fin à ce gaspillage irrationnel de ressources publiques. On finance des gens à ne pas cultiver leurs champs, à ne pas élever d'animaux, à arracher leurs vignes. Il y a quelques mois, circulait sur internet une lettre adressée au Ministre de l'Environnement et de l'Agriculture britannique de l'époque, David Miliband (désormais Ministre des Affaires étrangères). Elle aurait été écrite par un monsieur désirant se lancer dans l'activité consistant à ne pas élever de cochons pour obtenir des subventions. Vraie ou pas, elle permet de bien rire, mais surtout de nous faire comprendre l'absurdité - bien réelle - de la Politique Agricole Commune. Nous vous proposons ici sa traduction.

A Monsieur le Ministre David Miliband,

Ministère de l’Environnement et de l’Agriculture Nobel House 17 Smith Square London SW1P 3JR

16 mai 2007

Cher Monsieur le Ministre,

J’ai un ami qui est dans l’agriculture et qui vient récemment de recevoir un chèque de 3000 £ de la part de l’Agence Rurale des Paiements pour ne pas élever de cochons.

J’aimerais désormais moi aussi ne pas élever de cochons, une activité d’avenir. A votre avis, quel est le meilleur type de ferme pour ne pas élever des cochons et quelle est la meilleure race de cochons à ne pas élever ? Je veux être sûr de bien respecter toutes les réglementations gouvernementales, dictées par l’Union Européenne avec la Politique Agricole Commune.

Je préférerais ne pas élever des cochons à bacon, mais si ce n’est pas la race que vous désirez que l’on n’élève pas, je serais tout aussi heureux de ne pas élever des Hampshire ou des Pies Noirs , à moins qu’il y ait déjà trop de gens qui n’élèvent pas ces cochons-là ? J’ai l’impression que la partie la plus ardue de ce programme sera de conserver un décompte minutieux du nombre de cochons que je n’ai pas élevés. Y a-t-il des cours sur ce sujet dispensés par des organismes de l’Etat ou des collectivités locales ?

Mon ami est très satisfait de ses affaires. Il est dans l’élevage de cochons depuis une quarantaine d’années, et l’année où il a fait le plus d’argent en vendant des cochons est 1968 - juste avant qu’il ne reçoive un chèque pour ne pas élever de cochons du tout. Si je touche 3000 £ pour ne pas élever 50 cochons, toucherai-je 6000 £ pour ne pas en élever 100 ? Je souhaite opérer dans un premier temps à petite échelle, me restreignant à environ 4000 cochons non élevés, ce qui signifierait autour de 240.000 £ la première année. Avec mon expertise croissante dans le domaine du non élevage de cochons, je projette d’être plus ambitieux, et donc sans doute monter à 40.000 cochons non élevés la deuxième année, pour lesquels je pourrais toucher 2.4 millions de £ de la part de votre ministère.

Incidemment, je me demande si je serai éligible au paiement de crédits de droits à polluer, puisque tous ces cochons ne produiront pas de gaz méthane polluant ? Un autre point : ces cochons que je projette de ne pas élever ne mangeront pas 2000 tonnes de céréales. Je sais que vous payez aussi les paysans pour ne pas cultiver leurs champs. Aurai-je alors droit à recevoir des subventions aussi pour ne pas cultiver les céréales pour ne pas donner à manger aux cochons que je n’élèverai pas ?

Je suis aussi intéressé par une autre activité d’avenir : ne pas traire les vaches. Pourriez-vous donc m’envoyer toutes les informations dont vous disposez à ce sujet ? Pourriez-vous aussi joindre les informations du Ministère sur les champs en jachère ? Cela peut-il être organisé sur une base de e-commerce avec des champs virtuels (je pense disposer de plusieurs hectares) ?Par ailleurs, au vu de ce qui précède, vous réaliserez que je subirai une forme de chômage technique, et que j’aurai donc droit aux indemnités de chômage. Je voterai bien sûr pour votre parti aux prochaines élections.

Cordialement,

Nigel Johnson-Hill.