Afrique du Sud : soutenir le moteur de la croissance

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Jasson Urbach – Le 10 février 2010. L’Afrique du Sud se rapproche rapidement d'un moment décisif à mesure que le ministre des Finances, Pravin Gordhan, prépare sa déclaration inaugurale sur le budget du 17 février. Dans sa présentation semestrielle de politique budgétaire du mois d’octobre dernier, M. Gordhan prévoyait un déficit budgétaire consolidé de 184 milliards de rands (soit 7,6% du PIB). Il déclarait qu'en 2008 les dépenses publiques étaient passées de 715 milliards de rands à 841 milliards de rands estimés en 2009, soit environ 35 % du PIB. En dépit du déclin attendu des recettes de 34 milliards de rands, la dépense publique de 127 milliards de rands (17,8% de plus qu'en 2008) a été budgétisée.

L'ensemble des besoins de financement de dépenses publiques par l’emprunt pour l’année fiscale 2009/10 est estimé à 285 milliards de rands, ce qui équivaut à 11,8% du PIB. Par comparaison à l'an dernier, les besoins de financement des dépenses publiques étaient juste de 89 milliards de rands. Sur la base de ces projections la part de la dette dans le PIB augmentera de 23% en Mars de l'année dernière à … 41% en Mars 2013. Les intérêts sur la dette publique passeront de 54 milliards de rands à près de 100 milliards de rands en 2013. M. Gordhan déclarait que le gouvernement Sud-Africain allait lever quelques 640 milliards de rands sous forme d’emprunts sur quatre ans. Sans surprise le niveau de la dette augmentera et les coûts du service de la dette avec. M. Gordhan a déclaré que, « Accroître l’endettement est la chose à faire ces temps-ci ».

Mais est-ce vrai? La raison simple pour laquelle les dépenses publiques échouent à mettre fin aux récessions est que chaque rand que le gouvernement "injecte" dans l'économie doit d'abord être taxé ou emprunté à l'économie. EN réalité aucun nouveau revenu et donc aucune nouvelle demande pour les biens et les services ne sont créés. L'argent est simplement redistribué des secteurs productifs de l'économie vers les secteurs non productifs. Le gouvernement ne peut pas créer de nouveau pouvoir d'achat à partir de rien. Ce n'est pas le gouvernement mais les entreprises qui créent des richesses et qui sont donc les moteurs de la croissance économique. L'opinion erronée selon laquelle la relance budgétaire est utile persiste parce que nous pouvons réellement voir les gens se mettre à travailler grâce aux fonds publics. Ce que nous ne pouvons pas voir ce sont les emplois qui auraient été créés ailleurs dans l'économie avec cet argent s’il n'avait pas été taxé ou emprunté par le gouvernement.

Considérant les taux élevés de pauvreté et de chômage de l’Afrique du Sud, certains peuvent se demander : « Comment le gouvernement soutiendra-t-il les 13 millions d'individus qui profitent actuellement des fruits du travail des autres ? » Le meilleur moyen d'améliorer les conditions de vie des pauvres n'est pas de taxer ceux qui produisent la richesse et de redistribuer tout simplement les recettes, mais de permettre aux gens de travailler, et mener ainsi des politiques qui favorisent la croissance économique. Comme l’a souligné le regretté Dr. Adrian Rogers : « Vous ne pouvez pas multiplier la richesse en la divisant ». En Afrique du Sud, quand on combine tous les impôts, beaucoup de gens paient plus de 40%. Cela signifie que durant les cinq premiers mois de l'année, ils travaillent réellement pour soutenir quelqu'un d'autre. C’est seulement après le mois de mai qu’ils commencent à gagner un revenu pour subvenir à leurs besoins.

Des taux d'imposition marginaux élevés réduisent les incitations pour les entrepreneurs à risquer leur capital ou à sacrifier leur temps et leur énergie pour gagner des revenus plus élevés. Ils nuisent également à la capacité des individus à poursuivre leurs objectifs car ils conduisent à moins de revenus disponibles. Moins de revenu disponible signifie moins d'épargne ; moins d'épargne signifie moins de formation de capital ; moins de formation de capital est synonyme de baisse de la productivité du travail, et une moindre productivité du travail signifie une baisse des salaires réels.

Dans ce climat économique, le gouvernement comme les entreprises devraient se concentrer sur leurs activités fondamentales. Une partie des fonctions fondamentales du gouvernement est de s'assurer qu'il existe suffisamment de police, que les tribunaux sont impartiaux et efficaces, et que règne l’état de droit. La protection des droits de propriété est essentielle pour la croissance économique. Si les individus savent que leurs terres et leurs biens sont protégés, ils ont une incitation économique à s’activer et gagner leur vie.

Des taux élevés de criminalité augmentent le coût de faire des affaires de manière significative, car les entreprises sont obligées de consacrer des ressources pour protéger leurs employés et leurs biens. Ce genre d’« investissement » est pratiquement une perte sèche pour la société. Voilà de l'argent qui pourrait être investi de manière plus féconde pour accroître la productivité des entreprises et du pays. La criminalité dégrade également la qualité de vie de tous. Elle effraie les immigrants qualifiés et force certains travailleurs à quitter leur emploi, leur maison et leur pays pour s'installer ailleurs où il est plus sûr de vivre. En portant atteinte à la mobilité des individus, la criminalité décourage l'accumulation de capital humain et diminue ainsi les compétences disponibles du pays.

La protection du gouvernement est donc essentielle pour les individus et pour la création d'un environnement propice où les entreprises, grandes et petites, peuvent opérer. La redistribution de la richesse existante en taxant lourdement les individus productifs et les entreprises réduit toute incitation à produire des biens et services, et retarde la croissance. Le discours sur le budget va révéler si le gouvernement choisira de voir la redistribution ou la croissance économique comme sa principale priorité. L'histoire a démontré que c'est la croissance économique qui est la clé pour réduire la pauvreté.

Par Jasson Urbach est économiste à la Free Market Foundation.