Afrique du Sud : Peut-on « fabriquer » des industriels ?

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Afrique du Sud : Peut-on « fabriquer » des industriels ?

Le plan du gouvernement de « créer » 100 industriels noirs au moyen d'opportunités de financement et d’assistance préférentielles est un fantasme. Comme les entrepreneurs, les industriels ne se créent pas, ils se construisent eux-mêmes. Ils cherchent des opportunités de profit inexplorées ; ils créent une solution viable, ou tout au moins, un modèle d'affaires pertinent ; ils lèvent du capital, soit par des prêts bancaires, soit par des partenariats financiers, sinon les deux ; ils emploient du personnel et ils commencent à exploiter leur entreprise. Aucune phase de ce processus ne peut raisonnablement être « créée » par un bienfaiteur.

Si des individus ne sont pas naturellement entrepreneur, ils ne le seront jamais par un quelconque effort du gouvernement ou de quelqu'un d'autre. Comment, par exemple, le gouvernement détectera-t-il les opportunités d'affaires et les filières porteuses, si le milieu des affaires ne l'a pas déjà découvert lui-même?

La réponse ne sera-t-elle pas les nouvelles opportunités qui seront recherchées, mais plutôt celles qui sont découvertes et exploitées par les entreprises déjà existantes et ayant réussi? Si oui, le projet de « fabriquer » des nouveaux industriels noirs ne sera-t-il pas seulement un processus de transfert de l'activité des entreprises ayant fait leur preuves à de nouvelles encore novices ? Un processus qui va inévitablement impliquer la duplication inutile des ressources limitées?

Le plan du gouvernement viserait à créer une concurrence artificielle entre les entreprises privées et les entreprises parrainées. Le résultat logique d'une telle politique serait que les entreprises déjà établies, dont plusieurs d’entre elles avaient été construites au fil de nombreuses années, et à grands frais, pourraient perdre leur viabilité et disparaitre. L’impact sur l'emploi serait non négligeable. Il est aussi possible que, comme dans le cas de la concurrence inégale entre Comair et ASA, l'entreprise privée demeure viable du fait de sa force et de son prestige alors que l’entreprise gouvernementale inadaptée au marché fonctionnerait éternellement sur des enveloppes de parrainage.

Pourquoi limiter le nombre à 100? Assurément, il est beaucoup plus souhaitable d'avoir autant d'industriels noirs que l'économie peut en absorber. Pourquoi pas 1000, ou 2000? L'économie tirerait grand profit de l'existence de 1000 industriels noirs si, dans le processus de leur émergence, elle devrait croître proportionnellement. Bien sûr, le programme envisagé par le gouvernement serait excessivement onéreux si 1000 industriels devaient être créés, et ne conférerait aucun avantage durable à l'économie. Cela démontre la perversité du plan.

L'existence de l'industrie est un signe de la prospérité dans une économie : plus il y en a, plus prospère sera la société. Il y a, bien sûr, toutes les raisons du monde pour encourager l’émergence d'industriels et d'entrepreneurs noirs. Aucun partisan du système de marché libre ne s’y opposerait. La condition essentielle serait qu’un financement compétitif  soit disponible pour chaque industriel possédant une bonne idée et un bon plan d'affaires. C’est de cet environnement sain qu’a besoin un industriel  plus que de la main tendu d’un gouvernement.

La Corporation pour l'Investissement Industriel (IDC), qui est destinée à être la principale source de financement pour le projet, assure que: « Si ce n’était pas une idée commercialement viable, l'IDC ne la financerait pas ». Soit, mais la question qui se pose : quel est alors le but du programme de gouvernement si toutes les demandes doivent être jugées sur ce principe salutaire? Pourquoi les industriels noirs ne sont pas déjà créés en nombre suffisant pour satisfaire les demandes du gouvernement? Il semble que le gouvernement ait l'intention d'accélérer artificiellement l’industrialisation du pays. L’expérience montre pourtant que l’entreprise n’est pas le fort du gouvernement.

GT Ferreira de FirstRand a exprimé son soutien qualifié en ces termes: « c’est une bonne idée d'être en mesure de risquer de l'argent sur des gens, mais il est préférable de voir s'ils ont déjà fait un peu leurs preuves quand-même. Parce que tout le monde ne peut pas devenir un industriel ou un entrepreneur ... donner juste de l'argent à des gens et leur dire « allez et devenez un industriel » ne fonctionnera pas. Cela n'a jamais marché nulle part dans le monde ».

Le gouvernement affirme que ça ne dégénérera pas en un programme de copinage pour des initiés privilégiés. Mme Malebo Mabitje-Thompson de la DTI affirme que le processus de sélection des candidats admissibles sera effectué par un jury excluant les politiciens dans le cadre d’un processus qui sera ouvert et transparent. Il ne serait pas, dit-elle, un « régime de retraite pour les riches ».

Ce sont, bien sûr, des paroles rassurantes. Cependant, les Sud-Africains ont malheureusement l’habitude de belles promesses de lutte contre la corruption, ou encore d’amélioration des services offerts par l’administration mais ces mots sont restés des paroles en l’air. Le gouvernement a déjà montré son inefficacité en tant « qu’entrepreneur » et cela suffit pour douter grandement de cette nouvelle promesse décalée. Que le gouvernement fasse sa mission de gouvernement et qu’il se limite à créer un cadre favorable aux industrie et entreprise privées !

Rex van Schalkwyk est un ancien juge de la Cour suprême d'Afrique du Sud – Article initialement publié en anglais par la Free market Foundation. Traduction réalisée par Libre Afrique – Le 15 janvier 2016.