Post-politique de Mathieu Laine

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Le 14 mai 2009 - La crise va-t-elle précipiter le monde dans une hyper-régulation et un hyper-paternalisme sans doute inquiétant ? Pour Mathieu Laine, avocat, maître de conférences à Sciences-Po et directeur du think-tank Altermind, contrairement à l’opinion majoritaire actuellement, le politique a touché à ses limites. C’est la thèse de son ouvrage intitulé Post-politique, publié aux éditions JC Lattès. L’auteur de La Grande Nurserie commence son nouvel ouvrage en rappelant l’impuissance du politique dans un monde de plus en plus complexe en perpétuelle mutation. La déroute des finances publiques, que les petits « sauvetages » récents vont amplifier, n’est qu’un symptôme de cette impuissance.

En réalité, le monde d’aujourd’hui donne l’opportunité de remettre sur le devant de la scène l’individu, sa puissance créatrice et civilisatrice. Mais pour cela il faut rendre à chacun son propre destin, et le politique doit le permettre. Malheureusement, en ayant sombré dans un pragmatisme excessif, tel une girouette tournant au gré du vent, le politique a perdu toute vision. A cet égard, le président de la République français fait l’objet d’une critique juste de la part de l’auteur. En effet, la rupture que M. Sarkozy proposait ne s’est en réalité traduite que par des réformettes décoratives. Pire, avec la crise il change de cap idéologique en fonction des évènements. Prônant le retour de l’Etat protecteur dès septembre 2008, l’once de discours de liberté qui lui restait disparaît.

La crise actuelle est-elle une victoire implicite du politique sur l’économique ? Ne niant pas les responsabilités privées, Laine rappelle les responsabilités politiques dans cette crise, trop souvent éludées par ceux qui, se présentant comme les grands sauveurs du système, ont souvent été des pompiers pyromanes. Aux Etats-Unis, mauvaise réglementation, encouragement politique à l’endettement des pauvres pour accéder à la propriété (lois anti-discrimination du Community Reinvestment Act, prêts sans apports personnels, activités de Fannie Mae et Freddie Mac qui suivaient les objectifs politiques du Départment du Logement urbain), politique monétaire « pragmatique » sont pointés du doigt. L’interventionnisme finit par devenir « une maladie qui se prend pour son remède ». Malheureusement la crise lui donne l’occasion de s’hypertrophier.

Revenant aux mythes fondateurs du politique, du socialisme au conservatisme, l’auteur rappelle leurs incohérences, voire, parfois, leur inhumanité. Le libéralisme est remis à sa juste place, qui est celle d’un humanisme, contrairement à la caricature qui en est souvent donné. Pourquoi ? Parce que c’est bien l’homme qui se trouve véritablement au centre de ce système, l’homme digne et responsable. La pierre angulaire de la régulation libérale, « par le bas », est donc la responsabilité de l’homme. Elle a été mal menée par l’héritage interventionniste socialiste comme conservateur qui a donné l’État-Providence actuel. La société post-politique doit donc se réformer, non pas graduellement, mais avec volontarisme et fermeté, pour remettre la responsabilité aux commandes.

Est-ce donc la fin du politique ? Paradoxalement non, puisque c’est le volontarisme politique qui permettra ce changement. Mais ce sera certainement la fin du politique tel qu’il est actuellement, s’il ne se réforme pas. Le politique doit se réinventer pour s’adapter à la nouvelle configuration du monde. Cette dernière nécessite en effet une transformation du politique vers une plus grande flexibilité, une plus grande plasticité pour mieux répondre aux nouveaux besoins de cette société hyper-créative. Les vieilles recettes ne peuvent plus fonctionner, et les « sauvetages » lors de la crise ne doivent pas faire illusion. Beaucoup de pays en ont d’ailleurs pris conscience voilà trois décennies. La France, « exception culturelle », reste à la traîne.

C’est sans doute dans les réflexions profondes, économiques et institutionnelles, de penseurs de l’école autrichienne, tels Hayek ou Mises, qui ont fort bien décrit l’ordre complexe et décentralisé du monde moderne, qu’il faut trouver l’inspiration pour penser la nouvelle régulation, pour « réinventer l’interventionnisme » pour qu’il ne soit plus un paternalisme impératif nous imposant nos choix, mais qu’il deviennent plus « indicatif », nous permettant d’exercer notre liberté, et de connaître les succès et les échecs qui vont avec, tout en nous guidant par des incitations appropriées, vers le choix le plus raisonnable.

Au milieu du discours ambiant prônant un retour de l’État non seulement protecteur mais aussi autoritaire, le livre de Mathieu Laine est d’une lecture bien rafraîchissante.

Mathieu Laine : Post-politique, JC Lattès, 2009. Une revue de livre par Emmanuel Martin