Obama, la Chine, et le dilemme des finances publiques américaines

Version imprimableVersion imprimable

James Dorn - Le 2 juin 2009. A la fin de son mandat en tant que président des Etats-Unis d’Amérique, George W. Bush a déclaré abandonner « les principes du libre marché pour sauver le système de libre marché ». Il avait cependant déjà accru de manière significative la taille et le rôle de l’État fédéral américain. Sa dernière action fût de sauver Chrysler et General Motors – qui vient de déposer le bilan, engloutissant ainsi des milliards de deniers publics. Cette tendance se perpétue sous l’égide du Président Barack Obama et de la majorité démocrate au Congrès, et cela ne va pas sans poser problème, notamment pour la Chine.

Les dépenses publiques fédérales de l’année fiscale 2009 approcheront 28 % du PIB, et il est prévu que le déficit du budget américain approche les 2000 milliards de dollars, soit 13% du PIB. Lors de la prochaine décennie, l’État américain émettra près de 10 000 milliards de dollars de nouvelle dette pour couvrir ses programmes de dépenses planifiés au-delà des recettes fiscales prévues.

L’inconvénient d’un plan de relance budgétaire est qu’il faut bien que quelqu’un le finance. La Grande-Bretagne est entrain de comprendre cela depuis l’annonce récente selon laquelle sa notation Triple A pourrait être rétrogradée si l’État ne renverse pas sa tendance dépensière. Les Etats-Unis sont dans une situation légèrement meilleure, mais le creusement important du déficit américain, la décision de la Federal Reserve de monétiser la dette fédérale, ainsi que les milliers de milliards de dollars d’engagements non financés sur les programmes Medicare et la Sécurité Sociale américaine, représentent un danger pour ceux qui avait placé leur confiance dans la dette souveraine américaine.

Il fait peu de doute qu’une bulle existe sur le marché de la dette américaine. Quand les taux d’intérêt augmentent, ce qu’ils doivent faire une fois l’économie repartie et que la Federal Reserve aura réduit son bilan en vendant des actifs, les bons du Trésor vont chuter.

Bien qu’il y ait peu de risque que l’État américain faillisse à ses obligations, il y a de bonnes chances pour que le coût financier de la nouvelle dette américaine sur la prochaine décennie devienne un fardeau de plus en plus lourd dans le budget fédéral alors que les taux d’intérêt augmentent.

Si le Congrès fait pression sur la Federal Reserve pour maintenir les taux de long terme bas, de manière à faciliter les dépenses financées par le déficit, les marchés devraient alors pousser les taux d’intérêt nominaux à la hausse, de manière à refléter une plus forte inflation anticipée. L’annonce par la Federal Reserve qu’elle achètera des titres d’État à long terme remet en question son engagement à maintenir la stabilité des prix face à une récession prolongée. Après la récession de 2001, la Federal Reserve a maintenu les taux d’intérêt trop bas trop longtemps. Le crédit facile (couplé à la politique d’accroissement de la propriété immobilière par le biais des entreprises de refinancement hypothécaire soutenues par l’État) a alimenté la bulle immobilière américaine.

Il est essentiel pour la croissance et la stabilité américaines que la Federal Reserve ne succombe pas aux pressions politiques voulant d’un côté fixer les taux d’intérêt de long terme et d’un autre recourir à la planche à billet pour financer les déficits. La dette publique américaine atteint aujourd’hui 7000 milliards de dollars, soit 47 % du PIB. Ce chiffre devrait passer à 77% en 2013. Et si l’on tient compte de la dette inter-étatique la dette nationale américaine tourne autour de 11000 milliards de dollars aujourd’hui et fera plus que doubler d’ici à une décennie. Si l’on inclut les déficits prévus de la Sécurité sociale et du Medicare, la dette souveraine des Etats-Unis dépasse nettement les 100% du PIB aujourd’hui et continuera à se creuser à moins de réformes de fond.

Dans ces conditions il n’est pas surprenant que la Chine, qui est le premier détenteur de bons du Trésor américain, commence à se faire du souci et à se demander s’il est bien sage d’accumuler près de 800 milliards de titres en dette américaine. Une des conséquences involontaires de la stratégie de développement de la Chine a été de promouvoir les dépenses excessives de l’État américain. Certains ironisent : les conversations portent désormais moins sur le « capitalisme avec des caractéristiques chinoises » que sur le « socialisme avec des caractéristiques américaines ».

La Chine devrait bénéficier de marchés de capitaux plus ouverts et d’un taux de change flottant, avec aussi des taux d’intérêt déterminés par les marchés et une banque centrale plus indépendante se concentrant sur la stabilité à long terme des prix. L’accumulation officielle de réserves en dollars pourrait alors se terminer, et, avec elle, la politique indirecte de promotion de la croissance de la taille de l’État américain. Sans doute cela serait il une bonne nouvelle pour la stabilité et la prospérité à la fois de la Chine et des Etats-Unis.

James Dorn est analyste au Cato Institute.