Et le gagnant est…. l’administration européenne !

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Et le gagnant est…. l’administration européenne !

L’histoire nous enseigne que la chute des empires se fait dans la douleur et la confusion. Caractérisée par le président de la Commission européenne Manuel Barroso comme un « empire non impérial », l’UE, lauréat du prix Nobel de la paix, semble décliner plus rapidement que le rythme auquel ses technocrates ne réussissent à inventer des acronymes pour ses nouveaux mécanismes de sauvetage non démocratiques. Force est de constater que la situation « empire » de jour en jour.

Pourtant il est difficile de se rendre compte de cette décadence en écoutant les discours des politiciens et des bureaucrates de l’UE, toujours prêts à saisir une occasion pour prêcher avec emphase les valeurs de l’Europe au reste du monde. Difficile aussi de ressentir l’urgence de la situation en regardant les débats au Parlement européen, où les députés prônent les principes de responsabilité et de transparence pour mieux omettre de les appliquer à leur propre institution.

Avec le prix les bâtisseurs de la « force du bien » imposant l’austérité à leur périphérie méridionale vont certainement retrouver un peu de vigueur dans le combat pour imposer leur volonté aux Etats membres l’augmentation du budget de l’UE de 6 pour cent. Rassurés les eurocrates « créateurs de paix certifiés » se sentiront plus confiants quant à la perspective de pouvoir continuer à bénéficier de conditions de travail privilégiées (une fiscalité « light » et des rémunérations bien au dessus de ceux des administrations nationales) pour accomplir leur noble tâche….sans austérité.

Dans leur monde virtuel, la visite d’une chancelière allemande à Athènes devait être une affaire de routine. Dans l’Europe réelle, le gouvernement grec a cru bon de déployer 7.000 policiers pour protéger Mme Merkel soit presque l’équivalent des forces armées irlandaises. Après des années de gabegies de dépenses publiques, une période festive durant laquelle les dirigeants européens ont choisi d’ignorer les mensonges des politiciens grecs, la démocratie hellénique est aujourd’hui au bord de l’implosion. Il y a maintenant davantage de violences policières dans les rues d’Athènes que celles de Moscou au cours des manifestations anti-Poutine. Le chiffre horrifiant de 55 pour cent des jeunes Grecs au chômage a été atteint.

La situation a également pris un virage inquiétant en Espagne, où la brutalité avec laquelle la police s’en prend aux manifestants anti-austérité a réveillé les fantômes de son passé autoritaire. Les espagnols choisissent de quitter cette expérience socio-démocratique « avancée » pour tenter leur chance en Argentine, dont la situation économique, pourtant, n’est guère brillante. La France a été transformée en enfer fiscal par un gouvernement ayant choisi l’austérité pour le peuple mais pas pour l’administration.

L’Europe est en réalité piégée par le coût insoutenable de son modèle social. Son incapacité à assurer la prospérité est en train de réduire à néant les espoirs de millions de citoyens. La pauvreté est en hausse, et à l’ombre de son spectre grandissant, les extrémismes de droite et de gauche gagnent du terrain. Le drapeau européen brûle.

Une impression de déjà vu? Il convient de rappeler que le système de « providence » créé par Bismarck dans les années 1880 n’a pas rendu le peuple libre, mais plus dépendant de l’Etat. Dans le dernier ouvrage qu’il a dirigé, « After the Welfare-State » (Après l’État-providence) le penseur libertarien américain Tom Palmer nous rappelle que « c’est l’effondrement dans les années 1930, de l’État-providence étendu de la République de Weimar qui a inauguré la dictature, la guerre, et l’État providence le plus prédateur et le plus malfaisant que le monde ait jamais connu, le Troisième Reich ».

La débâcle socio-économique grecque qui ne cesse de s’aggraver a propulsé un parti fasciste au Parlement. L’émotion est considérable, et la douleur profonde. Pour le professeur Aristide Hatzis de l’Université d’Athènes, « la tragédie grecque est la tragédie de l’État-providence ». Mais la « tragédie de la tragédie grecque », c’est que la mise en place progressive d’un super-Etat providence européen a contribué à la non-résolution de ses problèmes. La médecine d’urgence d’austérité imposée par la troïka se révèle être « trop et trop tard » pour une société devenue accroc à l’argent et la dette publics.

Si l’attribution du Nobel de la paix à l’UE a été envisagée comme un geste politique pour encourager une plus grande intégration sur le mode technocratique, c’est malheureusement bien la dernière chose dont l’Europe avait besoin !

Sophie Quintin-Adali est analyste sur www.UnMondeLibre.org - Le 27 octobre 2012.

Article paru en anglais dans le journal turc Hürriyet Daily News.