Caméras de surveillance : non merci

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image alt text...Nicolas Bas, le 15 décembre 2007-
Après les attaques du 11 septembre de New York, celles de Madrid le 11 mars 2004 et les attentats à la bombe du 7 juillet 2005 à Londres, les hommes politiques nous rappellent fréquemment la menace « constante » du terrorisme et la nécessité de leur donner plus de pouvoirs pour nous protéger. J'habite dans une ville très calme de Belgique et la panique nous a touchés ici aussi. La ville d'Anvers a récemment placé des caméras de surveillance 24/24 sur la place principale du campus étudiant. De manière peu surprenante, le public est tout à fait désireux de déléguer des pouvoirs à l'Etat pour instituer des mesures de surveillance répressive qui menacent nos libertés. Plutôt que de donner la sécurité aux gens, elles atteignent l'objectif contraire ; elles flattent simplement la démagogie et exacerbent l'esprit de peur parmi les gens. Nous voyons de plus en plus de caméras dans les endroits publics mais il n'y a pas de preuve qu'elles nous rendent plus en sécurité.

Les politiciens populistes, même parmi ceux qu'on pourrait s'attendre à être hostile à plus de pouvoirs étatiques, défendent un Etat de Surveillance 24/24 sur la base d'hypothèses infondées, de fausses perceptions et des appels démagogiques à l'hystérie de masse. Le résultat est une érosion de libertés civiles. Une des hypothèses infondées est celle qui consiste à dire que les caméras vont empêcher des actes délictueux, mais cela est simplement faux. Les agression et les violences ne s'arrêtent pas là où le champ de la caméra commence. Et la cavalerie arrive toujours trop tard. La police arrivera trop tard sur la scène du désastre lorsque l'évènement aura déjà eu lieu : les caméras ont-elles empêché les attentats de Londres ?

Il n'y a pas uniquement les politiciens populistes qui sont responsables. La passivité des citoyens contribue également à cette érosion graduelle, caméra après caméra, de la liberté. Trop de citoyens pensent : « je ne suis pas un criminel, alors qu'ai-je à cacher ? ». la confiance aveugle que beaucoup de gens ont en l'Etat est inquiétante. L'Etat n'est en effet rien de plus qu'un système qui confère à certains individus le monopole de la coercition. Ces mêmes individus ont leurs propres intérêts, dont le principal est de rester au pouvoir. L a réalité est que les Etat modernes disposant d'extraordinaires pouvoirs de police ont tué et oppressé beaucoup plus de gens que les criminels dont l'Etat veut nous protéger. Nous avons besoin de l'Etat pour nous protéger des criminels mais nous avons aussi besoin de nous protéger contre l'Etat. Et cela commence par une saine confiance très modérée en l'Etat.

Les citoyens libres ne peuvent se permettre d'adopter une attitude passive lorsqu'on parle d'Etat. Nous devons, en tant que citoyens alertes et vigilants, faire en sorte que l'Etat ne dispose que des pouvoirs nécessaires pour protéger notre liberté, et que ceux-ci aussi soient limités de façon à ne menacer aucune liberté.

Ceci me ramène aux caméras qui ont été installées sur les places près de chez moi. Lorsque je les ai remarquées pour la première fois, j'étais si en colère que tant de gens pacifiques puissent être mis sous surveillance de police. Même dans un pays calme comme la Belgique, nous ne devrions présumer des bonnes intentions des autorités de l'Etat. Les déclarations de « bonnes intentions » ne suffit pas à justifier ces politiques. Tout le monde pense que leurs intentions sont bonnes, mais lorsque les autorités ont un monopole de coercition, elles peuvent imposer leurs vues sur nous tous. Après tout, elles veulent faire le bien ! Une raison supplémentaire pour restreindre les pouvoir de l'Etat.

Les autorités insistent souvent sur la nécessité de contrôler les mouvements des personnes. Elles nous forcent à porter des documents officiels de l'Etat pour prouver notre identité. Elles enregistrent notre venue et notre départ d'un pays. Elles veulent savoir où nous sommes et ce que nous faisons. Les caméras sont le moyen ultime d'enregistrer les allers et venues des citoyens. Elles ne dorment jamais. Elles enregistrent tout. Et avec les nouvelles technologies informatiques de reconnaissance des visages, elles seront capables de suivre quelqu'un presque partout. De telles données entre les mains des mauvaises personnes peut avoir des conséquences dramatiques. Comme la BBC l'a fait remarquer dans un reportage, en Grande-Bretagne l'Etat a déployé des caméras qui sont contrôlées par des fonctionnaires dans des salles de contrôle. Ils observent les citoyens traverser la rue et marcher dans leurs voisinages. Cela est difficile à imaginer dans un pays qui a produit la Magna Carta et la Charte des Droits ! C'est presqu'une hallucination venant tout droit du livre 1984 de George Orwell. Mais c'est la Grande-Bretagne aujourd'hui. Cela n'est pas arrivé en Belgique… pour le moment. Mais l'apparition de plus en plus de caméras est inquiétante. Les citoyens libres doivent résister à ce nouvelle Etat de surveillance.

Nicolas Bas est le secrétaire politique de l'Association Flamande des Etudiants Libéraux d'Anvers, en Belgique.