Services "publics" ?

Version imprimableVersion imprimable

Michel de Poncins - Le 10 août 2009. La Poste en France va être transformée en société anonyme, avec au départ uniquement des actionnaires publics, dont la caisse des dépôts qui représente l’Etat dans une foule de secteurs économiques où il intervient abusivement. Le motif invoqué pour la transformation est que Bruxelles l’impose, et aussi le besoin de capitaux absolument nécessaires pour moderniser l’envoi du courrier. Les syndicats en embuscade crient à la privatisation ce qui conduirait à l’abandon du principe du service public, et menacent de grèves.

C’est l’occasion de se poser en profondeur la question de la pertinence des services publics. Il y a beaucoup d’idées reçues sur ce thème. Y-a-t-il vraiment des besoins qui méritent d’être sanctuarisés par la qualification de « service public » ?

La qualification de « service public » conduit à justifier l’instauration d’un monopole public, ceci dans une foule de domaines : santé, chemin de fer, éducation, etc. Le monopole est absolu puisque la force publique le protège avec le secours de la loi. Voici un premier sujet de perplexité : il existe certes des monopoles privés mais ils sont toujours très fragiles car exposés aux attaques d’entrepreneurs audacieux et novateurs ; ces temps-ci nous observons de très grandes et puissantes firmes informatiques vaciller sur leur base par l’intervention de nouveaux concurrents.

Les monopoles publics se flattent de réaliser l’égalité entre les « usagers » : c’est ainsi que la Poste prétend assurer partout d’une façon égale le service du courrier. En fait, il faut bien constater que la supposée égalité est définie par les directeurs du monopole et selon leur opinion propre : pourquoi un bureau de poste ici et pas là ? Pourquoi tel bureau ferme à telle heure ? En fait pour un observateur attentif l’égalité semble bien un objectif chimérique.

Dans toute activité, il faut des contrôles. N’est-on pas obligé de constater qu’en fait les contrôles dans les monopoles publics sont peu performants ? Ceux qui ont la patience et le temps de lire les rapports de la Cour des Comptes en France le constatent à chaque page. Dans d’autres pays dits développés, il en est de même. Les explications sont connues : le jeu incessant des intérêts politiques fait barrage aux vrais contrôles, les syndicats tout puissants ne les encouragent guère, la prépondérance des intérêts du personnel forme un obstacle infranchissable. Il s’ajoute l’absence de comptabilité sérieuse : personne de sensé ne peut voir vraiment clairement dans les comptes de la SNCF ou de l’EDF. Or, un vrai contrôle implique une comptabilité en ordre.

Le monopole réserve à des élus ou à des fonctionnaires le droit de choisir les produits pour nous : quand il s’agit de service, ce sont eux qui le définissent souverainement. Or, la réflexion et les faits montrent que le libre choix est un facteur essentiel de la richesse car il permet de se procurer exactement le type de bien ou de service qui vous convient. L’un des effets classiques du monopole est de conduire soit à de la surabondance dans des activités ne convenant pas, soit à des pénuries.

Certes les responsables des monopoles s’abritent derrière l’intérêt général dont ils seraient les seuls juges et en tirent un argument de poids. Est-il normal, quelles que soient leurs qualités intrinsèques, qu’ils décident souverainement de cet intérêt général ? Mais surtout, quelqu’un peut–il définir valablement ce qu’est l’intérêt général ?

Il y aurait des biens qui par nature seraient publics. Voire. Quand un monsieur « quidam » achète de la charcuterie chez l’homme de l’art, ne se rendent-ils pas service mutuellement en s’enrichissant tous deux à la mesure de cette modeste transaction ? C’est un service privé. Il en est de même dans les milliards de transactions quotidiennes dans le monde entier et cette remarque peut s’appliquer aussi bien à la boulangerie qu’à l’électricité ou au transport ferroviaire et à la poste.

Que se passe-t-il dans un pays ayant beaucoup de services publics confiés à des firmes nationalisées ? Un jour ou l’autre il faut des capitaux ou, encore, le mauvais fonctionnement est trop visible : le pouvoir alors veut privatiser ce que craignent précisément les syndicats de la Poste en France. Les opérations de privatisation sont très difficiles à mener sans des fraudes multiples : voir les injustices nombreuses qui se sont passées dans les pays de l’Est. C’est en quelque sorte une deuxième punition que reçoit la population après celle du mauvais fonctionnement du monopole.

Un coup d’œil en Suède est utile. Dans ce pays réputé pourtant socialiste, les syndicats ont compris qu’il fallait réformer et participent activement à ces réformes. C’est en 1993 que les Suédois, les premiers en Europe, ont mit fin au monopole étatique sur la poste.

Avant la libération du système postal il y avait 1 800 bureaux de poste. Depuis et suite à la privatisation, il y a 4 200 points de poste installés dans des commerces divers. Cette constatation est significative pour ceux qui accusent une éventuelle privatisation de diminuer le service. 96,2 % du courrier arrive le lendemain contre 75 % en France. Les entreprises privées qui concourent au service sont bénéficiaires. En monnaie constante le prix du timbre n’a pas augmenté.

Dans les pays en cours de développement, le même phénomène se reproduit. La conclusion semble bien être que ces pays ont intérêt à laisser les initiatives privées jouer au maximum quant il en est temps, ce qui donnera toutes possibilités aux talents de leurs habitants.

Michel de Poncins est économiste.