Élections communales au Maroc : un résultat surprise ?

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Errachid Majidi - le 6 juillet 2009. Le 12 juin 2009 ont eu lieu au Maroc les élections communales. Un scrutin qui a été très suivi par la classe politique et par les observateurs tant les enjeux étaient de taille. D’abord le taux de participation était très attendu après l’échec relatif des dernières législatives de 2007 qui avaient connu un taux de participation de 37%. Ensuite il allait indiquer le poids réel de certains partis, comme le parti de l’authenticité et de la modernité (PAM) et des islamistes du PJD, surtout après la bataille médiatique qui les a opposés tout au long de cette année, s’étant accusés mutuellement de détourner les institutions à des fins politiciennes : la monarchie pour le premier et la religion pour le second.

Le taux de participation était nettement meilleur que celui de 2007 : 52,4 %, et les résultats ont donné lieu à une victoire surprise des monarchistes du PAM avec 21,7 % des voix. Ils sont talonnés par le Parti de l’Istiqlal alors que les islamistes du PJD qui sont arrivé 6ème au niveau national ont remporté le plus grand nombre de sièges dans les communes urbaines avec 734 sièges. Au regard de ces résultats, il serait important de comprendre le contexte électoral marocain et les raisons qui motivent les choix des électeurs avant de tirer des conclusions quant à l’impact de ces élections sur la carte politique, les alliances et les échéances à venir.

Un vote sur les personnes et non sur les idées

Lors des élections communales le vote est toujours un vote de proximité : les liens de solidarité familiale et tribale jouent un rôle déterminant. C’est la notabilité des candidats et non leur appartenance partisane qui prime surtout dans le monde rural. Or il y a 1282 communes rurales parmi les 1503 du pays. En outre, le mode de scrutin uninominal retenu pour les communes de moins de 25 000 habitants, où le candidat qui remporte le plus de voix gagne le siège, favorise le vote sur les personnes et non sur les idées. L’enjeu des élections pour les partis politiques consiste à attirer des élites locales capables de mobiliser le plus grand nombre d’électeurs grâce notamment à leur position au sein de la famille, du clan et de la tribu.

Ces solidarités qui structurent les scrutins dans le monde rural renforcent les rivalités et expliquent certainement les forts taux de participation enregistrés dans les communes rurales (Région d’Azilal 72% pour 30 % à Casablanca). Ce ne sont donc pas les programmes électoraux mais ces critères extra- politiques qui déterminent les choix électoraux comme l’ont observé dès les années soixante la plupart des spécialistes de la vie politique marocaine. Certes les évolutions démographiques et économiques commencent à changer cette donne mais la sur-représentativité du monde rural et le mode de scrutin notamment lors des élections locales retardent ce changement.

Vers une bipolarisation des partis politiques ?

Créé il y a à peine un an le Parti d’Authenticité et de Modernité a été le grand gagnant de ces élections. Ce parti, fondé par Fouad Ali El Himma, un proche collaborateur du roi Mohammed VI et un ex-secrétaire d’État à l’intérieur, avait comme objectif annoncé de faire barrage aux islamistes du PJD et d’éviter ainsi à la société marocaine de dériver vers l’extrémisme. Les décideurs de ce parti ont bien compris que la lassitude des citoyens vis-à-vis des partis traditionnels pourrait bien profiter au PJD. Cela expliquerait peut être pourquoi un certain nombre d’intellectuels de gauche et acteurs éminents de la société civile ont rejoint ses rangs, par pur arrivisme comme disent certains ou dans l’ambition de créer un pôle politique moderniste. Cependant, sa victoire est certainement moins liée à ces personnalités qu’aux nombreuses élites et notables ruraux qui se sont présentés sous ses couleurs par opportunisme politique et en raison de sa proximité supposée avec le pouvoir.

Quant aux islamistes du PJD ils sont arrivés en première position dans les villes où le mode était celui des listes : ce parti semble rester un parti urbain dont l’électorat est issu principalement des classes moyennes et de la bourgeoisie des villes (la position qu’occupaient jadis les socialistes de l’USFP). Ils sont parvenus à séduire au sein de cet électorat probablement en raison de la modernité de leur stratégie de communication et surtout par ce qu’ils on réussi une alternance démocratique à la tête de leur parti. Cependant, la grande faiblesse du PJD reste sans aucun doute son incapacité à élargir son influence dans les campagnes en faisant accepter son discours auprès des notables ruraux. D’un autre coté, de sérieuses interrogations demeurent quant aux résultats modestes réalisés par les socialistes de l’USFP aussi bien dans les campagnes que dans les villes leurs fiefs traditionnels. Ils continuent probablement de payer le prix de leur expérience à la tête du gouvernement de 1998 qui a été mal perçue par les électeurs.

Par la suite et à l’occasion des élections des membres des bureaux et des maires des villes, la rivalité déclarée entre le PAM et le PJD a donné lieu à des affrontements politiques houleux lors desquels le but de chaque camp était d’écarter l’autre de la direction des grandes villes même si cela nécessitait des alliances contre nature (islamistes du PJD et socialistes de l’USFP à Rabat et dans d’autres villes). Il est très probable que ce jeu des alliances constituera la véritable donne des législatives de 2012. Deux blocs semblent se dessiner autour du PJD et du PAM et c’est probablement aux partis issus de la mouvance nationale (Istiqlal et USFP) d’arbitrer. Un match à trois qui donnera lieu probablement à quelques accords pré-électoraux entre des hommes politiques ne partageant souvent pas la même vision politique, économique et sociale et qui auront pour conséquence de nuire à la lisibilité et à la clarté des programmes électoraux, et surtout donneront lieu à des majorités gouvernementales faibles.

Errachid Mijidi est doctorant chercheur au Centre d'Analyse Économique à l'Université Paul Cézanne.