Mugabe peut-il avoir raison ?

Version imprimableVersion imprimable

Adedayo Thomas, le 23 janvier 2008 -
Au sommet de l’Union Européenne - Afrique à Lisbonne les 8 et 9 décembre 2007 l’autocrate zimbabwéen Robert Mugabe a affirmé que les leaders européens sont arrogants. Il ne sera pas déplacé ici de corriger l’impression que certains d’entre nous ont de nos leaders. Nous les célébrons avec un peu trop d’enthousiasme de temps à autres à cause de leur opposition à des politiques européenne et américaines qui n’ont en réalité pas favorisé leurs familles ou leurs amis. Je ne travaille pas pour les Européens ou les Américains mais je ne soutiendrai pas les méfaits de mes confrères africains : la réalité sur le terrain est une preuve suffisante que cela serait une erreur. Si l’Occident suggère des mauvaises politiques, sommes-nous obligés de suivre le mauvais chemin ? Si nous commencions à mettre de l’ordre et de l’unité chez nous, les occidentaux suivront peut-être notre chemin.

Le Ghana a récemment célébré sa 50ème année d’indépendance, le Nigéria a 47 ans et beaucoup de pays africains ont déjà célébré leur « âge adulte ». Cependant, 70 pour cent d’entre nous vivent toujours dans une pauvreté abjecte ; partout le chômage, les maladies et les conflits ont englouti notre continent - tout cela en présence de ressources humaines et naturelles abondantes. Combien de temps encore allons-nous continuer à blâmer l’Occident pour notre sous-développement et notre misère ? Je suggère que nous nous réveillions de notre sommeil et que nous interrogions nos leaders sur nos malheurs. Les élections législatives de 2007 au Nigéria ont été déclarées « les pires élections » à la fois par des observateurs nationaux et internationaux : comment alors s’attendre à un développement économique significatif quelconque suite à un tel résultat frauduleux ? La réforme économique de l'Ancien président (Olusegun Obasanjo) a, après examen, révélé des pratiques corrompues monumentales. La présidence à vie, que tend à devenir celle de Mugabe, a été aussi essayée par le Chef Olusegun. Je me demande si Mugabe n’a pas perdu le sens des réalités : c'est la raison pour laquelle son peuple continue à subir toute sorte de dégradations humaines. Repensons à ses propos à Lisbonne : comment pouvons-nous justifier l'affirmation d'un autocrate ?

Parfois, je me demande de quoi nos leaders discutent avec l'Occident en matière d'intégration économique, alors qu’ils n'ont même pas abordé les questions du libre échange, de la fiscalité élevée et de la famine dans le continent même. Vous ne pouvez pas transporter deux baguettes de pain du Nigeria au Bénin ou au Togo ou encore au Ghana librement. En effet, il faut donner des pots-de-vin à toutes sortes d'agences gouvernementales sans nom. La simple circulation des personnes pour des visites ordinaires reste un parcours du combattant au vu des difficultés causées par les agents gouvernementaux des frontières. Le traitement indécent des nigérians par les responsables de l’établissement des visas de la Mission Sud-Africaine au Nigeria est épouvantable. Pourquoi alors fustigeons-nous l’Occident, ou les américains, pour leur attitude obstinée en matière de délivrance de visas ? Nous devrions commencer par balayer devant notre porte…

Il faut que les leaders africains s’engagent dans des réformes économiques sérieuses et qu’ils arrêtent de faire semblant de s’intéresser à la détresse du peuple. Vous découvrirez que les leaders africains réduiraient leurs présences aux réunions à l'étranger si seulement l'Europe et les Américains arrêtaient de « nous » accorder des prêts et des subventions. Le « geste » des Occidentaux n'a en aucune façon aidé les Africains. Nous devrions apprendre de notre passé pour pouvoir dessiner notre avenir. Pointer systématiquement les autres du doigt ne nous fera pas rattraper le temps perdu, et le train de la mondialisation est en marche… Nous ne devons pas rester sur la touche.

Adedayo Thomas travaille au développement communautaire au Nigéria (email : alhadedayothomas@yahoo.com)