Isoler les extrémistes et sauver le Kenya et l'Afrique

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James Shikwati, le 08 janvier 2008 -
J’ai dû jouer au chat et à la souris avec le temps et avec les barrages routiers tenus par des civils pour pouvoir atteindre l’aéroport de Kisumu et attraper mon vol pour Nairobi. Les maisons brûlent, les propriétés sont détruites, et il importe peu que l’on soit Kikuyu, Luo, Kalenjin, Luhya ou quoi que ce soit. La violence pourrait rapidement devenir un monstre autonome qui dépassera les frontières des tribalismes. Nous devons faire quelque chose pour sauver la démocratie et notre pays le Kenya.Nous sommes pris dans un dilemme moral et juridique. Permettre à un gouvernement dont le mandat de gouverner est remis en question impliquera que les Kenyans ne tiennent pas aux idéaux démocratiques. Résister à l’autorité d’un tel gouvernement dans les circonstances actuelles, lorsque des foules en colère semblent vouloir recourir au nettoyage ethnique, revient à détruire la trame du patriotisme qui est nécessaire pour édifier une nation. Mais se cacher derrière le juridisme pour légitimer un processus frauduleux c’est tuer l’esprit de l’état de droit. Cependant encore, ignorer la loi pour congédier une équipe dirigeante dont le mandat est contesté, c’est aussi instaurer un précédent à partir duquel on pourra simplement violer la loi pour servir les caprices d’un temps.Pour sauver le Kenya, il ne faut pas se voiler la face quant aux vrais problèmes. Il est clair que le Kenya est à feu et à sang parce que quelques individus ont fabriqué les résultats électoraux. Je ne pense pas qu’une quelconque tribu les ait envoyés pour « voler les résultats ». Très souvent dans les rues de Nairobi, quand un voleur est attrapé, la foule ne se pose pas de question sur la tribu dont le coupable est originaire – elle applique simplement la « justice populaire ». « L’injustice populaire », si l’on peut dire, qui s’attaque à des innocents dans les zones urbaines et rurales doit cesser. Les autorités judiciaires kenyanes doivent rapidement isoler les quelques coupables et les traduire en justice conformément à la loi. Les agitateurs kenyans ne doivent pas punir des innocents simplement parce qu’un suspect se trouve venir d’une communauté en particulier. J’en appelle aux élites politiques, aux hommes d’affaire, et à la classe moyenne kenyane en général pour qu’ils prennent l’initiative individuelle d’expliquer à leurs proches que les irrégularités lors du décompte des votes n’ont pas été le fait d’une communauté mais de quelques personnes ; et que la violence n'est pas dirigée contre une quelconque tribu. L’action de masse ne doit pas cibler des communautés spécifiques. Elle doit être juste une expression pacifique – mais forte – du peuple contre les forces qui sont enclines à violer la démocratie au Kenya, et par extension, en Afrique. J’en appelle aussi à la communauté internationale, y compris la Communauté d’Afrique de l’Est, l’Union Africaine, la Chine, l’Occident et d’autres pour assister les Kenyans en isolant les extrémistes qui semblent privilégier la stratégie « kamikaze » contre la démocratie. Que le monde sache qui ils sont et si possible assujettissons-les à l’ancienne règle consistant à s’assurer qu’ils n’obtiennent jamais de visas, et que leurs familles soient limitées dans leurs voyages à l’étranger. Des gens meurent, l’économie ralentit, chaque soir on entend des rumeurs et des gens qu’on somme de sortir de chez eux. Messieurs Mwai Kibaki et Raila Odinga pourraient-ils se parler sur le réseau de Celtel ou de Safaricom et ainsi arrêter cette pagaille ? Où est le Juge en Chef ? Ne peut-il, avec le Procureur Général, intervenir et insuffler un peu de bon sens aux dirigeants politiques ? Si nous attendons encore, ce qui a commencé comme un mécontentement politique va se transformer en une situation qu’aucun des opposants politiques n’appréciera de devoir gérer en tant que Président.

 

James Shikwati, Directeur de l’Inter Region Economic Network (james@irenkenya.org)

Cet article a été repris par le journal Le Devoir au Canada sous le titre : Le Kenya dans un dilemme moral et juridique.