Afrique de l'Est : quels plans de relance ?

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Kevin Mwanza – Le 26 juin 2009. Comme chaque année en juin, le Kenya, l’Ouganda et la Tanzanie ont donné lecture de leurs budgets en même temps pour l’année à venir. Les budgets listent les projets des États respectifs pour naviguer à travers la récession économique sévère qui a touché la région et le reste du monde. Comme presque partout ailleurs, on a insisté sur le fait que chaque État mette en place un plan de relance pour aider leurs économies à atteindre la croissance.

Bien que la crise financière mondiale et la récession qui a suivi ont entrainé une contraction de 1,3 % de l’activité économique en 2009, les analystes projettent que l’économie mondiale croisse à un rythme de 1,9% en 2010 du fait du renversement attendu des tendances récessionistes. La croissance économique du PIB de l’Afrique subsaharienne ralentira cependant à 2,4%, contre 5,7% en 2008.

En Afrique de l’Est, le Kenya devrait connaître une croissance de son PIB de 1 ,7% sur l’année fiscale 2008/2009 contre 7,1% l’année fiscale passée. De même l’Ouganda est passé de 8,3% à 7%. Seule la Tanzanie a connu une amélioration de son PIB avec une croissance de 7,4% sur l’année fiscale 2008/2009, contre 7,1% l’année fiscale précédente.

Plan de relance en tête, les trois pays Est-africains ont augmenté leurs budgets en dépit de la dure réalité économique. Au Kenya, économie la plus importante de l’Afrique de l’Est, les dépenses publiques de juillet 2009 à juin 2010 vont augmenter de 14,7%, sensiblement comme en Ouganda, alors qu’en Tanzanie l’augmentation sera de 32%. Tout cela avec la bénédiction du FMI.

Malheureusement l’économie n’est pas très différente d’un ménage. Et généralement lorsqu’un ménage fait face à une crise, il restreint ses coûts plutôt que d’accroitre ses dépenses. N’en déplaise à la logique keynésienne, ce type de réponse ne fait qu’accroître les niveaux de déficit et l’endettement, et génère d’autres effets pervers tels que la hausse des taux d’intérêt.

Le coût de fonctionnement d’États dont la bureaucratie enfle en Afrique de l’Est (en particulier avec le gouvernement de coalition au Kenya) est depuis longtemps une source d’inquiétude. Même si les Ministres des Finances de ces trois pays de l’Afrique de l’Est n’ont pas augmenté les impôts de manière effective, ils ne les ont pas pour autant baissés, ni ne se sont-ils attelés à résoudre les problèmes urgents tels que la hausse des prix alimentaires et l’augmentation du coût de la vie en général pour les citoyens. Il n’y a pas eu de mesure spécifique pour permettre la création d’emploi, stopper l’inflation galopante et faire que le capital humain qui hante le secteur informel puisse s’exprimer librement et créer des richesses.

Un examen attentif des plans de relance annoncés dans les budgets indique que l’argent public affecté aux activités spécifiques pourrait finir dans des coffres personnels plutôt que relancer les secteurs en question. Au Kenya, en dépit de peurs évidentes que le cadre de contrôle du Fond de Développement de l’Électorat (le Constituency Development Fund) soit faible et largement inefficace, le Trésor a maintenu que c’était la meilleure plateforme pour canaliser les 500 milliards de Ksh (665 millions de $) du plan de relance économique. Par ailleurs, dautres « voies » pour diffuser le plan de relance comprennent par exemple l’Autorité Kenyane des Aéroports (KAA) qui s’est vu octroyer un accès direct aux revenus des aéroports sans structure claire pour superviser ses dépenses.

Il a été mentionné une bonne partie d’emprunt interne dans la lecture des budgets, le Kenya et l’Ouganda prévoyant de financer leurs déficits en empruntant respectivement 109 milliards de Ksh 1,4 milliard de $) et 214 milliards de Ush (102 milliards de $) sur le marché local. Cependant, un partie importante des dépenses publiques, en particulier celles associées aux dépenses de développement telles que la construction d’infrastructures, a été financée par l’aide de donateurs. 33% du budget de l’Ouganda, soit 2500 milliards de Ush, est financé par l’aide ; 17,4 % au Kenya et 33,4% en Tanzanie.

Bien que les économies de l’Afrique de l’Est ont besoin d’un amortisseur contre les effets pervers de la récession mondiale, il paraît assez clair que nos États ne peuvent pas se payer des plans de relance du type de ceux des pays riches. Le manque de capacité productive dans nos économies nous a transformés littéralement en « mendiants de l’aide internationale », à la merci des financiers extérieurs.

Jeter de l’argent dans des firmes inefficaces, voire corrompues grâce aux « bonnes » connexions politiques, au nom d’un plan de relance, n’est certainement pas la voie à suivre pour nos pays. Sans doute qu’un examen plus humble du problème nous inciterait à améliorer par exemple notre soutenabilité agricole ou à construire les infrastructures nécessaires pour enfin permettre une Afrique de l’Est productive et efficace.

Kevin Mwanza est analyste sur AfricanExecutive.com où il a publié originellement cet article.