Campagne électorale en RDC : la déception

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La 22 novembre 2011 - En RDC, c’est déjà la dernière semaine de la campagne électorale, qui s’est en fait distinguée entre autres par l’enrôlement de plus de 18 000 candidats aux législatives (pour près de 600 sièges) et 11 candidats à la présidence validés par la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI). Cependant, sur les 11 candidats, trois seulement ont été très actifs en parcourant une bonne partie de ce presque sous-continent au centre de l’Afrique. En dépit de leur nombre impressionnant, les idées n’ont pas été sérieusement au rendez-vous jusqu’ici.

La majorité présidentielle, cette plate-forme qui soutient le président sortant, se targue de tous les succès – relatifs : l’annulation de la dette, une situation macroéconomique dans le vert, etc. A contrario, l’opposition, très disparate, n’est pas d’accord et ne trouve pas dans le bilan de la majorité d’éléments positifs. Hélas ! Elle ne propose véritablement pas, à l’image de la majorité, de nouvelles idées. La discussion tourne à ce jeu de ping-pong. Et dans ce cas de figure, la déception ne peut que gagner les esprits sérieux.

Avant d’en dire davantage, la majorité a tort de mettre totalement l’annulation de la dette obtenue dans le cadre de l’initiative PPTE à son actif seul. De même, il n’est pas juste d’affirmer que la macroéconomie du pays est complètement dans le vert, car elle ne se limite pas au chiffre, positif, de la croissance économique (et cette croissance est de mauvaise qualité, bien plus tributaire de la manne minière que de facteurs institutionnels pouvant la rendre soutenable et durable. En sus, beaucoup peut être dit sur les paramètres macroéconomiques (i.e. déficit public, yo-yo de l’inflation, etc.). L’opposition, de son côté, semble bénéficier de l’avantage de ne pas avoir été au pouvoir. Il est en conséquence facile pour elle de critiquer. En revanche, elle paraît généralement absente là où on l’attend effectivement : que peut-elle faire une fois au pouvoir ?

L’évidence de la déception ressort clairement dès lors que l’on essaye de comprendre ce que feront ces candidats une fois le président proclamé le 6 décembre prochain. De toute évidence, aucune des deux parties (majorité comme opposition) ne nous présente des chiffres associés à leurs programmes. Non transparence, non crédibilité, non rédevabilité et non responsabilité semblent garanties donc dans ce paysage ! Et pourtant, de bonnes intentions fusent d’un peu partout : on croirait qu’en 2016 le pays sera totalement changé. Certains n’hésitent pas à dire qu’à la fin de leur mandat le Congo égalerait l’Afrique du Sud ou d’autres pays émergents, sous prétexte qu’à son indépendance le Congo démocratique faisait mieux que ces pays (cette allégation ou prétexte relève plus d’un mythe, très répandu en RDC, que d’une réalité. La vérité est relativement tronquée ici. Il serait prudent de dire qu’il y a certains secteurs ou domaines où la RDC était bien supérieure). C’est à ce niveau que la célèbre phrase de Nikita Khrouchtchev « Les hommes politiques sont partout les mêmes. Ils promettent de construire des ponts même là où il ne coule aucun rivière » trouve tout son sens.

Au lieu de se comporter en « Papa Noël », les politiques feraient mieux de se fonder sur un diagnostic de l’économie congolaise, pour ne parler que d’elle. Les études montrent qu’il faut minimalement un taux de croissance soutenue et durable de l’ordre de 7% par an, mais aussi instaurer des mécanismes efficaces de redistribution de ses effets pour que le social du congolais commence à changer véritablement. Pour ce faire, les spécialistes tablent notamment par exemple sur un ratio épargne/PIB de 24% et un ratio investissement/PIB d’au moins 25%. Tous les économistes sérieux sont d’avis que cela reste dans le domaine du possible du moment où l’environnement institutionnel est « assaini ».

Dans une étude récente que nous avons co-signée avec Remy Katshingu, nous sommes arrivés à la conclusion qu’il y avait quatre obstacles majeurs à la croissance économique : dysfonctionnement étatique (prédation et/ou corruption, clientélisme, déliquescence étatique, etc.), l’accès au financement (infrastructure financière déficitaire ou très inefficace, surliquidité bancaire, faible épargne), l’infrastructure physique (électricité et routes) et le dysfonctionnement du marché, conséquence logique des autres distorsions. De manière générale, les mêmes conclusions ont été également trouvées dans une autre étude récente de la Banque mondiale, qui va bientôt paraître.

La qualité des politiques sera jugée à l’aune des réponses qu’ils doivent fournir à ces problèmes : que peuvent-ils proposer ou faire pour amener le taux d’épargne à au moins 15%, et celui de l’investissement à 25% ou plus? Au lieu de nous lancer des phrases ou formules génériques, il est vivement souhaité qu’ils nous disent clairement comment ils vont combattre la corruption ou la prédation, le clientélisme et le tribalisme. Comment procéderont-ils pour sortir la RDC de la catégorie d’Etat en alerte ou défaillant dans laquelle elle baigne depuis des lustres ? Comment vont-ils mettre en place un cadre institutionnel sain de marché, c’est-à-dire permettant réellement l’éclosion et l’épanouissement de l’esprit d’entreprise? Que peuvent-ils faire pour donner au pays un paquet d’infrastructures physiques lui permettant la mobilité des facteurs de production et des biens et services? Ce sont là autant de questions dont les réponses vont en fait changer la situation du congolais et du Congo démocratique.

Cette semaine est cruciale; c’est la dernière ligne droite. Les hommes politiques doivent s’activer pour convaincre la population. Elle votera probablement pour la personne qu’elle jugera plus crédible. Néanmoins, que ce nouveau président soit de la majorité sortante ou de l’opposition, il devra intégrer ces questions dans son agenda d’actions, au risque de constater le prolongement de la pauvreté des congolais.

Oasis Kodila Tedika est un économiste congolais, analyste sur www.UnMondeLibre.org.