Une nouvelle crise économique en perspective?

Version imprimableVersion imprimable

Oasis Kodila Tedika – Le 30 octobre 2009. Si on en croit certaines sources, l’économie mondiale est entrain de récupérer de sa torpeur. La reprise serait donc là. Cette bonne nouvelle suscite curieusement une exclamation chez l’homme de la rue : c’est déjà fini ! Cet homme a presque le sentiment d’être un héros qui a survécu au pire. Si tel n’est pas le cas, la presse aurait donc exagéré l’ampleur de la crise. Or, la chute de Lehman Brothers, les secousses chez AIG et tant d’autres font pencher la balance du côté de la presse et prouvent par là la virulence de la crise. Toutefois, techniquement et historiquement, cette crise est loin d’être la plus grave de l’histoire moderne.

Si pendant la grande dépression, la prose de Jean De La Fontaine dans « Les animaux malades de la peste » s’appliquait, il n’en est pas vrai pour l’actuelle crise. « Ils ne mourraient pas tous, mais certains étaient frappés », écrirait-il aujourd’hui. Mais la vraie énigme est : la peste ne reviendra-t-elle pas ?

Certes, en considérant certains indicateurs, la grande dépression est indéniablement d’une ampleur inouïe et est la pire crise dans l’histoire du dernier siècle et de celui en cours. Mais, minimiser la crise en cours serait une grosse erreur.

En effet, la synchronisation d’une bulle immobilière et celle de crédit conduit à des crises bancaires et économiques importantes, comme le savent les économistes depuis au moins Charles Kindlebergerer en 1978. Contrairement à l’imagerie populaire, les calculs des économistes Barry Eichengreen et David O’Rourke montrent que la chute de la production industrielle mondiale est, depuis les neuf premiers mois aussi violente que les neuf premiers mois de la crise de 1929. La chute des cours de bourse est deux fois plus rapide, de même que le recul du commerce international. Si l’on s’y prête, ces chiffres imposent un autre regard à propos de la crise en cours. Et donc un bis ne serait pas souhaitable.

Ayant prêté oreille à ce genre de propos de la part de leurs conseillers, les Etats n’ont pas voulu que cette crise perdure et ont pensé la contenir. Ainsi, on assiste à une agitation étatique énorme. Et de part et d’autres, on félicite la réaction des gouvernements qui, contrairement à la crise de 1929, semblent retenir la leçon et ne pas reproduire les erreurs du passé : la volonté de punir les banques, le respect de l’orthodoxie budgétaire, le chacun pour soi international, etc. Du côté des finances publiques, cet activisme sans complexe se manifeste par une progression vertigineuse de la dette publique. En pourcentage du PIB, le déficit américain avoisine les 13,5%, la Grande-Bretagne fait plus avec 14,4%, la France et l’Inde nageraient dans les 8%. Bref, les Etats ont massivement utilisé la politique budgétaire.

Cependant, avec de tels chiffres, l’insolvabilité étatique ne serait plus très loin. De plus, on est entrain maintenant, grâce à cet interventionnisme étatique, de passer visiblement d’une bulle immobilière à une bulle d’endettement public susceptible de faire imploser le système financier d’ici quelques années.

En effet, l’explosion des dettes publiques est l’occasion de spéculations futures. A un moment, la spirale de l’endettement atteint un tel niveau que les spéculateurs présentent une aversion au risque. Or, l'État a besoin de cet argent, qu'il utilise pour essayer de maintenir tant bien que mal à flot le navire économique et financier ; sans cette manne, la récession ne pourrait alors que fortement s'amplifier ainsi que l'instabilité et le risque systémique. Les faillites d'entreprises s'accroîtraient alors de plus belle, ainsi que les mauvaises créances bancaires, le chômage, la baisse de la consommation, les déséquilibres bancaires et financiers, bref tout ce qui caractérise une spirale de crise majeure aboutissant à un ébranlement croissant du système financier. L’histoire japonaise nous en donne l’illustration.

Au final, au lieu de continuer d’entonner des cris de félicitations et d’auto-gratulation, l’on verrait mieux d’y penser, car à cette vitesse d’endettement, semblable à celle de post-guerre, la peste ne serait pas très loin. Dans le scénario noir, elle fera encore très mal comme celle qui a frappé récemment le monde. Voilà le vrai défi auquel les Etats doivent s’intéresser.

S’ils ne s’y intéressent guère, il risque de produire un scénario récemment réalisé : si l’on a réussi à sortir de la crise de 2001 suite à l’éclatement de la bulle internet, c’était grâce à une intervention étatique semblable qui a fini par créer une nouvelle bulle immobilière à l’origine de la crise financière et économique actuelle.

Oasis Kodila Tedika est économiste congolais (RDC).