Réforme des retraites : carton rouge pour la gauche

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Sophie Quintin-Adali - Le 28 octobre 2010. Au nom de la solidarité, les grévistes en France semblent être prêts à se battre jusqu'au bout pour empêcher le gouvernement de tenter de « réformer » le système de retraite. La solidarité qu’on affiche partout est pourtant bien en réalité irresponsabilité et égoïsme. Une minorité (deux millions de syndicalistes) prend une fois de plus le pays en otage pour empêcher la réforme d’un modèle d'État providence en crise.

Suite au fiasco honteux de l'équipe nationale de football au Mondial, il serait facile de conclure que les français sont d’irréductibles grévistes : la réalité est plus nuancée. Tout comme la plupart des fans avaient été dégoûtés par l'attitude des joueurs, les salariés du secteur privé voient d’un mauvais œil les grèves répétées des travailleurs du secteur public (1/5 de la population active).

De manière prévisible, les médias internationaux dépeignent les français comme une nation de manifestants. Force est de constater que le point de vue de l’« autre France » ne figure que rarement dans les reportages. En effet, celle-ci ne manifeste guère son ras-le-bol des grèves. En outre les médias ne relaient pas les histoires de « ceux qui ne comptent pas les heures », petits entrepreneurs, artisans, boulangers, commerçants. Qui se soucie des efforts héroïques des entreprises innovantes qui se battent pour rester compétitives ? Pourtant, il existe de nombreuses histoires non racontées d'une réelle solidarité entre patrons et employés parvenus à des compromis pour tenter de sauver ensemble leurs moyens de subsistance.

Affiches "anti-grève" à Lyon le 27 octobre.

Naturellement de tels accords ne sont pas bien accueillis par les syndicats. Encore moins par tous les anti-capitalistes d’extrême gauche qui « jouent » en ce moment la « lutte finale ».

Insensibles au sort de l’« autre France », les membres des syndicats (8% de la population active) ont été rejoints par une minorité politisée d’élèves du secondaire, bercée dans le même culte de l'emploi à vie et des acquis sociaux, vaches sacrées de la gauche rétrograde. Ironie du sort, les perspectives des adolescents de trouver un emploi sont justement réduites par le système que leurs parents essaient de maintenir en place ! Avec le chômage des jeunes à un niveau record de 23%, un nombre non négligeable d'entre eux après être diplômés, iront chercher un job de l’autre côté de la Manche sur le marché du travail britannique plus souple. En attendant, ils jettent de l'huile sur le feu en protestant violemment, contre le « tout libéral » ... anglo-saxon.

En 2007, une majorité des électeurs français ont soutenu Nicolas Sarkozy et le programme réformiste de son parti, qui incluait la réforme des retraites. Le choix démocratique du peuple, c'est-à-dire le choix de la réforme de l'État et de l'économie, disparaît inexorablement dans la confusion créée par la dernière vague de manifestations de rues. On fait dire aux sondages ce que l’on veut. Le « soutien » aux grévistes que l’on cite partout est probablement plus une expression de la croyance du peuple dans le droit de manifester comme pierre angulaire de la démocratie que toute autre chose. D'autres sondages ont montré que la majorité des gens comprennent que des mesures doivent être prises pour éviter une tragédie grecque. En réalité on abuse aujourd’hui du droit de grève, qui est utilisé par quelques-uns pour renverser un processus démocratique.

La Secrétaire générale du Parti socialiste, Martine Aubry, semble peu perturbée par le déficit abyssal de la sécurité sociale et la montagne de dette souveraine qui menace de reléguer la France en « deuxième division » européenne (les « PIIGS »). Ayant récemment célébré son 60ème anniversaire, elle aurait pu donner l'exemple et prendre sa retraite. Mais la grande architecte de la désastreuse loi des 35 heures continue la lutte et jouit des privilèges de notre nomenklatura politico-administrative : cumul des mandats électifs et des salaires, retraites avantageuses. À gauche comme à droite, voilà un fromage que personne ne souhaite voir partager sur l'autel de l’« austérité ».

Les mesures radicales auto-imposées « à la Cameron » sont-elles plausibles ? Pas vraiment. Au crédit du gouvernement des tentatives ont été menées par exemple pour changer une culture d’assistanat et de dépendance, mais il faudra plus que de modestes mesures politiquement correctes pour avoir un impact réel. Quant à des réductions importantes du « mille feuilles administratif », on peut toujours rêver. Environ la moitié des parlementaires sont aussi des fonctionnaires (selon Contribuables Associés qui mène campagne contre cette pratique). Les représentants du peuple ont d’ailleurs freiné des quatre fers pour réformer leur propre régime de retraite. Des mesures sérieuses sont donc plus susceptibles d'être imposées au gouvernement par l'Union Européenne (l'Allemagne) ou imposées par le « méchant marché » et les agences de notation qui pourraient finir par dégrader la note de l’hexagone.

Le mouvement social d’une minorité coûte cher à l’économie (environ 3 milliards d’euros). Les pénuries de carburant perdurent et la violence s’est étendue aux banlieues. Alors que la gauche soutient les bloqueurs des raffineries, l’« autre France » ne peut qu'espérer que le gouvernement reste ferme. Le comportement de notre « équipe nationale » a été une honte et profondément blessé la fierté de la nation. L'irresponsabilité des dirigeants syndicaux et de leurs maîtres politiques n’est pas moins honteuse. La différence est que les conséquences pourraient être considérables.

Sophie Quintin-Adali est analyste sur UnMondeLibre.org.

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