Banque centrale du Congo : quelques défis à relever

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Oasis Kodila Tedika – Le 27 septembre 2011. Il y a peu, la Banque centrale du Congo (BCC) a publié son Rapport de la Politique monétaire. Une pratique à encourager dans un pays où des telles pratiques étaient inexistantes. On y lit un véritable satisfecit, un sentiment du devoir accompli, bien que la Banque des banques de la RDC a voulu resté réaliste. Néanmoins, ce sentiment se justifie notamment au regard de son « contrôle » de l’inflation. En effet, depuis 2002 surtout, l’inflation a fortement reculé : de 357,3% en 2001 à 23,5% en 2010, selon les données de cette Institution. Mais est-ce suffisant ?

L’Institut d’émission congolais a plusieurs problèmes, plusieurs défis auxquels il doit faire face. En voici quatre.

Primo, s’il est vrai que l’inflation a reculé, elle est loin de ne plus être un problème en RDC. En effet, comme l’a démontré récemment, dans une conférence tenue à l’Université de Kinshasa, le Directeur général de l’Hôtel des monnaies, Vincent Ngonga, la baisse de l’inflation n’a pas résolu le problème du yo-yo de l’inflation congolaise : la volatilité de l’inflation reste très élevée. Au cours de la dernière décennie, la volatilité est de 107,19. De manière usuelle, cette volatilité est capturée notamment par l’écart-type, un indicateur statistique de mesure de concentration ou de dispersion par rapport à la moyenne. Ce manque de prévisibilité de l’inflation est un problème énorme : il brouille le calcul économique des entrepreneurs lors de leurs investissements. Autant dire que cette volatilité de l’inflation étouffe l’investissement et donc l’emploi, empêchant ainsi le recul de la pauvreté.

Il est aussi lié à un autre défi, la dollarisation de l’économie congolaise, comme l’a signalé d’ailleurs le directeur de l’hôtel des monnaies. Parce que notamment l’inflation est fortement instable en RDC, les agents économiques ont substitué à la monnaie nationale la devise américaine, beaucoup plus prévisible. La dollarisation est une caractéristique de l’économie de la RDC. Et elle a atteint un niveau très élevé. Dans une étude récente, l’économiste congolais Sasse Kembe résume de la manière suivante ses résultats : « Il en découle que le niveau des taux d’inflation n’explique pas celui de la dollarisation. C’est plutôt l’incertitude due à l’inflation ainsi que la volatilité associée à la dollarisation qui déterminent la forte désirabilité des devises étrangères observée en RDC… ».

Dans une étude récente, nous n’avons trouvé aucun impact de l’intermédiation financière sur la croissance économique de la RDC. Une des explications à la base de la non relation entre la croissance et l’intermédiation financière est la faiblesse de l’intermédiation financière congolaise. La monnaie constitue encore le principal, si ce n'est le seul actif financier. Le marché monétaire est encore embryonnaire, bien qu’il soit en augmentation. Le système bancaire reste très restreint, avec un actif total du secteur qui représente environ 10% du PIB, en dessous de la moyenne de 25% des pays ASS. Le crédit au secteur privé représente 3,7 % du PIB. Le marché financier est stricto sensu inexistant. Cette faiblesse de la taille de l’intermédiation constitue un autre problème auquel la BCC doit faire face, car elle a la charge de ce secteur aussi.

Enfin, la Banque centrale (BC) souffre d’un problème de crédibilité et/ou de réputation. Les économistes comme le marché mesurent, entre autres, la crédibilité et/ou la réputation d’une banque centrale au regard de son indépendance. A propos de cette indépendance, Kyayima Muteba et Kiliku Mchozi ont construit l’indice de l’indépendance de la Banque centrale (IBC) depuis l’indépendance du pays en 1960 jusqu’à maintenant. Cet indice varie entre 0 et 1 ; 0 étant le niveau le plus bas et 1 le plus haut niveau de l’indépendance de la Banque centrale. Selon cet indice, la BCC a atteint son plus haut niveau d’indépendance en 2002, avec une note de 0,68 sur 1. Et depuis, elle n’a plus évolué. Dit autrement, la BCC a évolué sur le cinquantenaire comme une banque centrale non indépendante. Sa faible crédibilité peut être également observée par l’écart important entre le taux moyen interbancaire et le taux directeur de la banque centrale. En des termes différents, le marché ne suit pas forcément le signal de cette dernière.

En somme, la Banque centrale du Congo ne doit pas s’endormir sur ses lauriers, car elle a encore énormément de travail à entreprendre. Nous avons seulement évoqué quatre défis. Du reste, elle doit donc continuer à confirmer son indépendance, à l’améliorer et la pérenniser, car gagner en crédibilité constitue, pour elle, des arguments non négligeables dans la lutte contre la volatilité mais aussi contre la dollarisation de l’économie.

Oasis Kodila Tedika.

Références :

Kodila Tedika, O. «Banques commerciales et croissance économique en RDCongo: Une modélisation causale », à paraître.

Kyayima Muteba et Kiliku Mchozi (2011), « Contribution à la mesure de l’indépendance de banque centrale et ses effets sur la performance économique », UNIKIN Working Paper.

Sasse Kembe, « Dollarisation, inflation et incertitude en R.D.CONGO: une modélisation hétéroscédastique », à paraître.