Finance islamique en Afrique : Leçons de Londres

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La finance islamique en Afrique

Lorsque Rauf Aregbesola, le gouverneur de l’État d’Osun au sud-ouest du Nigeria, a levé 10 milliards de naira via le système d’obligations islamiques ou sukuk, il a rencontré une forte réaction de la communauté chrétienne. L’Association chrétienne du Nigeria a vu dans cette nouvelle pratique une tentative d’islamiser l’état. Ce dernier est un état agraire, la plupart de ses revenus allant aux dépenses courantes. Il aurait été suicidaire de lever des fonds par le biais d’un prêt bancaire avec un taux d’intérêt astronomique. Le Sukuk, qui fonctionne donc sans intérêt, semblait la meilleure option pour le bien commun.

Le monde a été surpris quand le Royaume-Uni, sous l’impulsion de David Cameron, entendait faire de Londres un centre financier islamique pouvant faire concurrence à Dubaï et à Kuala Lumpur en Malaisie, comptant lever 320 millions de dollars l’année prochaine.

Les obligations islamiques sont garanties par des actifs et elles ont connu une croissance rapide. Le taux de croissance des actifs financiers islamiques est d’environ 17 % par an et est estimé atteindre 2 670 milliards de dollars en 2017 contre 1 200 aujourd’hui. La crise financière de l’occident doit avoir fait repenser de manière critique son modèle économique à ses décideurs.

La Grande-Bretagne a une minorité musulmane et la population de chrétiens dévots s’amenuise rapidement du fait de la vague de laïcité qui a envahi l’ancien grand empire depuis l’aube du 20ème  siècle.

M. Cameron a été assez visionnaire pour mettre ses sentiments de côté et faire ce qu’il était selon lui dans l’intérêt économique de la nation. Cette vision de la création de Londres comme centre financier de l’Europe avait été conçue et exécutée par Margaret Thatcher, qui avait ouvert grandement la cité au monde. Il s’agit de soutenir ce rêve louable qui a vu la ville se métamorphoser rapidement en l’une des villes les plus cosmopolites du monde.

Nous devrions être plus tolérants à l’égard des modèles qui ont le potentiel de faire avancer le continent. Il nous reste en effet encore à voir une proposition concrète quant à une alternative viable aux taux d’intérêt faramineux que l’on trouve sur le continent.

Il faut se débarrasser de ce fléau du continent qui consiste en cette imposition de la subjectivité à un niveau social, qui a engendré tant de guerres, tensions et conflits. Si seulement nous pouvions raisonner davantage ensemble et être le gardien de nos frères, plaçant le bien commun au-dessus de toute autre chose, ce continent serait un paradis pour tous.

Revenons à Londres. On aurait pu penser que la communauté chrétienne en Grande-Bretagne allait crier au scandale. Étonnamment, ce fut le silence, car il n’y a pas eu de sous-entendus quant à une quelconque tentative d’islamiser l’État.

Par contraste, lorsque l’actuel patron de la banque centrale du Nigeria , Sanusi Lamido Sanusi a émis l’idée d’introduire la finance islamique dans le pays, les groupes chrétiens ont violemment réagi contre elle, la voyant comme un programme insidieux pour convertir l’État à L’Islam. Ils ont pourtant oublié que l’homme de la rue, qui n’est pas en mesure d’avoir accès à des facilités de crédit pour développer ou même démarrer une entreprise à petite échelle, pouvait avoir un intérêt majeur dans cette finance.

Pour que le continent connaisse une croissance exponentielle, il doit être davantage ouvert à de nouvelles idées qui peuvent le faire aller de l’avant, et oublier les arguments fondé sur un pur égoïsme de classe ou de religion. Il a vu assez de violences et de bouleversements qui l’ont  maintenu dans un état ​​d’arriération économique pour permettre que les sentiments prennent la place de la raison.

Il est grand temps d’adopter les aspects du développement qui marchent, d’où qu’ils viennent. Le fait de copier sans souci est largement autorisé sur la voie du succès. Demandez aux japonais et aux chinois ! Il est temps d’en finir avec le fanatisme.

Sola Ademiluyi , le 20 novembre 2013.

Cet article a paru initialement en anglais sur le site d’AfricanLiberty.org.