Taxe à 80% : la proposition de Piketty est-elle propice aux pauvres ?

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Taxe à 80% : la proposition de Piketty est-elle propice aux pauvres ?

Dans son best-seller « Le capital au XXIe siècle », Thomas Piketty présente le capitalisme comme un système socio-économique profondément mauvais.Le capitalisme, malgré ses défauts, est cependant le meilleur modèle existant. Ainsi, Piketty propose que ses défauts soient traités par une plus grande intervention et plus de contrôle de la part de l’Etat.

Contrairement à la croyance populaire, le véritable objectif du capitalisme est de réduire la coercition dans la gestion des affaires humaines. En effet, les décisions des individus au sujet de leurs biens et leurs interactions avec les autres ne devraient pas être règlementées.

Le capitalisme est fondé sur le respect des droits individuels, et reconnaît que chaque individu est une fin en soi et non un moyen pour réaliser les désirs des autres. Afin de vivre comme ils l'entendent, ils doivent être libres de le faire (liberté), avoir le droit de garder le fruit de leur travail (propriété), et être libres de poursuivre leurs propres objectifs et valeurs (poursuite du bonheur).

La vision de Piketty rappelle en certains points la déclaration française des droits de l'homme et du citoyen: «les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité publique». Favoriser l’utilité publique devient l’objectif de l'Etat et celui de tout le monde. Donc, au lieu de protéger les droits individuels, l'Etat doit les compromettre pour protéger l’utilité publique. Cette vision malheureusement est la porte ouverte à beaucoup d’excès : impôt élevé, confiscation des biens, atteinte à la vie privée, limitation de la liberté d'expression, etc.

La préoccupation de Piketty à propos de la concentration de la richesse entre les mains d’une poignée de riches est légitime mais d’une autre époque. En effet, avant la révolution industrielle, la richesse était «gagnée» par des conquêtes successives et détenues par les familles les plus puissantes. Le système féodal, quant à lui, empêchait les classes inférieures d'améliorer leur sort, puisque ce qu'elles produisaient était confisqué par le seigneur. La richesse était statique. Aujourd'hui, la richesse est constamment en mouvement à mesure que les gens achètent des marchandises, commercent avec les autres, investissent, etc. Si la richesse était une entité inflexible, aujourd’hui le contexte est différent.

Les gens échangent des biens et services, ce qui crée de la valeur. Le secteur privé devient de plus en plus puissant : ainsi, on ne doit pas forcément être au pouvoir pour devenir riche. L’argent circule.  Le profit est le résultat nécessaire et moral qui récompense l’effort, la création, l’ingéniosité. La richesse se gagne dignement et cet environnement est d’ailleurs propice au recul de la corruption.

Piketty préfère plaider en faveur d'un État interventionniste et fort pour redistribuer la richesse de manière à réduire les inégalités. Pourtant, on connaît les risques de l’interventionnisme excessif de l’état qui favorise ses amis et protège des monopoles ou marché, entravant ainsi le jeu de la concurrence propice au consommateur. Ce capitalisme de copinage  crée des rentiers déconnectés du marché réel.  C’est dangereux. Une intervention excessive de l’Etat dans l’économie n’est pas naturelle. L’Etat doit assurer un environnement des affaires sain favorisant la création de richesse.

Il est vrai que dans le secteur privé, la performance, les compétences, le niveau d’étude, l’ingéniosité, qui diffèrent d’un individu à l’autre, en font un secteur inégalitaire qui peut insatisfaire les moins bien lotis. Mais d’un autre côté, on ne peut pas tricher dans le privé car toute mauvaise politique est sanctionnée immédiatement par le marché. Il faut sans cesse s’adapter et se remettre en cause pour progresser. L’argent n’est pas facile à gagner et ceux qui en gagnent le plus attisent des convoitises.

Pour répondre à cela, Piketty recommande un taux d'imposition de 80% sur les revenus annuels supérieurs à 400 000 euros dans le monde entier. Proposition qui nécessiterait la mise en place d’un organe mondial capable de suivre chaque transaction économique. Cette proposition est terriblement décalée dans un contexte où les politiciens sont les racines de la corruption et de tous les abus. Donner un tel pouvoir aux dirigeants politiques est inapproprié. Comment voir le remède dans le problème même ?

Le capitalisme, malgré ses imperfections, porte en lui une certaine moralité car il respecte les choix individuels et pousse d’ailleurs les individus à faire des efforts pour échanger avec d’autres. Chaque individu, mieux que quiconque connaît les besoins nécessaires à l’amélioration de son bien être. Il est à craindre que la redistribution par les Etats d’un impôt aussi faramineux conduise certes une réduction des inégalités mais dissuade en parallèle beaucoup de créateur de richesse à se dépasser et à donner le meilleur d’eux mêmes. Il faut donc faire un choix : inégalité ou recul de la pauvreté ? Si les inégalités se creusent mais que les pauvres sont moins pauvres, est-ce tellement insoutenable ?

Chris Hattingh, analyste pour The Free Market Foundation (version élaguée), le 11 août 2016.