L'Italie compétitive ?

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image alt text...Alberto Mingardi et Carlo Stagnaro, le 1 décembre -
Quelle est l'importance de la liberté d'échanger ? Il faut déjà noter les gens dans des économies libres sont visiblement plus riches que les gens dans des économies fermées. Et les études exhaustives des données de 141 pays menées par le Fraser Institute au Canada l'ont bien montré. A l'Institut Bruno Leoni en Italie nous avons voulu mesurer de combien de liberté économique les Italiens profitaient, en comparaison avec les autres Européens. Les résultats sont frappants : l'économie italienne est en moyenne deux fois moins libre que les économies les plus libéralisées d'Europe dans sept secteurs économiques clefs : électricité, gaz naturel, télécommunications, transport ferroviaire, transport aérien, services postaux, les professions libérales. Ceci est aussi vrai de son marché du travail. Ces résultats sont en corrélation avec le retard des performances économiques et un revenu par tête plus bas de 2000 $ US en dessous de la moyenne de la zone euro.

Notre étude détaillée montre que les secteurs les plus libéralisés de l'économie italienne sont l'électricité (72 % du score de liberté économique du Royaume-Uni) et le transport aérien (66 % du score de liberté économique de l'Irlande). Les moins libéralisés sont les services postaux (38 % du score de la Suède) et les télécommunications (40% du score du Royaume-Uni). La plupart des secteurs – 5 sur 8 – tombent entre 40 et 60 %, démontrant ainsi que la réputation d'économie semi-libéralisée de l'Italie est amplement méritée.

Notre étude ne s'est pas focalisée sur le fait de savoir combien de firmes existaient dans un secteur donné mais sur le fait de savoir si les marchés sont contestables, c'est-à-dire savoir si la liberté d'entrée et de sortie sur un marché sont contraintes par la loi. Lé défi majeur de la libéralisation est de se débarrasser des obstacles juridiques, réglementaires ou fiscaux à l'entrée au marché. Si le phénomène des entreprises dominantes sur un marché ou des profits au dessus de la normale peuvent être le signal d'une absence de libéralisation, cela parfois aussi être simplement le résultat du processus de marché. Par exemple, très souvent un monopole temporaire émerge parce que les innovations technologiques, managériale, logistique d'une firme ont en réalité généré le marché en question. Les parts de marché et les profits au dessus de la normale ne constituent pas une bonne mesure indirecte de la concurrence. Un marché réellement libre n'est pas un marché sur lequel il n'y a aucun monopole. C'est plutôt un marché où les monopoles peuvent être vaincus par de nouvelles offres concurrentielles. En d'autres termes, ce qui compte essentiellement ce ne sont pas les concurrents présents mais la concurrence potentielle. Les barrières réglementaires à l'entrée – c'est-à-dire des restrictions à la concurrences présente comme potentielle – doivent faire l'objet de toute étude sérieuse sur la libéralisation du marché.

Pourquoi la libéralisation est-elle si importante ? Parce que les prix doivent être libérés pour jouer leur rôle : « dire la vérité » sur les conditions d'offre et de demande. S'il est vrai que la libéralisation peux faire baisser les prix ou améliorer la protection du consommateur, cela n'est pas toujours le cas. Il y a en effet des cas typiques, par exemple dans le transport public, où les prix déterminés par l'Etat sont artificiellement bas et la libéralisation peut élever le prix payé pour les services, parce que le coût est désormais supporté par le bénéficiaire du service et non plus par les contribuables. Les nouveaux prix plus élevés mènent à une plus grande efficacité et réduisent la redistribution coercitive de revenus. De même, les excès en matière de protection du consommateur peuvent en réalité nuire au consommateur dans le long terme, par exemple en ralentissant l'innovation, en augmentant les coûts d'entrée sur le marché ou en créant des perceptions fausses. Prenons l'exemple de la labellisation obligatoire : bien qu'elle soit conçue pour informer les consommateurs d'aspects importants d'un produit, nombre de ces « labels » sont perçus comme des avertissements sur la sécurité et rendent donc plus difficile aux firmes nouvellement arrivées d'obtenir une part de marché. En effet, lorsqu'il y a une demande réelle des consommateurs pour certains types d'informations, le marché est très susceptible de les délivrer par des moyens qui sont plus accessibles et plus compréhensibles des consommateurs, tels que les campagnes de publicité, plutôt qu'avec des « labels d'avertissement » et des brochures extrêmement longues qui sont bien souvent un obstacle à la compréhension.

Malheureusement, de nombreux avocats de la libéralisation, et notamment les leaders politiques de l'Union Européenne promeuvent la libéralisation seulement sur la promesse de prix plus bas. En faisant une promotion d'une vision erronée à la fois de la libéralisation et de ce qu'elle peut accomplir, l'UE a créé et déçu des espoirs. L'opinion publique, qui en principe tend à soutenir la libéralisation du marché, change de camp, et ce, de manière compréhensible, lorsque les avantages qui avaient été promis de manière erronée, échouent à se matérialiser. Cela peut arriver non seulement dans le cas des transports publics mais aussi de l'énergie, où les avantages de la libéralisation peuvent être compensés par un accroissement du coût des marchandises. Lorsque le contrôle des prix est abandonné au moment d'un pic de prix sur les marchés internationaux, la libéralisation des prix du marché de l'énergie peut avoir des coûts localisés. De plus, du fait de l'inflation, le prix réel d'un bien peut diminuer alors que son prix nominal augmente, de telle sorte que les consommateurs peuvent ne pas percevoir correctement la réduction de prix. De manière générale, la preuve est très largement faite que la libéralisation améliore l'efficacité et crée des incitations à l'innovation. Si le but de la politique est de créer de nouvelles opportunités pour tout le monde, alors la libéralisation améliore la situation de la société entière dans le long terme. Les confusions sur les objectifs de la libéralisation peuvent donc mener à son rejet.

Il vaut sans doute la peine de jeter un œil aux secteurs de l'économie italienne dans lesquels le processus de libéralisation a pu progresser assez pour générer des conséquences suffisantes avec le temps : l'électricité et le transport aérien. L'électricité a été libéralisée au-delà des recommandations des directives européennes, ce qui a abouti à conférer à l'Italie un des marchés de l'électricité les plus dynamiques d'Europe continentale. Plus précisément, l'Italie a poursuivi une politique de découpage de la propriété, permettant une concurrence libre et juste entre les différents fournisseurs. L'ancien monopole d'Etat, Enel, est maintenant une entité radicalement différente de ce qu'elle était il y a dix ans. Bien que l'Etat conserve 30 % d'Enel, elle a pu devenir une société efficiente et compétitive opérant sur les marchés européens. Le transport aérien, de son côté, est très largement réglementé par les directives européennes du fait de sa nature particulière. Ceci a été une bonne chose pour l'Italie. Sinon le pays aurait conservé vraisemblablement un secteur fermé à la vraie concurrence dans le but de protéger le transporteur national Alitalia, une société très fortement endettée et très largement dominée par les syndicats.

Il est clair qu'il n'y a pas de recette politique unique pour permettre la libéralisation. Parfois la classe politique d'un pays est en faveur du libre marché. Parfois il faut que les pressions viennent de l'extérieur. Dans tous les cas il faut que nous atteignions une étape où les barrières réglementaires soient minimisées. La libéralisation du marché a montré partout qu'elle était vrai chemin vers la prospérité. Pour qu'elle réussisse cependant le public doit être informé des vrais bénéfices d'une économie de marché, ce qui signifie comprendre l'importance du rôle des prix libres dans une société libre pour coordonner l'interaction volontaire de personnes libres. Après leur libéralisation, la plupart des prix baisseront mais pas certains – ceux des produits subventionnés au détriment des gens payant des impôts mais n'utilisant pas le service. Pour que la libéralisation connaisse un succès, les citoyens doivent comprendre à quelles conséquences s'attendre. De ce point de vue, les avocats du libre marché ont certainement du pain sur la planche.

Alberto Mingardi et Carlo Stagnaro sont chercheurs à l'Institut Bruno Leoni, Italie -