EMAAR : pourquoi un retrait d’Algérie ?

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Hicham El Moussaoui - Le 29 juillet 2009. Après avoir défrayé la chronique locale durant plusieurs années, par des montants d’investissements faramineux, le géant émirati de l’immobilier EMAAR Properties a finalement dissout, le 4 juillet dernier, sa filiale algérienne chargée du suivi des investissements du groupe dans le pays. Si ce retrait était prévisible depuis un certain temps, les raisons ne sont pas pour autant claires : s’agit-il d’une faiblesse du groupe Émirati face à la crise ou y a-t-il d’autres raisons liées à des carences de l’économie algérienne ?

EMAAR paierait-t-il les conséquences de la crise financière ?

Le chef de la diplomatie koweïtienne, cheikh Mohammad Sabah al-Salem al-Sabah, avait annoncé récemment que la crise a coûté aux monarchies pétrolières du Golfe une perte de 2500 milliards de dollars depuis octobre dernier. La chute des cours du brut et les coupes dans la production décidées par l’OPEP ont également considérablement réduit la force de frappe des investisseurs arabes. Est-ce le cas du groupe EMAAR ?

Si l’on en croit l’évolution de l’action du groupe immobilier qui a perdu plus de 85% de sa valeur en 2008, on serait tenté de penser avec le ministre algérien des Finances, Karim Djoudi, que les raisons du retrait du groupe Emirati sont liées à la crise financière et à une croissance mal maîtrisée à l’international. L’avènement de la crise économique avait donné un sérieux coup à ses investissements, notamment en Algérie en raison du tarissement des liquidités et de l’augmentation des primes de risque. Du coup, EMAAR a revu ses engagements par ordre de priorité. Mais, si la crise financière peut expliquer en partie la décision de gel et de révision des projets prioritaires, il n’en demeure pas moins qu’il reste à répondre à la question : pourquoi les projets d’EMAAR en Algérie ne sont-ils pas considérés comme prioritaires comme c’est le cas au Maroc et en Tunisie par exemple ?

Problème de climat d’affaires ?

En matière d’attractivité des investissements directs étrangers, l’Algérie se caractérise par le drainage d’importants volumes d’investissements par rapport aux autres pays du Maghreb. Toutefois, cette performance est à nuancer puisqu’il s’agit essentiellement d’IDE orientées vers l’exploitation des hydrocarbures.

Ce manque dans la diversité des IDE en Algérie marque un manque d’attractivité qui ne peut être expliqué, contrairement aux déclarations des officiels, que par un climat des affaires défavorable à l’investissement étranger.

Contrairement au Maroc et à la Tunisie, l’Algérie présente un climat d’affaires moins favorable et donc moins attractif pour les investissements hors hydrocarbures. En effet, avec un classement de 132e dans le «Doing Business 2009», l’Algérie n’occupe que la 15e position sur 19 pays dans la région MENA (Moyen-Orient et Afrique du Nord) derrière le Maroc et la Tunisie. Pire, l’Algérie a vu ses performances reculer sur 8 des 10 indicateurs pris en considération par la Banque mondiale surtout la création d’entreprises, l’accès au crédit et la protection des investisseurs. Les lourdeurs bureaucratiques, les conséquences des dernières circulaires sur l'investissement étranger et la participation algérienne dans le capital des sociétés commerciales étrangères, suite aux récentes circulaires d’Ahmed Ouyahia, obligeant tout investisseur étranger d’ouvrir son capital à un partenaire algérien, ont refroidi de nombreux investisseurs. Ainsi, si EMAAR a décidé de se retirer et de se concentrer sur certains projets prioritaires c’est parce que la non attractivité du climat des affaires algérien a dû peser dans la balance.

Connivences politiques et patriotisme économique ?

L’économie algérienne souffre non seulement d’un climat d’affaire peu incitatif mais également de l’ingérence de politiques dans l’économique. Selon des sources proches, il semble que le ministère de Temmar se serait cependant rétracté sur certains points de l’accord initial. Le premier concerne les normes sur lesquelles EMAAR refuse de faire des concessions et que l’Algérie avait acceptées en contrepartie d’un taux d’intérêt au profit du trésor public. Le second, c’est la condition posé par le groupe pour que les travaux en sous-sol soient effectués en un délai (établi) de 5 ans, ce qu’a refusé le ministère en dépit du mémorandum d’entente. Enfin, le taux de financement propre du projet ramené par le groupe de l’étranger pose problème, ajouté à un autre litige sur un terrain prévu pour les travaux à Sidi Abdallah. Mais, pourquoi le gouvernement algérien aurait mis les bâtons dans les roues d’EMAAR ?

Une partie des terrains visés par les promotions d’EMAAR le sont aussi par des puissants hommes d’affaires algériens liés aux militaires ou proches du président Boutéflika. La redistribution du foncier le plus rentable est une question de partage de pouvoir, tout comme l’accès du crédit, longtemps monopole public, a été utilisé comme un instrument de fabrication de réseaux clientélistes. EMAAR semble payer le lobbying de certaines parties, proches du pouvoir, connues pour leur opposition aux investissements étrangers et qui justifient leurs actes par du patriotisme économique.

Malheureusement, ce n’est pas en bloquant les investisseurs étrangers qu’on servira le mieux les intérêts de l’économie algérienne. Il est temps pour les officiels algériens d’assumer leurs responsabilités et d’entreprendre les réformes institutionnelles nécessaires pour rendre l’économie algérienne compétitive et attractive. Car crise ou pas si le climat d’affaires n’est pas favorable, les investisseurs rebrousseront chemin….

Hicham El Moussaoui est analyste sur UnMondeLibre.org.