Eradiquer la malaria avec la croissance, pas avec les moustiquaires

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image alt text...Carlos Odora le 19 décembre 2007
Ce mois-ci, l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) certifiera quatre marques de moustiquaires traitées aux Insecticides de longue durée, augmentant ainsi le total des marques certifiées à sept. C'est une bonne nouvelle. Le marché pour ces moustiquaires antipaludiques est principalement constitué par les agences humanitaires étrangères qui achètent uniquement des moustiquaires approuvées par l’OMS, ainsi autoriser plus de produits augmentera la concurrence, les prix vont baisser quelque peu et, enthéorie, ceci devrait rendre ces moustiquaires plus accessibles à ceux qui en ont besoin. Mais la détermination des donateurs à fournir à chacun une moustiquaire ne va pas, tout simplement, supprimer la malaria.

Les moustiquaires traitées aux insecticides de longue durée sont en effet importantes dans la lutte contre la malaria, une maladie qui tue plus d'un million de personnes chaque année.

L'Afrique Subsaharienne est la plus durement frappée. La malaria est la cause de la mort d’un enfant africain de moins de cinq ans sur cinq, ainsi qu’une cause significative d'anémie chez les femmes enceintes entraînant des fausses couches et un poids de naissance trop faible.

La maladie coûte annuellement au continent 12 milliards de $.

Les moustiquaires sont plus efficaces quand les gens les utilisen systématiquement et convenablement. Beaucoup de gens ne le font pas. Un rapport récent de l’UNICEF a constaté que malgré la multiplication par 20 de la distribution de moustiquaires depuis 2000, pour atteindre 25 millions, moins de huit pour cent d'enfants et de femmes enceintes à travers l'Afrique en ont bénéficié. Comment ils font usage de ces moustiquaires en réalité est un autre problème.

Une partie du problème est que cette distribution de moustiquaires n’est pas accompagnée de l'éducation qui doit aller avec. Certaines personnes utilisent les moustiquaires données pour la pêche, les robes de mariée ou comme une passoire, tandis que d'autres les utilisent seulement pendant la saison pluvieuse, quand il y a plus de moustiques, sans se rendre compte que un seul moustique peut transmettre la maladie mortelle.

Le climat chaud et humide de l'Afrique Subsaharienne permet aux moustiques portant la malaria de prospérer durant toute l'année dans beaucoup de pays. Ce climat rend également le fait de dormir sous une moustiquaire très inconfortable, particulièrement pour les enfants.

En Ouganda, mon pays, le Ministère de la Santé a récemment fait un rapport sur une petite étude concernant l'utilisation de moustiquaires traitées parmi les enfants.

On a donné à quatre cent dix enfants des moustiquaires et les instructions de dormir sous ces moustiquaires chaque nuit. Quelques semaines plus tard, plus que la moitié des enfants avaient la malaria

Le Directeur du Programme contre la Malaria du Ministère ougandais de la Santé John Rwakimari a noté que "l'utilisation de moustiquaires dépend énormément du changement comportemental et de la conformité d’usage, tandis que la pulvérisation d'insecticides à l’intérieur des maisons élimine ce facteur et protège toutes les personnes dans la maison pulvérisée". La pulvérisation d'insecticides à l'intérieur des maisons est une alternative sûre et bon marché approuvée par l’OMS. Une ou deux applications par jour fournissent une protection vingt quatre heures sur vingt quatre à tous les résidents de la maison. Dans les quatre zones ougandaises où la pulvérisation « résiduelle » a été pratiquée, plus de 95 % des gens ont accueilli les pulvérisateurs dans leurs maisons et par conséquent, ils ont bénéficié de cette protection.

Cette méthode est de plus en plus populaire dans d'autres pays aussi. Les 15 Etats africains participant à l'Initiative du président américain contre la Malaria ont opté pour l'exécution des programmes de pulvérisation d’insecticides à l'intérieur des maisons.

Et le mois dernier le Fonds Mondial a approuvé pour la première fois le financement de la pulvérisation d’insecticides à l'intérieur des maisons.

Historiquement, les pays à hauts ou moyens revenus ont utilisé la pulvérisation d’insecticides à l'intérieur des maisons avec des médicaments antipaludiques efficaces pour supprimer la malaria. Mais, à long terme, le cycle de transmission de la malaria a été rompu seulement par le développement économique.

La malaria était répandue partout en Europe du Nord jusqu'à la fin du 19ème siècle, quand cette expansion a spontanément baissé suite au changement des méthodes d’utilisation des terres, à l’amélioration des pratiques agricoles, au drainage de marais et à l'introduction des fenêtres dans les maisons.

En même temps, une prospérité accrue signifiait moins de gens travaillant la terre à l'extérieur. Les moustiques avaient donc moins d’occasions pour piquer les gens, ainsi le parasite de la malaria s'est finalement éteint.

Une étude de 1999 sur la fréquence de la maladie de dengue le long des frontières Mexique- Etats-Unis fournit une illustration. Deux villes avec des climats semblables sont séparées seulement par une rivière.

Les chercheurs ont constaté que tandis que les moustiques transmettant la maladie de dengue étaient beaucoup plus nombreux sur le côté américain, le nombre de gens souffrant de la maladie de dengue était beaucoup plus grand du côté mexicain.

Les climatiseurs constituaient le facteur majeur responsable de la baisse du risque de l'infection à la maladie de dengue.

Ces climatiseurs ont permis aux Texans de rester à l'intérieur et de fermer leurs fenêtres, évitant l'exposition.

Un niveau de vie convenable plutôt qu’une vie sous les moustiquaires devrait être le but à long terme de l'Afrique.

Les donateurs devraient être ambitieux dans leurs plans pour contrôler la maladie et ils doivent également s'efforcer de financer les programmes couronnés de succès.

Toutefois, les Etats africains doivent être aussi ambitieux dans leur combat contre la corruption et dans la mise en place des réformes de marché qui promeuvent la croissance économique : les échecs de ces politiques sont ce qui maintient les Africains dans la pauvreté.

L'île de Zanzibar en Tanzanie illustre les pièges de la dépendance aux aides.

L’île a récemment utilisé une combinaison de moustiquaires traitées, pulvérisation d’insecticides et médicaments efficaces pour réduire la fréquence de la malaria à un pour cent de la population.

Mais 90 % de son budget viennent encore de donateurs et, peut-être non étonnamment, c'est la troisième fois en deux décennies que Zanzibar a presque supprimé la malaria.

Si Zanzibar reste embourbée dans la pauvreté, et dépendante des donateurs et de l'aide politisée pour contrôler la malaria, vous pouvez parier que la malaria sera de retour. L’approbation par l’OMS de quatre nouveaux types de moustiquaires traitées pourrait aider à réduire la malaria.

Toutefois, nous ne devons pas perdre de vue le but à long terme, que de tels efforts obscurcissent. Sans développement économique, l'Afrique dépendra toujours des donateurs et de leurs moustiquaires pour lutter contre la malaria.

Carlos Odora est membre du groupe Africa Fighting Malaria (l'Afrique se Bat contre la Malaria), une association de promotion de l’éducation à la lutte contre la malaria, basée àampala en Ouganda.