RDC : Le coût de la guerre

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RDC : Le coût de la guerre

Il y a plus de quatre mois que la RDC se plaint de la situation à l’est de son pays. Pour certains, il s’agit simplement des vieux démons « internes » du pays auquel celui-ci fait face. Il a fallu attendre le rapport de Nations Unies pour admettre, enfin, qu’il s’agit d’une agression. Les sanctions récentes des USA, du Pays-Bas, de Suède, d’Angleterre et autres à l’encontre du Rwanda, par exemple, constituent la preuve d’un réel problème « extérieur ». Cependant, ce qui est sûr ce le coût des incursions à répétition n’a pas attendu. Il suffit d’un rapide tour d’horizon des coûts de la guerre pour se rendre compte qu’il y a urgence pour pacifier l’Est de la RDC.

Nicholas Sambanis, dans une étude en 2003, a comparé le PIB par habitant avant et après la guerre civile de plusieurs pays, dont la RDC. Pour cette dernière, il constate une contraction de près de 2/3. Certes, il serait facile de vouloir attribuer ce recul au seul problème de la guerre civile de l’époque, mais il faut admettre qu’elle y est pour beaucoup. En effet, celle-ci détourne généralement des ressources des activités productives. Exemples : augmentation des dépenses militaires qui peuvent être contreproductives pour le développement, en réduisant les postes liées par exemple à la santé, à l’éducation, aux infrastructures. En parlant de celles-ci, la RDC a subi des dommages importants, dont le coût estimé n’est pas encore calculé ; mais il est admis qu’il est significativement majeur.

Toujours du point de vue économique, en dépit de l’indiscipline macroéconomique caractérisant le pays à l’époque, on peut néanmoins admettre que les fluctuations du cadrage macroéconomique étaient également dues à ce problème. Ce qui n’a guère avantagé l’économie, et surtout pas la population.

Si on ne dispose pas des chiffres sur la part du secteur de subsistance sur le PIB dans l’Est de la République, il est une évidence : celle-ci est passée fortement à la hausse. En effet, cette situation de conflit brise le capital social, accroit l’incertitude et par ricochet entraîne la baisse de l’investissement. Ce qui augmente notamment les activités de subsistances supposées moins volatiles.

Au-delà de la situation macroéconomique, les autres coûts sont également sociaux. Si la RDC est classée parmi les pays les violences à l’encontre des femmes et le nombre d’orphelins sont très élevé, c’est à cause notamment de cette situation de guerre. Les militaires ne cessent de terroriser les civils, tuant très souvent les males afin de s’emparer de leurs biens. La terreur ne peut que prendre le dessus. Ainsi, la migration forcée est le lot de la RDC, surtout dans ce « coin » du pays. En effet, selon le haut-commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), entre 1997 et 1999, la RDC a connu 390.000 réfugiés et est classée parmi les pays le nombre des personnes déplacées à l’intérieur des frontières de leurs pays par force est le plus élevé. Ce qui génère encore d’autres problèmes.

Selon le Centre for Research on The Epidemiology of Disasters, pour les habitants de l’Est de la RDC en 2000, le taux de mortalité chez les enfants de moins de 5 ans dans les camps de réfugiés et d’IDP liée à la malaria était de 26% après le conflit. En prenant pour référence la période d’avant la guerre, Guha-Sapir et Van Panhmis présentent les chiffres liés à l’augmentation du taux de mortalité due à la guerre. Les auteurs montrent que les guerres civiles font plus de dégâts chez les civils que chez les combattants pendant le conflit. En RDC, la mortalité infantile et celle des adultes ont connu une hausse de près de 20% et de près de 1% pour la mortalité liée au décès des combattants.

Le sida est un autre malheur.  En 2002, selon les données d’Elbe (2002), la fréquence du taux de Sida était de 40 à 60 au sein des forces armées régulières. Isaac Kanyama-Kalonda trouve que  les taux de prévalence du VIH sont plus élevés dans les régions touchées par le conflit que dans les régions sans conflit, et que la violence sexuelle et la vulnérabilité économique affecte de manière significative les taux de prévalence du VIH. Plus précisément, il constate que la prévalence du VIH est de 1,64% plus élevée dans les zones touchées par la guerre que dans le reste de la RDCl'impact de la violence sexuelle dans les conflits des régions touchées est 55 fois plus grand que la moyenne (1,10% contre 0,02%);  la guerre civile et la violence sexuelle agissent conjointement au relèvement des taux d'infection du VIH de 1,45%.

On n’a pas présenté ici toutes les conséquences sociales et économiques. Il est toutefois clair que l’on doit s’investir pour trouver la paix dans les plus brefs délais. Rappelons que le conflit à l’Est de la RDC a déjà fait plus de 6 millions de morts, soit près de 10 fois le nombre de morts lié au génocide rwandais que nous déplorons vivement.

Oasis Kodila Tedika le 7 septembre 2012 -Oasis Kodila Tedika est analyste sur www.UnMondeLibre.org.

Références :

Elbe, Stefan (2002) HIV / AIDS and the Changing Landscape of War in Africa, International Security, 27(2),  pp. 159-177. |

Kalonda-Kanyama, Isaac (2010), Civil War, Sexual Violence and HIV Infections: Evidence from the Democratic Republic of the Congo, Journal of African Development 10(2), 47-60.

Sambanis, Nicholas (2003) Using Case Studies to Expand the Theory of Civil War. CPR Working Paper No. 5. Washington, DC: World Bank.

Van Panhuis, W.G. Debarati Guha Sapir(2004) Conflict related mortality: An analysis of 37 datasets, Disasters: 28 (4): 418-418.

Van Panhuis, W.G. Debarati Guha Sapir(2003) The significance of conflict related mortality in civilian populations, Lancet, 361: 2126-2128.

Van Panhuis, W.G. Debarati Guha Sapir(2002) Armed conflict and public health: A report on knowledge and knowledge gaps, Report commissionned by the Rockfeller Foundation, New York, USA. CRED: Brussels.