Afrique: le bon, le mauvais et le laid

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Afrique: le bon, le mauvais et le laid

Du 4 au 7 août dernier, le président Obama a accueilli à Washington le Sommet des Etats-Unis - Afrique. Il a reçu plus de 40 chefs d'État africains et leurs gigantesques entourages dans une ambiance festive. En effet, même le virus Ebola en Afrique de l'Ouest n'a pas réussi à altérer le moral des participants.  Peut-être est-ce les milliards de dollars de promesse d’investissements en Afrique, annoncés par les grandes entreprises privées américaines qui ont entretenu cette bonne humeur ?

Les services de communication des grands journaux étaient aussi euphoriques. En effet, un grand nombre des pays invités ont investis de grosses sommes pour de longues pages de promotion. Cela dit, la couverture de cette rencontre a été très légère. Ni le bon, ni le mal, ou encore le laid, n’ont fait couler beaucoup d'encre.

Qu'en est-il du bon? Les entreprises privées créent de la prospérité, et la prospérité est bonne pour votre santé. Le regretté Peter T. Bauer a d’ailleurs mis en avant les avantages du commerce privé. Dans de nombreuses études ultérieures, Bauer a réfuté la pensée conventionnelle avec des études de cas détaillées et un raisonnement économique fort. Il a conclu que la seule condition préalable pour l’épanouissement du commerce privé et la prospérité était la liberté individuelle renforcée par la sécurité des personnes et des biens.

Plus récemment, Ann Bernstein, un Sud-Africain, a mis en avant l’intérêt des entreprises privées sur les progrès économiques (voir : The Case for Business dans les pays en développement, 2010). Effectivement, les entreprises créent des emplois, fournissent des biens et services, diffusent des connaissances, payent des impôts, etc. Hélas, dans le reportage qui a couvert le sommet des leaders, on n’évoque absolument pas les investissements de plusieurs milliards de dollars des entreprises privées comme Coca-Cola, General Electric, et Ford Motor Co., ni les bienfaits de l'activité du monde des affaires. Mais, comme on dit, « ce n'est pas l’affaire du président ».

Passons du bon au mauvais et au laid, et concentrons-nous sur la profonde misère en Afrique sub-saharienne. Je mesure la misère avec un indice qui correspond à la simple somme du taux d'inflation, du taux chômage et du taux des prêts bancaires, moins le taux annuel de variation du PIB par habitant. En utilisant cette mesure, les pays de l'Afrique sub-saharienne sont classés dans le tableau ci-dessous pour 2012.

Les scores des indices de l'ordre de 10 ou moins indiquent une économie relativement libre, et les pays avec des scores autour de 20 indiquent un dysfonctionnement considérable, exigeant des réformes structurelles profondes (lire : le marché libre). Les scores de l’Afrique subsaharienne montrent que la région va de mal en pis. Pour que la plupart de ces pays deviennent des destinations favorables à l’entrepreneuriat et à la prospérité, d'énormes réformes structurelles sont nécessaires.

Les gouvernements peuvent-ils gouverner? Sont-ils de leurs missions régaliennes qui comprennent le maintien de l'ordre public, la gestion efficace des affaires monétaires et budgétaires, et la mise en place d’institutions appropriées pour soutenir les activités privées?

Pour les gouvernements de l'Afrique sub-saharienne, la capacité de produire des données économiques en temps opportun jette un peu de lumière sur ces questions. Pour 2013, seuls 6 pays ont communiqué les données nécessaires à l’élabration d'un indice de la misère. Pour les 42 autres pays d'Afrique sub-saharienne, les données économiques de base nécessaires pour la production de cet indice accusent une année et demi de retard.

Donc, même s’il y a une volonté de s'attaquer aux énormes problèmes économiques structurels auxquels sont confrontés la plupart des pays africains, les dirigeants ont-ils la capacité de répondre à ce défi, ou se content-ils de faire semblant? Il serait temps de passer des promesses à l’action.

Steve Hanke, Professeur d’économie appliquée à l’université d’Hopkins, Baltimore, USA. Article initialement publié en anglais par le Cato Institute. Traduction réalisée par Libre Afrique - Le 29 août 2014