Arrêtons avec l’obsession des inégalités de revenus !

Version imprimableVersion imprimable
Arrêtons avec l’obsession des inégalités de revenus !

L’une des principales choses qui trouble la plupart des gens dans le monde aujourd'hui est l'inégalité des revenus. Des organisations comme Oxfam ont d’ailleurs été très véhémentes contre l'inégalité des revenus. Le Pape François, Barack Obama, Thomas Piketty et beaucoup d'autres se sont insurgés haut et fort contre ce phénomène. Le problème est que quand on aborde le sujet des inégalités des revenus, les discussions sont vites dominées par les émotions au lieu de s’en tenir à la logique et à l'interprétation objective des données factuelles. Les inégalités des revenus sont identifiées comme les causes des bouleversements sociaux dont nous entendons parler tous les jours. Une affirmation erronée et trompeuse.

La croisade contre l'inégalité des revenus a une forte résonnance, surtout ici en Afrique du Sud. Un pays avec l'une des inégalités de revenus les plus élevés dans le monde. Actuellement, le coefficient de Gini de l'Afrique du Sud, qui mesure la répartition des revenus (avec 0 représentant l'égalité parfaite et 1 représentant l'inégalité parfaite), se situe à 0,65 ; contrairement aux Etats-Unis (0,45), la Chine (0,47) et le Brésil (0,53). Les gens partout dans le monde sont gênés par ces statistiques et appellent donc à la réforme du système de libre entreprise. Ils sont mécontents des PDG soi-disant avides et montrent du doigt les 1% qui, s’accaparent tous les gains de revenu au détriment de la classe moyenne et les pauvres. Aux États-Unis, l'idée que la classe moyenne est sur le déclin a gagné du terrain. Cette thèse est pourtant loin d’être évidente.

Dans son article « Le mythe de la stagnation des salaires », publiée par CNBC en 2014, Daniel J. Smith, professeur adjoint d'économie au Centre Johnson à l'Université Troy, explique que l'affirmation selon laquelle les revenus stagnent est « façonnée sur la base d’une interprétation erronée des données disponibles ». En regardant seulement la moyenne des salaires horaires aux États-Unis, corrigés de l'inflation en utilisant l'indice des prix à la consommation (IPC), il ressort que les revenus ont augmenté de seulement 5,58% depuis 1964. Mais cette statistique est trompeuse car le calcul ne tient pas compte des nouvelles formes de rémunération des employés, et l'érosion du pouvoir d'achat y est surestimée. « Une fois que ces compensations sont prises en compte, une représentation beaucoup plus claire et positive sur les revenus moyens fait surface », écrit-il. Quand vous regardez la rémunération totale, qui est votre salaire, plus les avantages sociaux tels que les soins de santé, les congés payés, la flexibilité des heures, des conditions de travail améliorées et même des garderies, on arrive à la conclusion qu’en fait, les revenus ont augmenté de plus de 45% depuis 1964 aux États-Unis, et non pas seulement de 5,58%

Daniel J. Smith n’est pas le seul qui a écrit au sujet de cette ignorance : le légendaire économiste américain et Senior Fellow à la Hoover Institution, Dr. Thomas Sowell, a beaucoup écrit sur l'inégalité des revenus. Dans sa chronique, Sowell soutient que le top des 1% correspond à une tranche de revenu, mais pas à des personnes. Les Américains qui sont dans le top des 1% une année donnée ne sont pas en permanence. En d'autres mots, je peux être dans le top des 1% cette année, mais il est fort probable que je n’y serai plus l’année prochaine. Les revenus des gens fluctuent au fil du temps, surtout dans le monde globalisé et volatil dans lequel nous vivons aujourd'hui. Pourtant, les personnes du top des 1% sont toujours présentées comme une classe privilégiée permanente.

Aussi, les gens comme Obama et Piketty ignorent le fait que l'âge est un facteur influençant l'inégalité des revenus. Il faut des années pour acquérir les compétences et les connaissances nécessaires pour avoir un emploi bien rémunéré. Les personnes âgées de plus de soixante ans auront des revenus plus élevés que celles dans la vingtaine, parce qu'elles ont travaillé plus longtemps, ont plus d'expérience, et ont accumulé beaucoup d'argent au cours de leurs années de travail. La relation entre l'âge et le revenu est-elle si difficile à comprendre?

Il faudra beaucoup de temps pour les Sud-Africains afin de réduire l'inégalité des revenus, parce que, vingt et un ans après la fin de l'apartheid, des millions de personnes restent non qualifiées avec un minimum d'éducation. Et tous ces points que j'ai discutés ci-dessus sur le revenu sont pertinents pour l'Afrique du Sud. La bonnes nouvelle est la suivante: dans une nouvelle Afrique du Sud démocratique, des progrès économiques importants ont été réalisés.  Pour accélérer ces progrès, l'Afrique du Sud, et le reste du monde, devraient régler le problème de leur éducation, ouvrir et déréglementer les marchés pour créer des opportunités d'emplois, et privatiser les entreprises étatiques agonisantes. Les gens auront besoin de compétences, d’emplois et de l'expérience afin de grimper dans l'échelle des revenus indépendamment de leur race. Ceux qui prétendent que nous devrions prendre une partie des revenus de A pour la donner à B se trompent totalement. Ce n’est pas la solution, cette approche ne fera que violer les droits de l'homme et les libertés des gens.

Même si la pauvreté a considérablement diminué au cours des vingt dernières années, des millions dans le monde entier restent sans emploi et vivent dans la misère. Nous devons nous concentrer davantage sur la lutte contre la pauvreté, et arrêter notre obsession au sujet de l'inégalité des revenus.

Phumlani M. UMajozi, analyste au «  Independent Entrepreneurship Group ». Article initialement publié par la Free Market Foundation – Traduction réalisée par Libre Afrique – Le 9 novembre 2016.