Côte d’Ivoire : PPP et infrastructures de qualité

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Côte d’Ivoire : PPP et infrastructures de qualité

« La route précède le développement », cette assertion témoigne de l’importance des infrastructures en général et des routes en particulier dans le développement des pays. Le gouvernement ivoirien a fait sienne cette assertion. Avec l’inauguration du pont Henri Konan Bédié le 16 décembre 2014, le gouvernement a marqué sa volonté d’améliorer la qualité des infrastructures en s’appuyant sur le mécanisme de partenariat public privé. Une telle approche est-elle la solution idoine susceptible d’offrir des infrastructures de qualité aux Ivoiriens?

Autrefois envié par les pays voisins, le réseau routier ivoirien est aujourd’hui très dégradé. En 2000, le réseau routier total de la Côte d’Ivoire s'étendait sur 85 000 km, dont 75 500 km de routes en terre et 6 500 km de routes bitumées. Mais selon l’autorité chargée de la gestion du réseau routier (AGEROUTE), plus de 80% du réseau bitumé a dépassé son espérance de vie. Le coût annuel moyen de l’entretien des routes ivoiriennes s’élève à 275 milliards de FCFA. En cette période de post conflit tous les secteurs sont prioritaires, il serait difficile pour le gouvernement de mobiliser une telle somme à partir des recettes fiscales chaque année pour l’entretien des routes.

L’accroissement des dettes publiques et des déficits publics rend les États incapables de financer les projets d’infrastructures, ce qui les pousse à conclure des contrats avec les entreprises privées pour la construction et la gestion des infrastructures. Il s’agit d’une stratégie qui implique qu'un organisme public associe une ou des entreprises du secteur privé, avec ou sans financement de la part de celle-ci, à la conception, à la réalisation et à l'exploitation d'une infrastructure publique comme une route, un hôpital, un complexe sportif, etc. L’autorité publique fait appel à des prestataires privés pour financer et gérer un équipement assurant ou contribuant au service public. Le partenaire privé reçoit en contrepartie un paiement du partenaire public et/ou des usagers du service qu'il gère.

Le Partenariat Public Privé est une forme de financement alternatif ou innovant permettant de lever les contraintes liées au coût élevé de l’emprunt et au financement des infrastructures. Il s’agit de décharger les finances publiques du fardeau financier lié à l’investissement dans les infrastructures dont le rendement s’étale sur de longues années. Aussi, le PPP améliore la qualité du service et l’efficacité de la gestion avec l’apport des méthodes de gestion et les incitations à la performance du secteur privé.

Les cas les plus fréquents de partenariat public-privé en Côte d’Ivoire consistent en la construction d’un marché par un entrepreneur privé qui en assure la gestion. Les commerçants paient les frais de location à cette entreprise jusqu’à ce que le contrat arrive à terme. Ce type de partenariat qui était absent dans le secteur des infrastructures routières a fait son apparition avec la construction du pont Henry Konan Bédié. Ce pont a été inauguré le 16 décembre 2014 et il a coûté 22,5 milliards de FCFA. Par convention de concession, le gouvernement ivoirien a confié à l’entreprise SOCOPRIM la conception, le financement, la construction, l’exploitation et l’entretien du pont pour une durée de 30 ans. L’état détient 18,65% du capital de SOCOPRIM et le reste du capital est détenu par des institutions financières et des entreprises privées.  

Il existe plusieurs autres exemples de réussite du PPP en Côte d’Ivoire. Privatisées dans les années 1990, la CIE et SODECI sont aujourd’hui citées comme des exemples de réussite du partenariat public privé dans le pays. D’autres projets comme la construction du pont de Jacqueville, et l’autoroute Grand Bassam-Abidjan sont financés sur la base du PPP. Après la concession de l’exploitation du réseau ferroviaire à la SITARAIL en 1995, le volume du fret a presque triplé les années qui ont suivi la concession. Le PPP permet d’améliorer qualitativement et quantitativement les services offerts.

L’une des causes du mauvais état des infrastructures est la mauvaise gouvernance. La prestation de service efficace, la réglementation de qualité et la lutte contre la corruption sont considérés comme des éléments essentiels de la bonne gouvernance. Cependant, la corruption et l’absence de suivi ont fait que certains entrepreneurs ont réalisé des infrastructures ayant des durées de vie de mauvaise qualité. Par exemple la côtière reliant Abidjan à San Pédro qui a été réhabilitée en 2007 a commencé à se dégrader un an après sa réhabilitation. Des tronçons de voies réhabilités par le gouvernement en 2011 dans certains quartiers d’Abidjan comme à Yopougon sont redevenus impraticables trois ans seulement après leur réhabilitation. Le partenariat public privé permet de résoudre ces problèmes de mauvaise gouvernance dans le secteur public. À travers le PPP le secteur privé fournit le financement et le soutien technique et opérationnel. Les méthodes de gestion du privé guidées par les incitations du marché et du mécanisme de pertes et profits permettent de réduire les problèmes de mauvaise gestion et de corruption avec une plus grande efficacité. La gestion de l’exploitation des infrastructures par le privé impose la publication des résultats de l’entreprise chaque année. Cela est un gage de transparence et réduit les risques de détournement

En définitive, on s’accorde largement à penser que le partenariat public privé est le modèle à privilégier pour créer des infrastructures de meilleure qualité. Même si les PPP ne peuvent pas constituer une solution miracle pour sauver les infrastructures en Côte d’Ivoire, du moins il demeure le financement alternatif le plus efficace dans le domaine des infrastructures.

Germain KRAMO, Chercheur au CIRES, le 28 janvier 2015