Les Paul et une histoire d’entrepreneurs

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Emmanuel Martin – Le 13 août 2009. Qu’est-ce que l’histoire ? Mon collègue historien Steve Davies de l’université métropolitaine de Manchester a donné des conférences importantes à Gummersbach en Allemagne, lors d’un séminaire organisé par IES Europe et la Fondation Friedrich Naumann durant lequel j’ai donné aussi une conférence sur le rôle de la liberté dans le développement. Steve est revenu sur les causes des crises économiques, qui sont bien souvent politiques, comme en 1929 et comme aujourd’hui, mais il a aussi proposé le thème d’une « autre histoire » pour comprendre l’évolution du monde moderne. L’histoire commune est en effet une chronologie de dates correspondant essentiellement à des évènements politiques, des guerres, des révolutions, des prises de pouvoir etc.

Cette vision de l’histoire, centrée sur le politique, même si elle a son importance, a sans doute tendance à nous faire oublier qu’il y a justement une autre histoire. Cette autre histoire c’est celle des dates de ces inventions, venues des tentatives d’entrepreneurs acharnés, qui ont changé la face du monde, notamment parce qu’elles ont permis un accroissement des rapports et des échanges entre les peuples : la liaison câblée transatlantique, les transports par conteneurs, le vol transatlantique, l’automobile etc. Certains entrepreneurs ont ainsi changé la vie de millions de gens par les services que leur créativité et leur inventivité ont permis.

C’est le cas aussi d’un personnage né en 1915 et décédé aujourd’hui, Lester William Polfuss, plus connu sous le nom de Les Paul. Il a contribué à inventer la guitare électrique, mais aussi l’enregistrement multipistes ou les effets de réverbération. Passant ses soirées et ses dimanches à travailler à perfectionner la guitare à corps plein (sans caisse de résonnance) avec micros, Polfuss entrera dans l’histoire avec un modèle de légende : la marque américaine de guitare Gibson distribue en effet à partir de 1952 son célèbre modèle Les Paul. Cet homme a changé la vie de millions de gens, même si sa contribution peut être considérée comme moins importante que d'autres. Le riff du mythique « Money for Nothing » de Dire Straits, la rythmique de Led Zeppelin, de Guns n’ Roses ou de Bob Marley, les chorus de Gary Moore, tout cela c’est l’alchimie de la Les Paul.

Le problème est que si Les Paul n’avait pas eu la chance de vivre dans une société libre, il n’aurait jamais pu créer ses inventions, et je n’aurais pas le loisir de vibrer en faisant crier ma guitare Les Paul sur un amplificateur que l’on doit à un autre entrepreneur, anglais, Jim Marshall. L’autre histoire dont parle Steve Davies c’est donc celle de ces hommes et de ces femmes qui, dans un système de liberté, ont l’opportunité d’exprimer leurs talents, de rendre service par leur créativité, et de faire bouger et avancer le monde. L’écrivain-philosophe Ayn Rand les appelait les « Atlas ». Et lorsque les Atlas sont étouffés, le monde s’écroule.

On comprend alors que la liberté que nous prenons bien souvent pour acquise est une condition fondamentale du développement. Sans elle, les talents ne peuvent s'exprimer. C’était le thème de mon intervention au séminaire : seule la liberté permet au potentiel de la créativité humaine de s’actualiser. Malheureusement, combien de Les Paul et de Jim Marshall empêche-t-on de créer et d’offrir leurs talents au monde, dans les pays opprimés par une élite corrompue ou malinformée ?

Emmanuel Martin est analyste sur UnMondeLibre.org.